Les massacres du 8 mai 1945 en Algérie

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Le 8 Mai 1945, un peuple célébrait la victoire sur le nazisme, un autre payait dans le sang le courage de son engagement.

**Les Algériens s’en souviennent.

 Mai 1945, la Seconde Guerre mondiale vit ses derniers soubresauts. Au moment où le monde occidental fêtait sa victoire sur le fascisme et le nazisme, en Algérie, l’armée française, au lieu de tenir sa promesse faite aux Algériens de leur accorder leur indépendance, redouble de férocité. L’ Histoire en témoigne. Ces massacres perpétrés dans les villes de Sétif, Guelma et Kherrata et dans d’autres régions du pays furent le signal du déclenchement de la Révolution nationale et le début de la fin de l’occupation française en Algérie et un tournant décisif pour le déclenchement de la Révolution du 1er Novembre 54. Ces pratiques inhumaines utilisées par la France pour faire avorter les tentatives de lutte, n’ont fait que renforcer l’attachement des Algériens au droit d’autodétermination dans le cadre de l’unification des rangs du mouvement national. 65 années sont déjà passées et les Algériens s’en souviennent. En effet, à travers des journées d’études et de rencontres, le 8 Mai 1945 est commémoré dans la douleur. À titre d’exemple, une journée d’étude sur «L’histoire de la mémoire et témoignages» dont les travaux ont été clôturés jeudi soir à Tlemcen était une opportunité de revenir sur les crimes contre l’Humanité commis par la France coloniale. Les participants à cette rencontre, ont recommandé le recueil et l’écriture de tous les témoignages sur l’atrocité des évènements sanglants du 8 Mai 1945. Ils ont également appelé, à cette occasion qui s’inscrit dans le cadre de la commémoration de ces événements, organisée par le département d’histoire de l’Université de Tlemcen en collaboration avec la direction des moudjahidine, à l’orientation des chercheurs et des étudiants dans leurs mémoires de fin d’études sur le Mouvement national, à la coordination entre l’université et les associations versées dans l’histoire du Mouvement national et l’impression des travaux de cette rencontre pour en constituer un document pour les élèves. Le docteur Mabkhout Boudouaya, chef du département d’histoire de l’Université de Tlemcen a fait, lors de cette rencontre à laquelle ont participé des professeurs des Universités de Tlemcen et de Sidi Bel-Abbés et des moudjahidine, une communication où il a abordé certains écrits d’historiens qui ont traité de la question des massacres en s’étalant longuement sur les travaux du regretté historien Yahia Bouaziz. Le conférencier a affirmé que « cet historien a relaté la série de massacres sanglants commis durant ce mois, mais aussi écrit sur bien d’autres massacres commis depuis le début de l’occupation de l’Algérie par le colonialisme français». Après avoir mentionné les titres de certaines oeuvres écrites par l’historien comme «Moudjez fi tarikh El Djazair» (Synopsis dans l’histoire de l’Algérie) en 1965, «Thaouarate el Djazair fi qarn 19 oua 20» (Révolutions en Algérie aux 19e et 20e siècles) en 1980, l’intervenant a souligné ensuite à propos du livre «La politique de l’occupation coloniale et le Mouvement algérien de 1830 à 1954, les massacres sanglants du 8 mai 1945». Il a mis en exergue les conséquences désastreuses citées par l’historien dans son livre notamment le génocide et la torture contre les manifestants, le bombardement des villes par des avions ou à partir de la mer avec l’implication de légions étrangères. Le docteur Mekkioui Mohamed a relaté, dans son intervention sur «le parcours estudiantin du Mouvement national algérien 1930- 1945», les événements historiques qui ont abouti à l’explosion de la rue algérienne, notamment le centenaire de la colonisation française de l’année 1930, la circulaire Michel appelant au contrôle de l’activité de l’Association des ulémas musulmans algériens, les manifestations de Constantine pour dénoncer cette circulaire, en plus de la maturité politique chez les chefs du Mouvement national. Selon l’intervenant, ces facteurs ont poussé les Algériens à revendiquer leur droit à la victoire promise. Des témoignages de moudjahidine sur les massacres du 8 Mai 1945 ont mis à nu les atrocités perpétrées à l’encontre du peuple algérien (tortures, arrestations et autres) par le colonisateur français.

**L’un des derniers témoins raconte….

Nichée au pied du mont de Sidi Mimoun qui culmine à 1 646 m, à la naissance de la chaîne des Babors, Beni Aziz, charmante cité de 20 000 habitants, subjugue immédiatement le visiteur lorsqu’au détour d’un virage, elle apparaît toute riante dans un écrin de verdure, offert entre les lacis de l’oued Bourdin, étonnamment limpide, et l’éclat éblouissant de l’azur. I l est difficile de réaliser aujourd’hui qu’il y a 66 ans ce petit paradis qu’est Beni Aziz au printemps a été le théâtre, du 8 mai jusqu’au mois de juillet 1945, d’un massacre à grande échelle, prenant les proportions d’un génocide. Un enfer avec sa cohorte de tueries, de viols, d’enfumades et d’exactions hystériques, commises par la soldatesque coloniale, ses corps auxiliaires et les milices déchaînées. Des témoins des massacres du 8 mai 1945, il n’en reste guère dans ce chef-lieu de daïra situé à une soixantaine de km au nord de Sétif. Une commune que l’administration française avait affublée du nom de Chevreul et où l’on avait dénombré 379 victimes, parmi eux beaucoup de femmes et d’enfants. Mohamed-Bachir Azzouz avait treize ans à l’époque de ces évènements sanglants qui avaient non seulement définitivement marqué ces jeunes presque tous futurs combattants de l’Armée de Libération nationale (1954-1962) mais aussi les générations suivantes qui conservent jalousement, à Beni Aziz, les récits des aînés sur le martyre du 8 mai 1945. « J’étais élève à la zaouia Hamlaouia de Teleghma à cette époque », raconte El Hadj Azzouz qui souligne qu’après la mort de Saâl Bouzid (première victime de ces massacres, abattu par le commissaire Olivieri) qui conduisait le cortège de manifestants à Sétif, la population de Beni Aziz apprenait que l’administrateur de Aïn El Kebira avait été tué à Amoucha. Pour tout un chacun, « cela signifiait que c’était le Djihad contre l’occupation coloniale, car la misère et le désespoir étaient tels que la révolte pouvait se généraliser au moindre incident », explique Hadj Mohamed. Le chauffeur de l’administrateur tué s’appelait Amar Bougdoura. Il est rentré au volant d’une « traction » à Aïn El Kebira. « Le lendemain, mercredi 9 mai, à Beni Aziz, le neveu de Bougdoura, Amar Boukharouada avait participé à l’attaque contre des gendarmes de Chevreul, armé d’un mousqueton, il y aura un gendarme et un colon tués parmi les européens », se rappelle dans un mélange de souvenirs le moudjahid Mohamed- Bachir Azzouz, pris de frissons à l’évocation de cette sombre époque. Le surlendemain du 8 mai 1945, jeudi, à Beni Aziz et dans les mechtas de la région, la répression allait s’abattre impitoyablement. À Beni Medjelet, Larbaâ, Arbaoua, Aïn Sebt, les tirailleurs sénégalais et les tabors marocains, aidés par des milices formées de colons, sévissaient, brûlant, tuant et violant sans retenue, raconte ce témoin, se souvenant que 12 maisons avaient été entièrement incendiées. Le couple Hadda et Mabrouk Azzouz ont été froidement abattus chez eux, de même qu’à Beni Aziz, un homme et son fils ont été tués de sang-froid, l’un après l’autre. L’horreur fut telle que de nombreux témoins ont longtemps été tourmentés par l’odeur de la chair calcinée de familles entières. Certaines victimes ont été obligées de creuser ellesmêmes leurs tombes, raconte encore Hadj Azzouz. Ce dernier, considéré à Beni Aziz comme « la mémoire » du 8-Mai 1945 et de la Guerre d’indépendance, cite également quelques personnes arrêtées à Beni Aziz durant le mois de mai 1945 et qui ne furent libérées qu’en 1962 : Larbi Azzouz, Boudjemaâ Boukhrissa, Lakhdar Benyahia, Mohamed Tolba, Ahmed Haridi. Des centaines d’orphelins ont été dénombrés, la plupart ont été adoptés par des militants nationalistes ou des compatriotes dans toute l’Algérie, notamment dans l’Oranie. L’un de ces orphelins, Messaoud Gridi, est revenu, après l’Indépendance, à Beni Aziz où il avait vécu ses derniers jours, il y a peu de temps, relève Hadj Azzouz. « J’avais 13 ans, au mois de juillet 1945 à Tachouda, à quelques kilomètres de Beni Aziz, j’étais avec mon père et ma mère parmi des centaines d’habitants des dechras, regroupés de force pour nous obliger à participer à une cérémonie grotesque de reddition. Les soldats nous obligeaient à insulter les dirigeants nationalistes des Amis du Manifeste et de la Liberté (AML), puis tout le monde a été contraint de se prosterner en tournant le dos à la Qibla », se souvient encore ce moudjahid, avant d’affirmer que « si les hommes passent, Beni Aziz n’oubliera jamais ».(Le Courrier d’Algérie-08.05.2011.)

** Les archives des massacres du 8 mai 1945 ont été déjà restitués par la Grande-Bretagne à l’Algérie »

Lors d’une visite effectuée hier dans la wilaya de Sétif, l’ambassadeur du Royaume-Uni en Algérie, M. Martyn Roper, a réitéré l’engagement de son pays pour redynamiser les échanges commerciaux entre l’Alger et Londres. « Je connais bien l’histoire héroïque de cette région, notamment les massacres du 8 mai 1945. Sétif représente également un pôle économique et commercial considérable en Algérie », a-t-il déclaré aux journalistes.

Dans ce sens, le même interlocuteur a révélé que le président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, lui a incité de renforcer la présence de la Grande-Bretagne dans tous les secteurs économiques en Algérie, dans le cadre des projets de coopération bilatérale, relevant que le taux des échanges commerciaux entre les deux pays a enregistré une hausse de 117% en 2010, soit l’équivalent d’un milliard de livre sterling. M. Robert s’est rendu dans le cadre de sa visite dans la wilaya de Sétif à l’université Ferhat Abbes, où il s’est entretenu avec quelques professeurs et étudiants, tout en les mettent au courant du programme Erasmus Mendus duquel les étudiants des pays du Maghreb peuvent en bénéficier. Ce programme encourage l’enseignement supérieur selon le système LMD. Répondant à une question sur les archives de l’Algérie au Royaume –Uni, tout particulièrement celui lié aux massacres du 8 mai 1945, son excellence l’ambassadeur britannique a indiqué que « la loi britannique exige la restitution de l’archive 30 années après les évènements. L’archive de l’Algérie en Grande-Bretagne a été restitué ». (El Khabar-27.10.2011.)

MARSEILLE COMMÉMORE LES ÉVÉNEMENTS
Dans le même sillage,l’Espace francoalgérien de la région Provence-Alpes- Côte d’Azur (PACA) a organisé, dans le quartier du Vieux Port de Marseille un rassemblement et diverses activités pour commémorer le 65e anniversaire des massacres du 8 Mai 1945 à Sétif, Guelma, Kherrata et dans d’autres régions du pays. Cet espace, qui regroupe des Algériens et des binationaux de diverses catégories socioprofessionnelles et ambitionne de créer des passerelles entre le pays d’origine et le pays d’accueil, propose pour marquer cet autre 8 Mai 45, un rassemblement symbolique au Vieux Port de Marseille pour rendre hommage aux milliers de victimes de ces massacres. Dans l’après-midi, il est prévu la projection d’un documentaire de l’Algérienne Mariem Hamidat «Mémoires du 8 Mai 1945», suivi d’un débat avec le sociologue Vincent Geisser. Le photographe Abed Abidat présentera, quant à lui, son ouvrage photographique aux Marseillais. Pour le forum, qui commémore pour la seconde fois consécutive cette date charnière de l’histoire nationale, le devoir de mémoire est nécessaire car “il est des commémorations qui sont inscrites comme une évidence dans les calendriers et les agendas, il en est d’autres qui ne sont même pas connues des citoyens. La date du 8 Mai 1945 en est un parfait exemple. « Le 8 Mai 1945 est l’une de ces dates commémoratives qui a la mémoire sélective pour se souvenir uniquement de La libération de la France occupée par l’Allemagne nazie mais qui occulte délibérément les violentes répressions conduites par l’armée française contre les Algériens de Sétif, Guelma et Kherrata qui revendiquaient alors leur volonté d’indépendance ». Le forum a estimé qu’ «aujourd’hui, il est temps que la France reconnaisse sa propre histoire. Car la cohésion nationale et la construction d’un avenir solidaire et respectueux des uns et des autres passent notamment par le partage et la reconnaissance de cette mémoire collective» et «l’histoire de France et celle coloniale ne sont pas à occulter. Quelles soient belles ou pas, elles doivent être relatées». Un collectif d’associations et de syndicats s’est associé au forum pour marquer cette date et s’inscrire dans la démarche afin que « toutes les mémoires soient traitées de façon équitable » et « pour qu’une page soit enfin tournée sur un avenir apaisé et réconcilié », précise encore le forum franco-algérien. Des crimes commis dans l’impunité Pour sa part la Fondation du 8 Mai 1945 a plaidé mercredi de Tizi Ouzou pour «l’adaptation du droit pénal algérien à la jurisprudence criminelle internationale, dans le but de permettre à l’Algérie d’ester en justice des auteurs de crimes contre l’humanité commis durant la colonisation française du pays ». « Par devoir de mémoire envers toutes les victimes du colonialisme français en Algérie, et afin de pouvoir juger les tortionnaires, il est impératif que L’Algérie mette à niveau sa législation, notamment pénale, avec les textes de loi qu’elle a ratifiés », a estimé le président de la Fondation du 8 Mai 1945, Kheireddine Boukherissa, dans une conférence intitulée « Les relations algéro-françaises et la question mémorielle ». Il a relevé que “la volonté politique existe pour la prise en charge du devoir de mémoire lié intrinsèquement à la souveraineté nationale, mais sa matérialisation nécessite que soient posés les mécanismes et dispositions légaux exigés par la punition des crimes contre l’humanité commis par le colonialisme en Algérie ». À cet effet, et dans l’immédiat, il a notamment prôné « l’introduction, dans le code pénal national, des dispositions incriminant le colonialisme et qualifiant les crimes contre l’humanité ». Cet amendement, selon lui, « permettra à la justice algérienne d’engager des procédures judiciaires à l’encontre de coupables de crimes contre l’humanité perpétrés durant la période coloniale, en application du principe de réciprocité ». Explicitant sa pensée, le conférencier trouve « paradoxal que la justice française interpelle sur son sol des Algériens pour des affaires internes, alors que le droit algérien ne permet pas, dans ses dispositions actuelles, d’appréhender un tortionnaire de la période coloniale sur le territoire national ». Pour étayer son plaidoyer pour l’adaptation de la législation nationale avec la jurisprudence internationale, notamment en matière criminelle, le conférencier a mis en avant l’exemple du « non-aboutissement » du procès intenté par la Fondation qu’il préside contre Maurice Papon, ex-préfet de Paris, pour crimes contre l’humanité commis lors des manifestations du 17 octobre 1961 à Paris ». « La plainte déposée contre ce tortionnaire au niveau de la justice française, du TPI (Tribunal pénal international) et de la Cour internationale de justice a été rejetée, au motif d’une clause d’impunité couvrant les crimes de guerre et contenue dans les accords d’Évian », a-t-il déploré avant de souligner la nécessité de « revoir cette clause en question ». Pour d’amples détails sur ce sujet, le président de la Fondation du 8 Mai 1945 a fait savoir qu’un ouvrage, réalisé par lui et intitulé « Procès Papon », paraîtra en octobre prochain, à l’occasion de la commémoration du 49e anniversaire des manifestations du 17 octobre 1961 à Paris. « Cet ouvrage relate les méandres de la procédure judiciaire engagée contre ce tortionnaire », a-t-il ajouté. (Le Courrier d’Algérie-08.05.2010.)

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 Un diplomate britannique témoigne

 Un diplomate anglais qui voit monter la guerre. Des témoins de villages oubliés qui racontent l’horreur. Des chiffres encore sujets à polémique. Tout n’a pas été dit sur le 8 mai 1945…

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Soixante-six ans après, les douloureux événements du mardi 8 mai 1945 ont encore des secrets à livrer. L’hebdomadaire français le Point a publié en septembre 2010 de larges extraits, en exclusivité, de nombreux rapports adressés avant, pendant et après la manifestation pacifique transformée par l’armée coloniale en un océan de sang. Les révélations de John Eric Maclean Carvell, consul général britannique à Alger, ont permis de découvrir des vérités restées enfouies des décennies durant et dévoilent certains plans de la France qui a tout mis en œuvre pour perpétrer un génocide à huis clos. Le 9 février 1945, soit presque trois mois avant le déclenchement des hostilités, le consul prédit des troubles.

Les conditions de vie des populations se sont dégradées, notamment à l’est, où les gens souffrent du manque de vêtements durant l’hiver et doivent affronter la famine. Les habitants de certaines localités qui n’ont pas eu de céréales durant plus de deux mois réussissent à survivre grâce à des racines. Dans la missive du 11 mai (n°157), le consul parle de l’implication des forces navales depuis les rivages de Béjaïa et de Jijel. Le même document fait aussi état des mouvements de l’aviation française. Laquelle a effectué 300 sorties en six jours. La note du 23 mai est plus explicite. Elle indique clairement que «les Français ne savent pas gérer les troubles». Des troupes, comportant un bataillon de Sénégalais renforcé par des voitures blindées, sont envoyées d’Alger, Sidi Bel Abbès, Biskra, Béjaïa et Constantine.

Plus de 6000 tués

Le même papier indique que «sur demande des autorités françaises, 75 soldats de la Légion étrangère ont été acheminés de Sidi Bel Abbès à bord de la Royal Air Force». Selon le télégramme du 11 mai, l’armée britannique a, à l’instar de l’armée américaine, refusé de fournir des bombes antipersonnel à l’armée française. Laquelle a, en quelques jours, bénéficié du renfort de 1200 hommes du 13e régiment d’infanterie entièrement composé d’anciens membres des Forces françaises de l’intérieur (FFI) de la Creuse et de la Dordogne. Ce contingent a été, souligne-t-il, transporté à bord de B26 et P38, entre les 8 et 14 mai 1945. Concernant l’ampleur des pertes parmi la population, le rapport est sans équivoque : «Il ne sera jamais connu avec précision. 

Sachant qu’aucun rapport n’a été établi.» En se référant aux chiffres avancés par les Français, le consul mentionne : «Le gouverneur général estime le nombre de morts entre 900 et 1000 personnes. Alors que les autorités médicales françaises situent les pertes à 6000 tués et 14 000 blessés. D’autres estimations sont beaucoup plus élevées.» Le diplomate avertit le 12 juin 1945 : «La destruction impitoyable de villages et le massacre sans discernement de femmes et d’enfants ne seront jamais oubliés.». Avec une telle prédiction, le général Duval n’a pas été seul à prédire la chute de l’empire colonial…(El Watan-06.05.2011.)

***La torture

*Les hurlements de certains détenus m’empêchent parfois de dormir

Pour le commun des mortels, les événements du 8 Mai se résument à Guelma, Kherrata et Sétif alors que des hameaux et des bourgs du pays profond ont subi, loin de toute médiatisation, les pires sévices et mutilations.

De retour du souk aux environs de 14h30, les paysans de Beni Fouda (ex-Sillègue) diffusent l’information qui se répand telle une traînée de poudre. La furie des Algériens qui ne répondent à aucun mot d’ordre politique fait trois victimes françaises (le cantonnier, le garde-champêtre et son épouse). La réaction de l’armée coloniale, qui a confié la besogne aux Sénégalais, fut sanglante. Mechta Boutouil a reçu, selon les témoignages de nombreux survivants, une bonne quantité d’obus. A Mechta El Hassbia, les familles des frères Ouada Lamnaouar et Lakhdar, ainsi que leur bétail et leurs biens furent brûlés sur ordre du colon Barral. Alors que Nemir Abdelkader, Chachour Amar et Bouachra ont été condamnés par le tribunal de Constantine à la peine capitale. Rassemblée, la population de Ouled Safsaf est sauvée de la potence par l’épouse du maire qui n’a pas admis et accepté la boucherie collective. Informée par un chauffeur de taxi qui se déplacera par la suite à Ain El Kebira (ex-Périgoville) pour les mêmes motifs, la population des différentes mechtas et hameaux d’Amouchas réagissent instinctivement.

Torturé pendants 20 jours

La Poste est la première cible. Le postier qui se réfugie avec sa petite famille dans la cave, échappe de justesse au lynchage. Pour ce geste, l’armée exécutera Tichi Larbi et quarante-sept autres citoyens d’Amoucha. Ayant participé aux événements de Sétif, des paysans d’Ain Abassa, localité située à 19 km du lieu de l’«explosion», propagent la nouvelle. En début d’après-midi, l’effervescence est à son comble. Des centaines d’habitants du village et des douars environnants se regroupent au centre du hameau. Criant vengeance, la foule assiège la caserne de la gendarmerie où se réfugient les colons qui alertent l’état-major à Sétif. Appuyées par un half-track, deux sections d’infanterie sénégalaise, se rendent sur les lieux. L’assassinat de Charles Fabre est impitoyablement vengé. En plus des centaines de personnes torturées à l’intérieur même du siège de la gendarmerie, transférées par la suite vers la caserne Napoléon de Sétif, où périssent d’autres prisonniers, 84 personnes sont exécutées sur place. «Je ne pardonnerai jamais à ceux qui m’ont fait perdre dix-sept ans de ma vie et torturé à mort mon vieux père pris en otage par l’armée française. Avant d’être transféré au tribunal militaire de Constantine qui me condamne avec sept autres citoyens d’Aït Tizi à la peine de mort, on m’a torturé pendant vingt jours.

Isolement total

N’ayant pu obtenir des aveux à propos de la mort de cinq colons tués entre Aokas et Tichy, mes geôliers qui m’ont fait subir des interrogatoires musclés et des brimades propres aux nazis, m’envoient à Constantine, nous confie Aïssa Hamani, natif de Thanarine (village à plus de 70 kms au nord de Sétif), seul rescapé des huit condamn    és à mort de Aït Tizi, où les forces coloniales ont arrêté cent personnes dont bon nombre est à jamais porté disparu. Je suis par la suite transféré vers la prison d’El Harrach où je dois croupir dans l’isolement total pendant dix-sept longues et pénibles années. En plus des blessures physiques, les mutilations morales me hantent encore. Il m’est impossible d’oublier la torture morale du commissariat de police de Sétif où des compagnons de cellule ont été tués sans aucune forme de procès. Les hurlements de certains détenus ne supportant ni l’électricité ni la baignoire m’empêchent de dormir de temps à autre». Lamri Boukhalfa, un autre rescapé de la tragédie, raconte : «Sans raison aucune, onze nomades sont sauvagement tués à Bellaa, un douar situé à quelques encablures d’El Eulma. Avant de repartir, les bourreaux qui n’ont jamais été inquiétés, n’ont pas oublié de piller les tentes de leurs victimes…» (El Watan-06.05.2011.)

***Un journaliste américain a vêcu les événements 

C’était par cette sentence verdict, qu’un journaliste américain présent en Algérie, narrait le 8 mai 1945, quand tous les peuples de la terre fêtaient la victoire sur le nazisme, et la mise à mort de la bête immonde.Il annonçait ébranlé, que : ‘’la chasse était ouverte ». Réflexe typiquement américain quand l’on connaît, ce que représente la chasse dans la vie des américains de ces années là. Ce peuple pionnier, avait inscrit la possession d’une arme à feu dans sa constitution du 17 septembre 1787. Le deuxième amendement de la constitution des Etats-Unis, dispose que :

‘’ Une milice bien ordonnée étant nécessaire à la sécurité d’un Etat libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas violé ‘’.

La chasse est un moment marquant dans la vie de ce peuple, et son ouverture, un évènement saillant. Ces hommes et ces femmes dans leurs usages cynégétiques, chassent tous les gibiers, à plumes, à poils, et même les alligators. La chasse fait partie du cadre de références de ce peuple, comme de celui de certaines autres populations.

En Algérie aussi, nous sommes chasseurs, mais chez nous, aucune chasse n’est permise, ni autorisée, au printemps. Nous savons et depuis des millénaires, que durant cette saison, tous les animaux s’accouplent, font des petits, que nous chassons, au début de l’automne. Nous laissons la nature faire son œuvre, nous donnons une chance aux gibiers, et nous permettons à ceux qui viendront après nous, d’avoir une occasion de profiter de ce plaisir qu’est la chasse.

Mais de quoi parlait donc cet américain ? Il décrivait l’ambiance sulfureuse, de l’hallali sonné, par la police, les milices et les militaires pour l’ouverture de la chasse aux algériens, dans l’Est du pays particulièrement, et à travers toute l’Algérie également. Et pourquoi ? Tout simplement, parce que légitimement, les algériens, entendaient s’affranchir du colonialisme français. Ils avaient été des milliers à être mobilisés, pour faire une guerre qui ne les concernait pas, en France et ailleurs. Et ils furent pour certains, enrôlés dans des unités qui les premières avaient libéré un territoire français. L’Ile de Corse avait été libérée par des tirailleurs algériens. Avec les 172 patriotes corses, 87 algériens venus d’Algérie, périrent durant les opérations. Ils étaient 3500 maghrébins à mourir pour la France, de novembre 1942 au mois de mai 1943.

Parmi ces braves, des centaines de soldats du 7e Régiment de tirailleurs algériens, cantonné à Sétif, avaient combattu entre 39 et 45, selon l’expression de Henri Alleg, de l’Italie au Rhin l’armée allemande du Reich nazi et l’avaient farouchement battue dans 100 combats, inscrivant à leur palmarès faits d’armes glorieux et citations. Le 17 mai 1945, ils défilaient après leur retour au pays sous les ovations de la ville d’Alger avant de rejoindre leurs foyers dans la région de Sétif dont plusieurs étaient originaires. Ils ne trouvèrent alors que deuil, désolation, ruines, morts sans sépultures et femmes humiliées, errantes et de chagrin ayant perdu la raison. Les habitants de Kherrata dans le Sétifois avaient été interdits par les légionnaires français d’enterrer leurs morts des mois durant. Tout cela parce que les Sétifiens, autorisés, défilaient le mardi 8 mai 1945 pacifiquement, c’était un jour de marché, ils avaient déposé leurs cannes et leurs bâtons sur invitation des organisateurs à la nouvelle mosquée, pour célébrer, comme tous les hommes et les femmes libres du monde, la victoire sur la bête ignoble et infâme, ils furent accueillis par les balles des policiers. Ils avaient osé ce jour-là déployer le drapeau algérien. En conséquence et ce n’est pas de la fiction, cela s’est réellement passé. Des dépouilles avaient été abandonnées dans le lit d’un oued des semaines, durant lesquelles leurs ossements avaient été blanchis par la pluie, les vents et les chacals.

Pourquoi tout cela ? Parce que des algériens à Sétif, avaient paisiblement défilés, en scandant : vive l’Algérie libre et indépendante, sur la rue de Constantine. Ils avaient cru en l’espoir suscité par la Charte de l’Atlantique, sanctionnant la rencontre, entre le président américain Franklin Delanoë Roosevelt et premier ministre britannique, Winston Churchill au large de Terre Neuve, du 26 Août 1941. Ce texte en son troisième point, mentionnait que : »les deux pays, respectent le droit qu’a chaque peuple de choisir la forme de gouvernement sous laquelle il doit vivre ; ils souhaitent voir le droit de souveraineté et l’autodétermination restauré à ceux qui en ont été privés par la force ».

En réponse à cette forme paisible de revendication, les fous de la police coloniale, qui cherchaient un prétexte, le trouvèrent dans le déploiement de l’emblème national, vert, blanc et rouge, en plein cœur de la ville, par des jeunes exaltés, par le triomphe de la liberté. Cette ville haute et altière, que ces forcenés, imaginaient pour l’éternité et à jamais, bleu, blanc et rouge. L’un de ces enragés, le commissaire de police de Sétif, Laffont, tira à bout portant, et tua, le chahid, Saal Bouzid, porte drapeau de la manifestation pacifique. Bouzid avait 21 ans, l’âge de tous les espoirs et de tous les rêves. Toujours selon Henri Alleg, le préfet du département de Constantine, dont Sétif dépendait alors, Lestrade – Carbonnel, avait la veille de la manifestation, donné aux autorités locales un ordre impératif : ‘’faites tirer sur ceux qui arboreraient le drapeau algérien ». Ses sbires, le lendemain s’exécutèrent et réussirent leur coup. Dès lors, le massacre des algériens, sans armes dura deux mois et à travers toutes les régions du pays. Le 8 mai, relate l’historien Mohamed Harbi, dans un article publié par le monde diplomatique, du mois de mai 2005, » le Nord constantinois, délimité par les villes de Bougie, Sétif, Bône et Souk-Ahras et quadrillé par l’armée, s’apprête, à l’appel des AML et du PPA, à célébrer la victoire des alliés. Les consignes sont claires : rappeler à la France et à ses alliés les revendications nationalistes, et ce par des manifestations pacifiques. Aucun ordre n’avait été donné en vue d’une insurrection. On ne comprendrait pas sans cela la limitation des événements aux régions de Sétif et de Guelma. Dès lors, pourquoi les émeutes et pourquoi les massacres ? »

A Guelma, Lavie grand colon, maire et minotier à Héliopolis, influent sur toute la région. Son avis fut décisif, pour qu’en dehors de Annaba, le premier lycée colonial se construise à Guelma, considérant le fort taux de la colonisation dans cette partie du pays, qu’il prétendait. Fort de cette position, il lui revenait de droit, croyait-il, de venir au secours de la panique des Européens de la région, puisque la colère de Sétif, fut en arrivant aux algériens de Guelma plus violente. Il raconte : « Dès la fin du méchoui du 8 mai, je décide de transformer le moulin neuf pour abriter la population d’Héliopolis, et tous les colons des environs que j’ai pu joindre. Au cours de l’après-midi, je fais construire un réseau de barbelés, long de 300 mètres, électrifié sous 3 000 volts et alimenté par le groupe électrogène de la minoterie. Meurtrières percées dans les murs d’entrée, portes obstruées par des herses renversées sur six mètres de profondeur et défendues par des feux croisés. La population protégée a vécu dans ces conditions pendant un mois jusqu’à ce que l’ordre soit rétabli ».

Le lendemain, le 9 mai le sous-préfet, André Achiary, qui avait été dit-on, un résistant, fera donner de la milice coloniale, qu’il prendra le soin de fortement armer sur les stocks de l’armée française, pour l’ouverture de la chasse. S’adressant aux colons, il leur lança : »Messieurs les colons ! Vengez-vous ». Des dizaines d’algériens furent sommairement abattus, par des apprentis barbouzes, fiers d’avoir été armés par le sous-préfet, dont ils ne devaient surtout pas décevoir les desseins. Ils tuèrent brutalement en ville et assassinèrent, au bord de l’oued Seybouse, et les corps des suppliciés, furent brûlés dans les fours à chaux de Kef-El-Boumba, à Héliopolis, pour tranquilliser monsieur Lavie, grand pourvoyeur de bienfaits, aux gendarmes, aux policiers, à toute la plèbe, et à toute la racaille de la colonisation. A Guelma et alentours il y eut par la grâce d’Achiary entre 2000 et 3000 morts. Les massacres durèrent tout le mois de mai 1945. Quarante six ans après ces massacres, en 1991, je fis la connaissance, du directeur du moulin, du sieur Lavie, nationalisé, depuis 1962, lors d’une de mes missions de serviteur de l’Etat. Un brave garçon, qui n’est plus de ce monde. Il me racontait, qu’il avait commencé à y travaille, dès l’age de 14 ans, et qu’il vieillissait avec le moulin. Il me racontait presque en se confiant, qu’il connaissait tellement le ronronnement des machines, que la moindre fausse note et que le moindre grincement dans l’engrenage de la mécanique, l’interpellaient. Il se réveillait la nuit affolé, pour éventuellement attirer l’attention, et réparer avec les travailleurs du service de nuit. Mais, me disait-il, ‘’ j’avais peur de rencontrer, dans les sombres escaliers en bois de la minoterie, les esprits chouhada, que Lavie et les colons de Guelma avaient, froidement passé par les armes et ensuite, pour ne pas, pensaient-ils, laisser de traces, incinérés. Elles étaient là les traces de mon épouvante horreur, insistait-il, c’était le moulin d’Héliopolis, les bruits des machines, qui la nuit, s’affolent, pour témoigner des atrocités. Smaïn, c’était son prénom, ne s’en était pas sorti, il est demeuré hanté, un gibier toujours traqué.

La contagion se propagea à Kharrata, où, à Chaabat Lakhra, des hommes menottés avec du fil barbelé sont jetés par des légionnaires du haut de la falaise.

Kharrata et toute sa région furent également bombardées, par des navires de la marine française à partir de la mer.

A Sidi Belabès, plus de 4000, personnes dont au moins 600 femmes, bravèrent l’interdit et défilèrent.

Le carnage se soldat par la mort 45000 algériens, selon les sources nationalistes, que la France coloniale, osa mettre en cause. Elle créa une commission d’enquête sur les violences, qu’elle fera présider par le généra Tubert. Mais elle aura vite fait d’y mettre un terme, pour accorder l’impunité aux massacreurs du peuple sans défense. Ce chiffre de 45000 victimes, est corroboré par les sources des services américains, qui eux avaient comptabilisés 35000 morts. Feu Mahfoud Kaddache, dans son ouvrage, l’Algérie des Algériens, rapporte que : » sur les 5560 Algériens arrêtés,les tribunaux militaires en jugèrent 1319 : 99 furent condamnés à mort, 64 aux travaux forcés à perpétuité, 329 aux travaux forcés à temps, 250 furent acquittés, et 577 bénéficièrent de non-lieu ‘’.

Ce fut pour l’histoire contemporaine de l’Algérie, un tournant décisif. La solution au problème, pour cette génération du 8 mai 1945, résidait désormais dans l’insurrection par les armes, contre la France colonialiste, et seulement cette solution. Les traumatismes occasionnés par ces évènements, accélérèrent le déclenchement de la révolution du premier novembre 1954. Kateb Yacine lycéen en évoquant ces massacres, disait : ‘’Je serais resté un poète obscur, s’il n’y avait pas eu les manifestations du 8 mai 1945 ». Lycéen à Sétif, il fut emprisonné, avec d’autres, tel Abdelhamid Benzine, pour avoir participé à la manifestation. A quelque chose malheur est bon, diront certains. Malgré la perte de toutes ces vies humaines, les massacres, les tueries, l’extermination et les destructions. Ce 8 mai 1945, apporta un avant goût de libération, même s’il était ce printemps là amer et mordant. Ce fut le prélude d’une ère nouvelle. L’historien Harbi, termine son article, par cette affirmation : »La guerre d’Algérie a bel et bien commencé à Sétif le 8 mai 1945 ».

La conviction des hommes et de femmes, et leur foi en la cause d’indépendance de l’Algérie, fut tellement forte et sincère, qu’ils y parviennent, le 5 juillet 1962.

Est-ce à dire qu’il faille dès lors oublier ?

La réponse est non, pour que nul ne dise, je ne savais pas, et pour que cela ne se reproduise plus ici en Algérie ou bien ailleurs. Nous devons au nom de la mémoire collective entretenir le souvenir, contre l’autisme et l’amnésie, qu’entretiennent certains. Et ce n’est pas ici, l’expression d’un émotionnel non encore stabilisé. Cela fait 66 ans, qu’il nous a été fait outrageusement violence, mais nous voulons vivre sereinement avec notre histoire, fut-elle un jour, contre nous brutale. La France doit-elle s’excuser et demander pardon ? Oui. Mais, si elle s’obstine à ne pas le faire, doit-on se focaliser et faire une fixation, sur cette négative attitude ? La repentance, signifie l’expression publique du repentir d’une faute, pour laquelle on demande pardon, disent les spécialistes. Cependant, dans ce cas, il doit être fait obligation à la France d’assumer son histoire et toute son histoire coloniale. Et pas seulement, de se faire plaisir, en promulguant une loi «portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des français rapatriés, du 23 février 2005 », qui dans son article quatrième, énonce : «Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ».

Effectivement la France et ses colonialistes ont naturellement le droit de rêver et c’est tout. Mais à chaque réveil, la réalité les rattrape et les interpelle à tout moment, pour qu’ils acceptent et endossent, la responsabilité des actes sauvages et inhumains, qu’ils ont publiquement et en flagrant délit commis. Et qui dit responsabilité, engage son auteur au devoir de répondre de ses actes et à supporter les réparations qui en résultent. Nous autres convaincus et forts de notre morale et de notre éthique envers nos chouhada, et du respect que nous leur témoignant, il nous suffit en reconnaissance à leur martyre, de vivre aujourd’hui en notre terre d’Algérie libre et indépendante. Cette Algérie telle que légitimement revendiquée aux prix du sacrifice suprême par les algériens qui avaient le 8 mai 1945, affronté les mains nus, les armes de la police et des milices coloniales. Cependant la France doit moralement faire amende honorable. Le pays des droits de l’homme et du citoyen, n’à plus le pouvoir du déni de droit à notre égard .Il ne peut éternellement se désavouer.

Alors et attendant, sans haine, et sans freiner des quatre fers, pour voir, ce qu’entreprendra la France. Je convie les Sétifiens et éminemment, le premier d’entre eux, monsieur le Président de l’Assemblée Populaire de Sétif, d’engager la réalisation intelligente, comme je suis sûr, ils sauront esthétiquement le faire, du mémorial du 8 mai 45. Où ils inscriront, l’Algérie reconnaissante à tous ses chouhada, offre cet espace à tous ses jeunes. (Le Quotidien d’Oran-05.05.2011.)

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Abdelhamid Salakdji. Président de la fondation du 8 Mai 1945

Impossible de refermer un dossier qui n’a pas divulgué tous ses secrets

- Pour une catégorie d’historiens français, les événements du 8 mai 1945 se résument à un mouvement insurrectionnel. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?   *C’est de l’intox. En transformant la marche pacifique du 8 mai 1945 en mouvement insurrectionnel, la France, qui ne veut pas, soixante-six ans après, abandonner sa casquette «coloniale», essaie de justifier les massacres perpétrés par son armée. Le moment est venu pour les historiens des deux rives d’utiliser le vocable approprié. Car il est inconcevable de qualifier une marche d’indigènes, désirant partager la joie des Alliés, de mouvement de révolte, d’action armée ou d’insurrection souhaitant renverser la puissance coloniale. C’est grotesque, absurde et insensé à la fois. Les porteurs de gerbes de fleurs ayant placé à la tête du cortège de petits scouts… Or, pouvaient-ils faire la guerre avec des roses ? Non. En apercevant l’emblème national, au milieu des drapeaux des Alliés, les policiers – qui de plus, n’ont pas admis des slogans nationalistes tels que «Vive l’Algérie libre», «Libérez Messali Hadj» – ont dégainé.
- Pourquoi après tant d’années, le sujet reste-t-il ouvert et continue d’envenimer les relations franco-algériennes ?  
*La peur de l’histoire qui ne pardonne pas effraie la France, qui n’est toujours pas disposée à faire son mea-culpa. Ces événements représentent effectivement un épineux contentieux, car la France ne veut pas assumer les crimes commis par son administration, sa police et gendarmerie, qui ont actionné la machine de guerre au nom de l’Etat français. On ne peut tourner aussi facilement les pages relatives aux crimes, exactions et répressions perpétrés contre des citoyens désarmés et le plus souvent, à l’intérieur de leur gourbi. Il n’est pas possible de refermer un dossier qui n’a pas divulgué tous ses secrets. Sachant que la répression qui s’est déroulée à huis clos a duré plus de cinq mois. Pis encore, des centaines d’exécutions sommaires ont été commises durant cette période. Pour illustration, en septembre 1945, le général Duval a, dans un de ses rapports, révélé que plus de 280 condamnés à morts ont été exécutés d’une manière expéditive. Quant aux arrestations, elles n’ont pris fin qu’au mois d’octobre. Soit six mois après le début des événements…
- Le nombre des victimes continue lui aussi à faire polémique…
*Pour «rétablir l’ordre», la France coloniale qui avait mobilisé à l’époque plus de 40 000 soldats, a, de plus, utilisé les gros moyens aériens et navals pour laminer une population exténuée auparavant par la misère et la famine. Un véritable carnage a été commis loin des regards des médias français, n’étant pas à ce propos, exempts de tout reproche. Placée dans le box des accusés, la France veut, par l’intermédiaire de certains nostalgiques de l’Algérie française, faire, à travers ce volet, diversion. Alors que des historiens algériens avancent le chiffre de 45 000 victimes, des Anglais et Américains parlent de plus de 70 000 morts et de sérieux historiens français situent le nombre des martyrs entre 20 et 30 000. Après avoir «nettoyé» les archives civiles et «verrouillé» celles de l’armée, on peut, à chaque fois, revoir à la baisse le nombre des victimes. Les stratèges de l’arithmétique oublient de comptabiliser les milliers de victimes enterrées dans les fosses communes à Sétif, Aïn El Kébira, Amoucha, Beni Aziz, Aïn Roua, etc. Il est facile d’avancer un chiffre, d’autant plus que Oued Afitis de Bouandas, où on a englouti des centaines de corps, reste muet.
- Que dire de la situation des victimes et de leurs ayants droit qui, en dépit des sacrifices consentis, ne sont toujours reconnus comme martyrs ?

*Le général Duval, un des artisans de la boucherie, a dans un des rapports adressés à son supérieur, le général Henri Martin, patron de l’armée en Afrique du Nord, mentionné : «Je vous ai donné la paix pour dix ans. Si la France ne fait rien, tout recommencera en pire.» L’aveu du militaire démontre que le 8 Mai a été le prélude de la révolution de Novembre. Le moment est venu de reconnaître les victimes de ces événements comme martyrs de la révolution. Car des veuves, des ayants droit et quelques rescapés, qui ont pour certains d’entre eux participé à la guerre de Libération, vivotent dans de pitoyables conditions.

- Que pensez-vous du projet de loi pour la criminalisation de la colonisation rejeté par les autorités algériennes ?

*Il est vrai que la repentance est un signe de rapprochement entre les deux rives, mais il n’est pas l’objectif numéro un. Pour son indépendance, le peuple algérien a payé un lourd tribut –les martyrs mais aussi plus de 8000 villages et des centaines de tribus exterminées. Il est grand temps que la France reconnaisse officiellement les crimes commis en son nom. D’autant plus qu’elle est non seulement signataire mais rédactrice, en 1948, de la Charte des droits de l’homme. Tant que tout cela n’est pas fait, l’Algérie et la France ne peuvent devenir des partenaires à part entière. (El Watan-06.05.2011.)

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***BENJAMIN STORA
«La France doit assumer la guerre d’Algérie»

Le cinéma français occulte la guerre d’Algérie.

«Le refus d’assumer la guerre d’Algérie est très mal vécu par une part importante de la société française aujourd’hui: il faut donc l’affronter.» C’est du moins ce que pense l’historien français Benjamin Stora, dans un entretien accordé hier à l’AFP. Il a dénoncé à cette occasion, la campagne menée contre le film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb avant même sa projection en compétition au Festival de Cannes (12-23 mai).
L’historien français a jugé que 60 ans après l’indépendance de l’Algérie, «cette guerre est loin d’être finie dans les têtes et dans les coeurs», faute d’avoir été «suffisamment nommée, montrée, assumée dans et par une mémoire collective».
Stora est revenu sur le refus ou l’éloignement d’une certaine élite française qui prône l’anti-repentance et verse dans la politique de la fuite en avant, en donnant l’exemple des événements du 8 Mai 1945 en Algérie qu’il qualifie de massacres. «Des évènements tels que les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata en 1945 ne figurent pas dans le cinéma français, même de manière elliptique, c’est un véritable trou noir», a-t-il souligné.
L’historien a ajouté que la perte de l’Algérie française à laquelle rêvait Paris, «restera toujours une blessure dans l’histoire du nationalisme français». Selon lui, l’Algérie est bien plus proche qu’une lointaine colonie comme l’Indochine ou un simple protectorat comme la Tunisie. Elle formait trois départements français. «On refuse de faire le deuil sur la perte de l’Algérie française», a-t-il estimé.
L’auteur de La gangrène et l’oubli et de La Mémoire de la guerre d’Algérie estime que la séparation n’a quasiment pas été représentée à l’écran comme la résultante de la volonté d’indépendance des Algériens. Encore moins la fin d’un combat mené contre le colonisateur français. Il pense qu’«elle a plutôt été vue comme le produit d’une trahison ou d’un abandon par les Français». Avec onze autres personnalités dont sept historiens, Benjamin Stora vient de signer un texte dénonçant la campagne contre le film Hors-la-loi.
Les massacres du 8 Mai 1945 ont fait à Guelma et ses environs plus de 18.000 victimes, selon des statistiques établies par des recherches sur ces évènements que la Fondation du 8-Mai s’efforce depuis des années à faire admettre comme crimes contre l’humanité. Soixante-cinq ans après ces massacres barbares, tous les témoignages recueillis auprès de parents de victimes ou de militants de la fondation, créée en 1995, attestent, en effet, que les actes commis à Sétif, Guelma et Kherrata, constituent de flagrantes violations des droits de l’homme et sont de nature à être classés crimes contre l’humanité.
Beaucoup parmi ces témoins portent encore les souvenirs et stigmates de scènes insoutenables de massacres, de torture et d’autres horreurs perpétrés ce jour-là et les semaines qui ont suivi. Les témoignages évoquent 11 endroits de la wilaya de Guelma.(L’Expression-08.05.2010.)

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**Les Algériens ont célébré, hier, le 64e anniversaire des dramatiques événements du 8 Mai 1945 qui ont plongé dans le cauchemar tout un peuple au moment où d’autres peuples célébraient leur victoire sur le nazisme. Il en est ainsi de la France officielle qui fêtait hier le 64e anniversaire de la victoire des Alliés sur le nazisme.
Le 8 Mai 1945 était une occasion pour que les Algériens et les Français, qui ont combattu côte à côte le nazisme, célèbrent ensemble cette victoire. La France coloniale en a voulu autrement, noyant, en revanche, dans le sang les manifestations des Algériens en ce jour où l’Europe et le monde sortaient de l’une des plus sanglantes guerres des temps modernes.
«Les milliers de victimes qui sont tombées durant les événements de Mai 1945 ne sont pas tombées en vain, puisqu’elles ont contribué à faire connaître au monde entier l’aspiration du peuple algérien à sa liberté, à son indépendance et à sa dignité», a souligné dans son message, le président de la République.
Dans ce message lu en son nom par le conseiller à la Présidence de la République, Mohamed Ali Boughazi, lors d’une conférence historique intitulée «Lecture juridique et historique des massacres du 8 Mai 1945», jeudi à Sétif, M.Bouteflika a expliqué que ces événements constituent un témoignage accablant sur la nature du colonialisme, sa brutalité, son inhumanité et sa barbarie.
«Le 8 Mai 1945 a été la manifestation d’une poussée nationaliste de plus en plus orientée vers la revendication de l’indépendance. A partir de là, le mouvement national se radicalise et le 1er Novembre 1954 verra le lancement de l’offensive finale, politico-militaire, qui mettra fin au système colonial en Algérie», a-t-il ajouté.
Le chef de l’Etat qui s’est incliné à la mémoire des victimes, a soutenu que «si cette commémoration est une occasion de renouveler notre condamnation de l’injustice et de la dérive de l’histoire que représente le colonialisme pour tous les peuples qui ont subi sa domination, elle ne comporte cependant aucun sentiment de vengeance ou de revanche». Il a souligné, par contre, que les discours récents sur le caractère prétendument positif du colonialisme français en Algérie sont loin de contribuer à rétablir la vérité et rendre justice à l’Algérie pour tout le mal qu’elle a subi. M.Bouteflika a tenu à préciser que le peuple français ne saura être tenu responsable de tous les crimes commis en son nom en Algérie par l’armée et le colonialisme français. «Nous savons bien que nous ne pouvons pas faire porter au peuple français tout entier la responsabilité des malheurs et des souffrances que le colonialisme français nous a imposés en son nom», a-t-il martelé. Pour tourner la page de cette période noire de l’histoire de l’Algérie, le président de la République a plaidé pour que les deux Etats et les deux peuples travaillent ensemble pour trouver la voie originale qui permette de surmonter les traumatismes causés au peuple algérien par l’Etat colonial français. Des traumatismes qui continuent, souvent instinctivement, à modeler nos consciences et nos manières d’agir. Cette voie originale permettra également, selon le chef de l’Etat, d’établir entre l’Algérie et la France, entre le peuple algérien et le peuple français des rapports authentiques d’amitié sincère et véritable dans une coopération où chacun trouvera son intérêt et des raisons d’espérer dans l’avenir.
«L’essentiel c’est de construire pour nos jeunes un avenir de paix et de prospérité», a-t-il souhaité.
Hier, la France officielle célébrait la victoire des Alliés sur le nazisme.
Le président Nicolas Sarkozy a rendu hommage aux combattants des anciennes colonies qui ont libéré, aux côtés des troupes américaines et françaises, la France, en citant les spahis, les tabors marocains et les tirailleurs sénégalais.
Paradoxalement, les Algériens qui ont le plus donné lors de la Seconde Guerre mondiale, sont les grands oubliés des hommages rendus par le président français. Quelques heures après les déclarations de M.Sarkozy, un rassemblement des «Oubliés de la République» – un collectif qui milite pour l’abolition des différences de traitement entre les anciens combattants des colonies (environ 80.000) et les anciens combattants français – a eu lieu hier à Paris pour dénoncer cet ostracisme.(L’Expression – 09.05.09.) 

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***Un génocide toujours impuni

Des Algériens ont été sommairement exécutés, incinérés morts ou vifs dans les fours de l’usine de fabrication de chaux de Guelma. Des condamnations arbitraires et une répression, au summum de la tyrannie d’une entité humaine qui n’avait commis de tort que celui de manifester dans le calme et la sérénité pour exprimer son droit à un avenir meilleur articulé autour de l’indépendance de sa patrie. Un génocide contre l’humanité, perpétré par l’État Français sous les ordres du général De Gaulle, qui s’est soldé par la mort de plus de 45 000 Algériens. Une répression pour qui la France coloniale a fait preuve d’une largesse inédite dans la mobilisation des moyens logistiques et la facilitation de la constitution des milices chargées d’accomplir l’ignoble tâche à savoir, une chasse à l’homme systématique à tout ce qui est arabe. Des témoignages, très émouvants démontrant la cruauté d’un empire en décadence et le rêve des quelques nostalgiques, parmi lesquels figure le général De Gaulle de préserver cet empire chancelant. Telles sont les grandes lignes de la conférence commémorative des événements du 8 Mai 1945, qui ont ensanglanté Sétif, Guelma et Kherrata, au lendemain de la fin de la Deuxième guerre mondiale, tenue hier à Alger. Les témoins oculaires de ces massacres, qui ont assisté à cette rencontre, ont qualifié la répression française de génocide et de crime d’État. Ils appellent à la restitution des archives relatives à ces événements et plaident pour le devoir de mémoire, à l’instar du Dr Mustapha Chawki qui dira à ce sujet, « il faut que les générations actuelles et futures n’oublient pas ce qu’a commis la France durant la période de son occupation de l’Algérie. Des atrocités qui sont loin d’être énumérées. La gendarmerie française a crucifié un Algérien pour juste simuler la crucifixion du Christ, des militaires éventrant des femmes en guise de pari sur le sexe d’un foetus, telles sont les séquences de l’une des plus sombres et sinistres occupations qu’a connues l’humanité » a-t-il dit et d’ajouter : « on a des comptes à solder avec la France ». Pour sa part, Amar Bentoumi dira que, « la France dans une démarche salutaire pour sa survie en Algérie avait adopté des réformes en vue de se maintenir et parvenir à une certaine légitimité électorale, mais, ses efforts n’étaient que peine perdue. L’après événement de Mai 45, était une période de radicalisation du Peuple algérien et son orientation vers l’impératif de la lutte armée comme seul moyen pour parvenir à l’indépendance du pays ; et la création de l’Organisation secrète( OS) n’est qu’une image des préparatifs qui ont marqué cette phase de l’histoire. La déclaration du 1er Novembre 1954 était un aboutissement de ces manifestations, car, dira-t-il, la Révolution algériennes est faite par les victimes et les familles des victimes de cette manifestation pacifique sitôt transformée en mutinerie. Le conférencier en énumérant toute la chronologie des événements a démontré l’implication directe du gouvernement central de Paris dans ces massacres et dira à ce propos, « l’utilisation des moyens militaires d’une telle importance et l’implication de l’armée dans ces massacres, ne pouvait se faire sans l’aval de la haute instance française de l’époque. Le gouvernorat général d’Algérie de l’époque s’est réuni avec les différents acteurs politiques coloniaux et le commandement des forces de sécurité en place, et ce, pour débattre de la question du mouvement national algérien, estimé à plus de 500 000 militants, et les moyens à mettre en oeuvre pour venir à bout de la conscience nationale algérienne qui prenait de l’ampleur parmi le peuple algérien. À l’issue de cette rencontre, les participants sont convenus de la nécessité de maintenir 30 000 soldats en Algérie, dont 15 000 dans la région Oranaise, 12 000 dans le Constantinois et 3 000 au Sud. S’ajoute à cela le détournement des maquis français des armes fournis par les États- Unis pour servir dans la lutte contre les Nazis », at- il dit et d’ajouter que, « plus de 28 avions entre chasseurs et bombardiers ont été utilisés dans la répression des événements de mai 1945. Entretemps, l’État colonial a mis au point sur une campagne de discréditation des militants de la cause nationale, visant à séparer l’élite algérienne de son soutien populaire. Les autorités françaises ont tenté d’attribuer aux militants un cachet communiste et même pousser vers le soutien au nazisme. Ces manifestations ont démontré que le peuple était acquis au Parti du Peuple algérien (PPA) contre vents et marées et en dépit des spéculations françaises faisant dire que l’élite algérienne était affiliée au parti communiste », a-t-il souligné. S’exprimant sur les causes qui ont conduit à la perpétration de ces massacres, l’orateur dira qu’, « à Sétif, le jour J correspondait à une journée de marché, ces événements ont été témoins de l’apparence, pour la première fois, du drapeau algérien ; ce qui avait suscité l’ire des autorités françaises. L’intervention de la police à altéré l’ambiance de la manifestation en procédant aux tirs sur la foule, au fil desquels, des dizaines d’Algériens avaient rendu âmes sur place. La France venait de donner un feu vert à une émeute urbaine caractérisée par la vengeance des Algériens sur les colons dont une centaine a été tuée. L’intervention des forces de l’ordre a été si brutale ce qui a entraîné l’extension de la sédition aux villages, donnant naissance à une révolution paysanne », a-t-il dit. Quant aux moyens mis en place pour étouffer cette mutinerie, le conférencier a souligné que l’État et l’armée ont composé ensemble dans la répression des Algériens. Des milices d’européens, des colons, ainsi que la légion étrangère, constituée d’une majorité de français, des marocains, et des tirailleurs sénégalais ont eu tous les mains sales. Les autorités avaient mobilisé, également, les prisonniers italiens pour participer aux crimes. Sur le plan logistique, la France, sans aucune retenue, dira-t-il, avait donné le feu vert à l’armée pour intervenir et faire usage de l’armement lourd. Un arsenal militaire très impressionnant : blindés, avions, étaient à l’oeuvre. Rien que sur la région de Guelma, dira-t-il, l’aviation française a mobilisé 28 avions pour la bombarder, à raison de 20 raids aériens par jour. La marine a pour sa part participé au carnage par le tir de plus de 800 obus, gros calibre, de la mer jusqu’à Kherrata. Des seines de terreurs qui ont révélé, sur l’international, le vrai visage du colonialisme français aux couleurs du carnage, de la torture, de déportation, du viol…(Le Courrier d’Algérie-06.05.2010.)

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***TÉMOIGNAGES SUR LES MASSACRES DU 8 MAI 1945

«Ainsi fut la sauvagerie de la France coloniale»
  «Les soldats français ont tiré à vue sur ceux qui avaient le drapeau algérien à la main.»

Les massacres du 8 Mai 45 sont une tâche noire pour le passé colonial français, ont estimé les participants à la conférence organisée hier, au centre de presse d’El Moudjahid, à Alger. «La France doit avoir honte pour ses crimes en Algérie», a affirmé Amar Bentoumi, ancien moudjahid. C’est à la fin de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), plus exactement le 8 Mai 1945, que le peuple algérien sort dans la rue pour réclamer son indépendance. L’administration coloniale française répond par les armes et réprime cette revendication dans le sang. Dans son témoignage, Bentoumi raconte que «les soldats français ont tiré à vue sur ceux qui avaient le drapeau algérien à la main», «après, c’est tous les manifestants qui ont été ciblés sans distinction», a-t-il ajouté. Le conférencier raconte aussi que, «même des prisonniers de guerre allemands et italiens ont été armés pour faire la chasse aux Algériens», et de se demander: «Pourquoi le secret défense n’est pas encore levé sur cette page de l’histoire après 65 ans?» Des enseignants universitaires, étudiants et élèves de lycée ont pris part à cette conférence initiée par l’association nationale «Machaâl Echahid», en collaboration avec le quotidien El Moudjahid. De son côté, le Dr Chawki Mostefaï est revenu sur le drapeau national, brandi pour la première fois par les Algériens lors de ces manifestations: «A cette époque, nous n’avions pas l’idée d’un drapeau national, mais c’était juste pour lever un emblème différent du drapeau français»,a-t-il raconté. Ce dernier était en 1940 membre de la direction du Parti du peuple algérien (PPA), en tant que délégué du groupe des étudiants nationalistes, alors qu’il n’avait que 21 ans.Sétif, Oran, Annaba, Guelma sont entre autres, le théâtre des massacres du colonisateur français où plus de 45.000 Algériens ont été assassinés.Selon le Dr Mostefaï, «les événements du 8 Mai 1945 ont démontré l’impossibilité de négocier avec la France», a-t-il déclaré, avant d’ajouter: «C’était les prémices pour l’accélération de la lutte armée».
166 condamnations à mort ont été prononcées, dont 33 exécutées contre les manifestants, précise-t-on. Interrogé en marge de la conférence à propos de la demande d’excuses formulée par Alger, concernant les crimes de guerre commis par la France coloniale en Algérie, Mostefaï ironise: «Le jour où l’Etat français cessera d’exiger de la Turquie la reconnaissance du génocide arménien, ce jour-là nous remercierons la France pour ses crimes commis en Algérie.» Cette conférence intervient dans un contexte marqué par une grande polémique sur le projet de loi, actuellement bloqué au niveau de l’APN, relatif à la criminalisation du colonialisme. C’est dire que la génération de la guerre d’Algérie n’est pas prête à céder sur ce point.
Enfin, le conférencier a exhorté la nouvelle génération à se souvenir des atrocités que le peuple algérien a subi durant la période coloniale, «Ce pays n’est devenu indépendant qu’après des nombreux sacrifices et des souffrances, souvenez-vous»,a-t-il conclu. (L’Expression-06.05.2010.)

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* reconnaitre le génocide … Le juriste Nicole Dreyfus a plaidé, en cette fin de semaine dans la capitale française, lors d’un Colloque sur les massacres du 8 mai 1945 pour «un appel aux citoyens français afin de reconnaître et condamner les massacres datés de ce jour en Algérie et pousser les autorités françaises à reconnaître ces crimes». La juriste, avocate des moudjahidate Baya Hocine et Djouher Akrour, a indiqué que ce nouvel appel, après celui des 12, «permettra de créer un mouvement d’opinion» et «braquer les projecteurs sur ces massacres exécutés dès le premier jour de la fin du second conflit mondial». Aussi, l’appel de «la condamnation de la torture » pratiquée par certains durant la guerre d’Algérie, lancé le 31 octobre 2000, l’avocate a reconnu que «cette démarche», menée par 12 personnalités, historiens et juristes,»a permis, dans un contexte où la question de la guerre d’Algérie était un peu oubliée, d’intéresser même le grand public sur les crimes de torture perpétrés par les paras français ». L’intervenante a comparé les crimes colonialistes en Algérie aux crimes nazis. «C’est la même chose. Ces crimes reposent sur la même discrimination. Leurs auteurs utilisaient les mêmes moyens. Ce sont exactement des crimes similaires», a-t-elle soutenu. La juriste a, également, considéré que l’État français «doit reconnaître ses crimes et manifester sa repentance», tout en ajoutant que le mot repentance «n’est pas bien accepté par des gens qui pensent que ce vocable a une connotation spiritualiste. Ils préfèrent des mots qui ont une acceptation beaucoup plus intellectuelle». «Pour moi, le mot repentance ne dérive pas de la foi mais sous-entend une question morale. Je pense que pour les massacres du 8 mai 1945, il n’y a pas lieu d’extraire la morale dans la réprobation que nous manifestons. Il faut que l’État français reconnaisse la faute et manifeste sa repentance», a-t-elle expliqué. Par ailleurs, la juriste a évoqué l’impossibilité d’engager des actions judiciaires «même si les qualifications de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre existent» car, a-t-elle souligné, «ce sont des faits qui remontent à plus de 60 ans et que leurs auteurs ont disparus» et aussi pour le fait que «les statuts du tribunal de Nuremberg précisent que les poursuites doivent être faites pour les crimes perpétrés durant la deuxième guerre mondiale. Le 8 mai 1945 marque la fin de ce conflit». Jean-Louis Planche, historien, très au fait des événements du 8 mai 45 auxquels il a consacré une étude très recherchée, a parlé des massacres effroyables qui ont duré quatre mois. Il dira que «le 1er septembre 1945, un camion s’est présenté au cimetière civil de Constantine pour décharger des cadavres encore frais dans une fosse commune. Les massacres se sont poursuivis bien après le mois de mai», en citant des archives auxquelles il a eu accès. Cet éminent historien a, également, précisé que «ces massacres étaient connus de tous. Même, par les services secrets américains présents en force à Alger». «Le bureau d’Alger de l’OSS était le plus important poste après celui de Paris. Il y avait 77 officiers et agents sur place», a-t-il précisé. Enfin, ce Colloque, premier du genre pour la Ville de Paris et en France, a été une occasion pour de nombreux historiens, chercheurs, la communauté estudiantine… de se familiariser avec ce pan de l’Histoire commune. Pour Olivier Le Cour Grandmaison, initiateur de cette manifestation, il la considère comme «un enjeu de connaissance et de reconnaissance » et constitue «un premier pas politique, symboliquement important». (Le Courrier d’Algérie- 09.05.09.)

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* La main des milices….
Mardi 8 mai 1945, c’est jour de marché à Sétif. La foule afflue des différentes localités voisines. Les uns viennent pour faire des emplettes, les autres rallient Langar, un quartier du centre-ville où est implantée la mosquée de la Gare, rebaptisée en 1962, mosquée Abou Dher El-Ghiffari. C’était le lieu de regroupement et le point de départ de la manifestation pacifique des Algériens qui désiraient s’associer aux Alliés célébrant, ce jour-là, la fin de la Seconde Guerre mondiale. A 7h30, la tension est à son paroxysme, de ce côté de la ville, qui s’avère trop exigu pour contenir une marée humaine venant de partout. Face à ce déferlement, les organisateurs de la marche invitent les participants à déposer leurs « debbous » (cannes). Cette démarche est inconvenante pour les paysans qui ne veulent, dans un premier temps, rien savoir. Les initiateurs du mouvement ont dû user de beaucoup de diplomatie pour convaincre les paysans : « Des cannes, des couteaux et quatre fusils de chasse sont récupérés », révèle Lakhdar Taârabit, un des encadreurs de la manifestation qui insiste sur le caractère pacifique de la marche. « Les scouts étaient en tête. Si on savait que la manifestation allait tourner à la tragédie, aurions-nous exposé nos enfants au danger ? Aurions-nous placé des enfants âgés de six, huit et dix ans à la tête du cortège ? Aurions-nous désarmé nos militants et sympathisants ? » Il faut préciser que l’attroupement de milliers d’Algériens qui répondent présent à l’appel des AML (Amis du Manifeste et de la Liberté) et du PPA (Parti du peuple algérien) intrigue la police coloniale qui dégaine à la vue de l’emblème national. L’assassinat du jeune Saâl Bouzid a été le déclencheur de la tuerie. La réaction des « indigènes » ouvre la voie au carnage. Avant de perpétrer d’indescriptibles atrocités à Amoucha, Aïn Abassa, Beni Fouda, Aïn Roua, Beni Aziz, Aïn El Kébira et Bouandas, qui ont payé un lourd tribut, l’armée coloniale ayant instauré le couvre-feu et décrété l’état de siège à Sétif, distribue des armes aux colons qui forment des milices responsables de centaines d’exécutions sommaires.

Pris par une folie meurtrière qui marque encore les mémoires des survivants, des maisons sont saccagées, des femmes sont violées, des vieillards sont égorgés par des escadrons de la mort protégés par le silence et la complicité de l’armée coloniale laquelle achève la sale besogne. Des décennies après, la plaie est toujours ouverte. Chérif Mohamedi Lhadi, cet octogénaire qui conserve sa lucidité, évoque avec minutie les souffrances endurées : « Le soir du 8 mai, aux environs de 20 heures, la police s’invite chez moi pour m’arrêter. Avant d’être transféré vers le camp de concentration de la caserne de Sétif où étaient parqués dans d’abominables conditions plus de 10 000 prisonniers, la police me tortura pendant 12 jours. Toutes les méthodes adoptées par la Gestapo ont été pratiquées par Olivieri et ses acolytes qui m’ont soumis quatre jours durant aux atroces et insoutenables épreuves de l’électricité. Celles-ci furent appliquées sur mes organes génitaux. Je n’ai en outre pas échappé à la baignoire qui consiste à y introduire la tête dans une eau sale, au moment où le corps est plié par le biais d’un bâton de bois qui retient atrocement pieds et poignets. Contrairement à d’autres détenus, mes geôliers m’ont épargné de l’insoutenable examen de la bouteille sur laquelle on faisait asseoir les captifs, dont bon nombre n’avaient rien à voir avec l’action politique. N’ayant pas supporté l’horreur, de nombreuses victimes n’ont pas tenu le coup. En plus des persécutions et des supplices, les bourreaux nous ont privés de tout aliment durant les quatre premiers jours de détention. Ne pouvant résister à la torture avec un ventre creux, certains sont devenus fous. »

Notre interlocuteur, un des encadreurs de la marche et rédacteur des slogans consignés dans les banderoles brandies, le mardi sanglant, nous parle de l’horreur vécue des mois durant à la caserne : « Le soir, les prisonniers étaient regroupés à 400 dans une écurie aménagée pour une trentaine de mulets. Serrés les uns contre les autres, dormant accroupis, à même le sol. Les plus jeunes et les plus souples s’offraient les mangeoires, un « luxe » ! C’est dans une de ces écuries qu’un vieux retraité que tout le monde appelait à Sétif ‘‘sèrgene’’ (sergent) chevalier de la Légion d’honneur et Croix de guerre, est terrassé par le typhus. Ses états de service et décorations n’ont, en fin de compte, servi à rien. Il m’est impossible d’oublier le sacrifice de Khélifa Zaâboub, un brave d’El Eulma (ex-Saint Arnaud) qui a été torturé à mort des heures durant par un tortionnaire. Massacré, le vieux dont le corps est lacéré par plein d’ecchymoses, est jeté à moitié mort dans l’écurie aux environs de 19 heures. Le torturé qui rendit l’âme à 23 heures, avait perdu son dentier. Ses organes génitaux étaient abîmés par le courant électrique. La torture qui n’avait rien à envier au style des nazis, était dirigée par le capitaine Pierson, un ex-substitut du procureur de la République. »

Pour venger ses 101 morts et mater un peuple désarmé, affamé, vivotant de surcroît dans la misère, la France, chantre des droits de l’homme, s’appuie sur l’aviation, les blindés, l’artillerie qui ont pilonné, bombardé, pillé, brûlé et attaqué des villages et montagnes, où se sont réfugiés des squelettes achevés par le typhus. Pour l’illustration, plus de 6000 paysans sont regroupés à Beni Aziz où les miliciens fusillèrent plus de 700 citoyens. Portées disparues, le sort de 100 autres personnes demeure, 64 ans après, en suspens. Selon des rescapés, cette tuerie collective se faisait par groupes de vingt personnes. Avant la fusillade, les « condamnés » qui n’ont comparu devant aucune juridiction sont contraints de creuser les fosses des autres victimes. A Aïn El Kébira où plus de 600 indigènes ont été massacrés par les légionnaires et les Sénégalais, la répression a été sanglante. Des hameaux, tels Bourgazene, Beni Bezez et bien d’autres douars, sont rasés de la carte. Le cheptel de ces hameaux est volé. Les provisions des paysans sont soit brûlées, soit confisquées. Même les élèves du collège Eugène Albertini (lycée Mohamed Kerouani), qui ont osé prendre part à la marche, n’ont pas échappé à la persécution. Les Mostéfaï Séghir, Benmahmoud Mahmoud, Maïza Mohamed Tahar, Benzine Abdelhamid, Torche Mohamed, Kateb Yacine et Zériati Abdelkader, qui ont été déchus de leurs bourses, sont, à l’instar de leurs camarades Lamri Abderahmane, Khaled Khodja Boualem, Keddad Bakhouche, Lamériben Nacerdine, Djemmame Abderrezak, Ferrani Ouamar, Cherfaoui Mohamed, Abdeslem Belaïd, Taklit (tombé au champ d’honneur durant la glorieuse Révolution de Novembre 1954) et Yanat Boualem, frappés d’exclusion (décision N°3819-3821) des effectifs. En somme, l’horreur vécue durant les mois de mai et juin 1945 hante encore et toujours les esprits des survivants et de leurs descendants qui réclament réparation : « Que la France officielle reconnaisse sa responsabilité dans ce crime contre l’humanité car il a été perpétré par son armée qui a laissé faire les milices à l’origine des centaines d’exécutions sommaires. En plus de la repentance, nous exigeons réparation », dira Abdelhamid Salakdji, président de la Fondation du 8 Mai 1945 de Sétif qui n’oublie pas…(El Watan – 09.05.09.) 

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* Le défilé macabre … 

Alors que l’Europe célébrait en ce 8 mai 1945 la fin de la Seconde Guerre mondiale dans l’Algérie occupée, l’ordre colonial réprimait avec une violence inouïe des manifestations nationalistes. Dans les villes et provinces de l’Est algérien, à Sétif, Kherrata, Guelma, l’armée coloniale, appuyée par les services de police, de gendarmerie et par les milices des colons européens, s’est attelée 50 jours durant, à massacrer, méthodiquement, du « musulman ». Des milliers de morts, 45 000, selon des historiens, et autant de suppliciés. Le consul général américain à Alger parlera de 40 000 morts alors que l’association des Oulémas avance le chiffre de 80 000 morts. 64 ans après, le souvenir de cette furie vengeresse hante toujours la mémoire des Algériens. Ce vendredi, la mémoire tourmentée est de nouveau convoquée. Sétif, mardi 8 mai 1945. Jour de marché. Répondant à l’appel du Parti du peuple algérien (PPA) et des Amis du manifeste et de la liberté (AML), des milliers de manifestants défilent à travers les artères de la ville pour fêter la victoire des alliés, mais aussi et surtout, rappeler à la France et à ses alliés les revendications nationalistes. Les processions scandaient à tue-tête : « Vive l’Algérie libre et indépendante », « A bas le fascisme et le colonialisme » « Halte à la répression », « Libérez les détenus politiques », « Libérez Messali »… Le leader nationaliste, Messali Hadj, avait été enlevé et déporté à Brazzaville une dizaine de jours avant les massacres, soit le 25 avril. Ancien scout, Mohamed El Hadi Chérif témoigne (propos recueillis par l’agence APS) : « Arrivé devant l’angle de la rue Clémenceau, face au Café de France, le cortège s’immobilisa à la vue du commissaire Olivieri, arme au poing. Ne pouvant supporter la vue du drapeau algérien (drapeau du PPA, ndlr), brandi en tête de la procession par le jeune Saâl Bouzid, le commissaire lui hurla de baisser son chiffon tout en tirant en l’air. Le jeune homme refusa et Olivieri l’abattit d’une balle au cœur, c’est comme ça que tout bascula ».

L’exécution froide du jeune scout déchaînera ensuite les enfers. A 13h, le couvre-feu est instauré et l’état de siège décrété à 20h. La répression s’organise. Une déferlante de violence barbare s’abattit sur les faubourgs de la ville et gagnera le monde rural. Témoin oculaire des évènements, Kateb Yacine écrit : « A Guelma, ma mère a perdu la mémoire (…) On voyait des cadavres partout, dans toutes les rues. La répression était aveugle ; c’était un grand massacre. » Dans la ville natale de l’écrivain, les arrestations et l’action des milices déclenchèrent les événements, incitant à la vengeance contre les colons des environs. L’historien Mohamed Harbi écrit dans un article publié dans Le Monde diplomatique (publié en mai 2005) : « Les civils européens et la police se livrent à des exécutions massives et à des représailles collectives. Pour empêcher toute enquête, ils rouvrent les charniers et incinèrent les cadavres dans les fours à chaux d’Héliopolis. Quant à l’armée, son action a fait dire à un spécialiste, Jean-Charles Jauffret, que son intervention « se rapproche plus des opérations de guerre en Europe que des guerres coloniales traditionnelles ». Pour l’historien, « La guerre d’Algérie a bel et bien commencé à Sétif le 8 mai 1945 ». « Les massacres du 8 Mai 1945 dans les régions de Sétif et de Guelma sont considérés rétrospectivement comme le début de la guerre algérienne d’indépendance. Cet épisode appartient aux lignes de clivage liées à la conquête coloniale », écrit-il.

Le séisme a eu pour effet la radicalisation du mouvement national. Une radicalisation qui se traduira, deux ans après, par la création de l’Organisation spéciale (OS) par le PPA-MTLD en 1947 et le déclenchement de la guerre d’indépendance le 1er novembre 1954. La reconnaissance officielle des crimes commis dans le Nord-Constantinois ne viendra que 60 ans après les faits. L’ex-ambassadeur de France à Alger, Bernard Bajolet, a qualifié « d’épouvantables massacres » ce qui s’était passé à Sétif, Guelma et Kherrata. « Ce déchaînement de folie meurtrière, dans lequel les autorités françaises de l’époque ont eu une très lourde responsabilité, a fait des milliers de victimes innocentes, presque toutes algériennes, ainsi que des milliers de veuves et d’orphelins, même s’il ne faut pas oublier que plusieurs dizaines de civils européens ont également été assassinés au cours des affrontements. Ces journées, qui auraient dû être pour tous celles de la liberté retrouvée, de la fraternité redécouverte dans un combat commun et d’une égalité encore à bâtir, ont été celles de la haine, du deuil et de la douleur. Elles ont fait insulte aux principes fondateurs de la République française et marqué son histoire d’une tache indélébile », déclara-t-il lors de sa visite le 28 avril 2008 à l’université de Guelma.(El Watan)

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*  » Une voie originale pour tourner la page …Une «voie originale» pour tourner la «page noire» de l’histoire coloniale. C’est le message, au ton remarquablement modéré, du président Abdelaziz Bouteflika, à l’occasion de la commémoration des massacres du 8 mai 1945. Le contenu de la «voie originale» ne se devine pas. Le message a surtout désigné ce qu’elle n’est pas. Dans le texte, lu par Mohamed Ali Boughazi, conseiller à la présidence, le chef de l’Etat estime que «pour tourner définitivement cette page noire de l’histoire», il faudrait aux deux pays et aux deux peuples de trouver «ensemble» la voie originale qui permettra de «surmonter les traumatismes causés au peuple algérien par l’Etat colonial français», des traumatismes qui «continuent, souvent inconsciemment, à modeler nos consciences et nos manières d’agir». Difficile de deviner ce que pourrait être cette «voie originale». En l’état actuel des choses, les «offres» n’existent pas. Le président français, Nicolas Sarkozy, a d’ailleurs oeuvré, alors qu’il n’était que ministre de l’Intérieur, à se faire une image en insistant sur le refus de présenter des excuses pour les crimes coloniaux. «On ne peut pas demander aux fils de s’excuser des fautes de leurs pères», avait-il déclaré.  Comme en écho à ce thème, le message lu par Boughazi souligne que l’on ne peut «faire porter au peuple français tout entier la responsabilité des malheurs et des souffrances qu’en son nom le colonialisme français nous a imposés». Il reste donc à trouver la «voie originale» qui permettra également d’établir «entre l’Algérie et la France, entre le peuple algérien et le peuple français des rapports authentiques d’amitié sincère et véritable dans une coopération où chacun trouvera son intérêt et des raisons d’espérer dans l’avenir».
*Refus de laisser l’affaire aux historiens et aux sociétés civiles
Une ouverture française est improbable. Les ambassadeurs français Hubert Colin de la Verdière puis Bernard Bajolet ont fait des petits pas en qualifiant les massacres du 8 mai de «tragédie inexcusable» pour le premier et «d’épouvantables massacres» pour le second. Apparemment, Paris n’entend pas aller plus loin d’autant que le président Nicolas Sarkozy joue sur la fibre nationaliste pour occuper l’espace de l’extrême droite. Au cours de sa visite officielle en 2007, en qualité de président, Nicolas Sarkozy a admis que le «système colonial a été profondément injuste» sans pour autant accepter l’idée de présenter des excuses. Le texte du président Bouteflika ne donne aucun aperçu sur cette fameuse voie qui permettrait de surmonter le blocage. Par contre, s’il énonce de manière claire et sans surprise son rejet de la glorification du colonialisme, il rejette également l’idée qu’il faut s’en remettre aux historiens et aux sociétés civiles pour faire avancer les choses. «Les discours récents sur le caractère prétendument positif du colonialisme et les initiatives visant à laisser le soin aux historiens et aux sociétés civiles de reconstituer cette période de violence et d’atteinte aux droits et à la dignité du peuple algérien sont loin de contribuer à rétablir la vérité et à rendre justice à l’Algérie pour le mal que nous avons subi».
Si pour la glorification du fait colonial, la chose est entendue, le refus de s’en remettre aux historiens et aux sociétés civiles signifie que le contentieux est d’ordre politique et doit être traité au niveau des deux Etats. Si le président a relevé que la date du 8 mai 1945 «porte un témoignage accablant sur la nature du colonialisme, sa brutalité, son inhumanité, sa barbarie pour tout dire», le ton général du message reste beaucoup moins rude que celui des dernières années. La commémoration du 8 mai est «une occasion de renouveler notre condamnation de l’injustice et de la dérive de l’histoire que représente le colonialisme pour tous les peuples qui ont subi sa domination, elle ne comporte cependant aucun sentiment de vengeance ou de revanche».

*Mehri préconise une autre voie

Il reste qu’à quelques semaines d’une visite annoncée du chef de l’Etat en France, on n’a pas l’ombre d’une idée de cette voie originale qui paraît durablement obstruée. Côté français, on souligne qu’il n’existe pas pour le moment de présenter des excuses officielles. On attendra donc de connaître les idées des officiels algériens sur cette nouvelle approche. Apparemment, le président de l’Assemblée nationale, Abdelaziz Ziari, n’en sait pas plus et s’en tient à l’exigence de «repentance». «Il serait tout à l’honneur de la France et des Français de faire repentance sur tous les crimes dont a été responsable le colonialisme en Algérie et ailleurs», en estimant que cela «se fera un jour». Cette exigence de repentance n’est pas totalement partagée en Algérie. Ainsi, M. Abdelhamid Mehri estime que les Algériens n’ont nul besoin de la «repentance» qui ne résoudra pas, selon lui, les problèmes engendrés par 130 ans de colonialisme. Il estime par contre que la loi française d’octobre 1999 reconnaissant qu’il y a eu une guerre en Algérie ouvre la voie à demander des réparations à la France en vertu des lois internationales relatives aux situations de guerre.(Q.d’O.09.05.09.) 

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* Paris…Environ mille personnes ont manifesté à dans la capitale française pour exiger du président Nicols Sarkozy la reconnaissance des massacres du 8 mai 1945 dans bon nombre de villes algériennes dont Sétif Guelma et Kherata. Les manifestants qui ont répondu à l’appel du mouvement des républicains, une association comportant des français activants contre le racisme et l’esclavage. Ils ont sillonné les routes de paris portant une plaque portant : si nous sommes là, parce que vous étiez là bas. En signe à la responsabilité de l’état français de l’existence des ressortissants des pays que la France a investi sur les terres françaises. Parmi les manifestants figuraient des politiciens dont des membres du conseil français de sages dont Halima Boumediene qui a appelé paris à reconnaître les  tueries collectives   qu’elle a commis en algérie.Pour sa part, le président français Nicols Sarkozy a présenté ses salutations  aux anciennes  forces françaises dans lesquelles figurent des dizaines de milliers d’algériens recrutés de force et qui ont lutté contre les nazis. Le président  profitera de la commémoration du 64 ème anniversaire de victoire en Europe pour citer ceux que l’histoire n’a pas reconnu. Il citera les guerriers algériens et tunisiens dont le nombre s’élève à 55 mille recrues en plus des africains qui ont lutté pour la France.

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**Retour sur la cécité mentale du colonialisme …Le 8 mai 1945, tandis que la France coloniale fêtait sa victoire sur le nazisme, son armée massacrait des milliers d’Algériens à Sétif et à Guelma. Pendant que la répression d’algériens, avides de liberté, battait son plein, l’opinion métropolitaine avait la tête ailleurs du fait de la capitulation de l’Allemagne, le même jour. Le quotidien communiste L’Humanité assurait que les «émeutiers» étaient des sympathisants nazis !

La Deuxième guerre mondiale n’a pas été gagnée que par le sacrifice des soldats de l’US Army débarquant sur les plages normandes, en juin 1944. À l’instar de milliers de combattants civils, des milliers de combattants étrangers, notamment venus d’Afrique (du nord et centrale), ces soldats sont devenus une véritable chair à canon. Morts pour des patries qui pillaient les richesses naturelles de leur pays et surexploitaient la force de travail locale, ces combattants d’outre-Méditerranée furent directement oubliés en 1918 d’abord, en 1945 ensuite . Reconnaître ces soldats là aurait de fait donné lieu à l’obligation de reconnaître les injustices subies par les peuples des dites colonies européennes. Bachir Boumaza dira à se sujet : «On applique et on reconnaît le crime contre l’humanité à propos des juifs, mais pas aux Algériens, dont on oublie qu’ils sont des sémites (…) décoloniser l’histoire et situer la colonisation dans l’histoire de l’humanité, une tentative saine et correcte d’écrire l’histoire.» L’ancien président du sénat algérien ajoutera : «J’ai suivi le procès Barbie. Depuis 1830, l’Algérie a connu une multitude de Barbie»

Les archives parlent…
Le 15 mai 1945, le consul de suisse en Algérie adressait, a se sujet à son ministre deux rapports (1) dont un premier contenant des détails d’époque, on pouvait en effet y lire ceci : «Les attaques de Sétif, de Guelma et d’autres lieux, qui se déroulèrent le 8 mai, coûtèrent répète-t-on, une cinquantaine de vies européennes, et furent assez rapidement maîtrisées par une répression militaire et policière particulièrement violente. Des troupes furent déplacées en avion, et les mitrailleuses crachèrent avidement du ciel et de terre ; on parle de plusieurs milliers de morts et blessés parmi les Indigènes, c’est cependant sous toute réserve que je vous donne cette information, incontrôlable pour le moment, me réservant de revenir sur les causes et le bilan de ces émeutes dès que je possèderai des informations plus précises (…) Au moment du débarquement du 8 novembre 1941, les Anglais furent accueillis en Algérie avec beaucoup de réserve, pour ne pas dire plus, tandis que les Américains gagnèrent assez rapidement le coeur des masses. Puis, l’inconduite de trop nombreux Yankees leur a valu une progressive indifférence qui frise l’antipathie -accentuée d’ailleurs par les succès bien orchestrés des troupes françaises sur les théâtres d’opérations. Pendant ce temps, les froids, flegmatiques et suffisants Britanniques, mais combien plus gentlemen et consciencieux que leurs cousins d’Amérique, surent supplanter ces derniers et provoquer à leur profit les sympathies des populations tant françaises qu’Algeriennes de l’Afrique du Nord. Aujourd’hui, ces sympathies s’effritent à leur tour, sans retourner aux Américains. Mais, il est aussi juste de relever que les Anglais restés ici accentuent désormais leur réserve et même, parfois, leur mépris à l’égard de leurs alliés français. Ça se sent et ça s’entend trop souvent…» De son côté le consul général américain à Alger de l’époque a établi le nombre de victimes algériennes par la sanglante répression de l’armée d’occupation française à 45 000. Célébration incongrue du 8 mai 1945 en France !!! La Seconde Guerre mondiale se termine officiellement en Europe le 8 mai 1945, à 23h01, au lendemain de la capitulation sans condition de l’Allemagne nazie (capitulation signée le 7 mai à Reims). Côté vainqueurs, l’acte de capitulation est signé par le général Walter Bedell-Smith, chef d’étatmajor du général Eisenhower, commandant suprême des Alliés, et le général soviétique Ivan Sousloparov. Le général français François Sevez, chef d’état-major du général de Gaulle, est invité à le contresigner à la fin de la cérémonie en qualité de simple témoin. La cessation des combats est fixée au lendemain 8 mai, à 23h 01 (mais certaines troupes allemandes résisteront au-delà de cette date). les chefs d’État et de gouvernement alliés, dont le général de Gaulle, annoncaient simultanément sur les radios la cessation officielle des hostilités en Europe. Aux États-Unis, l’annonce de la victoire revient au président Harry Truman, son prédécesseur Franklin Roosevelt étant mort d’épuisement et de maladie le mois précédent, le 14 avril 1945. Charles de Gaulle avait convaincu Winston Churchill d’accorder une place à son gouvernement, lors de la signature de la capitulation allemande, aux côtés de l’Angleterre, des États- Unis et de l’URSS, bien que la France se fût officiellement retirée de la guerre avec l’armistice du 22 juin 1940 . En 1981, le 8 mai est redevenu férié en France …. L’attention portée à cette célébration paraît d’autant plus incongrue que le 8 mai 1945 est aussi marqué par la répression sanglante et sans équivalent de Sétif. La France est donc depuis 1981, le seul pays qui commémore par un jour férié et chômé le 8 mai 1945, fin de la guerre en Europe ! car ni les Anglais, ni les Américains ne chôment le 8 mai bien qu’ils aient les meilleures raisons du monde de commémorer cet anniversaire. (2)

«S’il n’y a pas de corps, il n’y a pas de victimes à recenser»
Le chef du gouvernement français provisoire, le général de Gaulle, ordonne l’intervention de l’armée sous le commandement du général Duval dans une répression violente contre la population musulmane. La marine y participe avec son artillerie, ainsi que l’aviation. Le général Duval rassemble toutes les troupes disponibles, soit deux mille hommes. Ces troupes viennent de la Légion étrangère, des tabors marocains qui se trouvaient à Oran en passe d’être démobilisés et qui protestent contre cette augmentation de service imprévue, une compagnie de réserve de tirailleurs. La répression, menée par l’armée et ses milices, est d’une incroyable violence : exécutions sommaires, massacres de civils, bombardements de mechtas. Deux croiseurs, le Triomphant et le Duguay-Trouin, tirent plus de 800 coups de canon depuis la rade de Bougie sur la région de Sétif. L’aviation bombarde et rase complètement plusieurs agglomérations kabyles. Une cinquantaine de mechtas sont incendiées. Les automitrailleuses font leur apparition dans les villages et elles tirent à distance sur les populations. Les blindés sont relayés par les militaires arrivés en convois sur les lieux. À l’image d’une milice de 200 personnes qui se forme à Guelma sous l’impulsion du sous-préfet André Achinais qui distribue toutes les armes disponibles, soit les 60 fusils de guerre qui équipaient les tirailleurs et se livre à une véritable chasse aux «émeutiers». Pendant deux mois, l’Est de l’Algérie connaît un déchaînement de folie meurtrière. De nombreux corps ne peuvent être enterrés, ils sont jetés dans les puits et dans les gorges de Kherrata. Des miliciens utilisent les fours à chaux pour faire disparaître des cadavres. Un témoin du massacre qui habitait à quelques centaines de mètres du four à chaux décrit l’insupportable odeur de chair brûlée et l’incessant va-et-vient des camions venant décharger les cadavres, qui brûlaient ensuite en dégageant une fumée bleuâtre. Les auteurs de cette épuration décidèrent de réemployer les «techniques» que les nazis allemands avaient utilisées dans les camps de la mort. Ils brûlèrent les corps dans des fours selon la logique voulant que «s’il n’y a pas de corps il n’y a pas de victimes à recenser». L’ histoire n’en retiendra rien, le négationnisme étant pour les autres. Un bachagha travaillant pour l’administration française expliqua dans les colonnes d’un journal de l’époque : «Jamais, tant que je vivrai, je n’oublierai le souvenir de ces viols, ces incendies, de ces canons, des ces mitrailleuses, de ces troupes, l’arme au pied, amassées aux abords du village et dans le village, de ces arrestations, de ces exécutions massives, de ces délations de fellahs terrorisés…» (3) Pendant de longs mois, les Algériens musulmans qui, dans les campagnes, se déplaçaient le long des routes continuèrent à fuir pour se mettre à l’abri, au bruit de chaque voiture. L’historien algérien Boucif Mekhaled, raconte : «(À Kef El-Boumba), j’ai vu des Français faire descendre d’un camion cinq personnes les mains ligotées, les mettre sur la route, les arroser d’essence avant de les brûler vivants». Un massacre sans précèdent qui se produisait au moment ou des défilés officiels étaient organisés en Algérie même pour célébrer la capitulation allemande et la fin de la guerre. (4)

Sortir des oubliettes du non-dit
Le 15 juin 2000 dans un discours prononçé dans les murs de l’Assemblée nationale française, le Président Bouteflika suggérait un acte de repentance à la France il dira : «De vénérables institutions, comme l’Eglise, des États aussi anciens que le vôtre n’hésitent pas, aujourd’hui, à confesser les erreurs et les crimes qui ont, à un moment ou à un autre, terni leur passé. Que vous ressortiez des oubliettes du non-dit la guerre d’Algérie, en la désignant par son nom, ou que vos institutions éducatives s’efforcent de rectifier, dans les manuels scolaires, l’image parfois déformée de certains épisodes de la colonisation, représente un pas important dans l’oeuvre de vérité que vous avez entreprise, pour le plus grand bien de la connaissance historique et de la cause de l’équité entre les hommes» Le 27 février 2005, le discours prononcé à Sétif par l’ambassadeur de France moins d’une semaine après le vote d’une loi mémorielle favorable à la mémoire des Français et des Français musulmans d’Algérie affichait les paradoxes et les tiraillements politiques au sommet, Hubert Colin de Verdiére déclarait: “Je me dois d’évoquer une tragédie qui a particulièrement endeuillé votre région. Je veux parler des massacres du 8 mai 1945, il y aura bientôt soixante ans : une tragédie inexcusable”. La loi du 23 février 2005 suscita une incontestable condamnation tant du côté algérien que dans certains cercles politiques de l’hexagone, le texte de loi indiquait que : « Les programmes de recherches universitaires accordent à l’histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu’elle mérite. Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit. » Voici en clair une loi qui impose un mensonge officiel sur des crimes et des massacres allant jusqu’au génocide, une loi qui impose une histoire officielle unilatérale et qui représente une cécité mentale.

Retour sur l’expression d’une volonté algérienne…
Dans un éditorial daté du 10 août 2004, le quotidien français Le Monde rappelait «que la plupart de ces soldats de l’armée d’Afrique étaient nord-africains ou d’Afrique noire et qu’ils ont, par dizaines de milliers, donné leur vie pour une patrie qui n’était pas vraiment la leur. Car, une fois rentrés au pays, les tirailleurs algériens qui avaient connu l’égalité devant la mort sur les champs de bataille ont compris, notamment en mai 1945 à Sétif, qu’ils ne seraient pas des égaux dans la société coloniale française » Ainsi, pour célébrer la victoire des Alliés, le 8 mai 1945 au matin, les nationalistes Algériens organisèrent des manifestations dans de nombreuses villes du pays : à Blida, Berrouaghia, Sidi Bel Abbès, Saïda, Annaba ou Jijel. Dans ces deux dernières villes, les Algériens sortirent des drapeaux et des banderoles sur lesquels il était inscrit : «Vive l’Algérie indépendante», «À bas le colonialisme», «Libérer Messali». Face à cette manifestation de nationalisme algérien la police intervint et des coups de feu furent tirés. À Guelma, la police voulut disperser les manifestants du cortège musulmans. À Sétif, il y avait environ 10 000 personnes présentes, dont environ 200 membres des Scouts Musulmans Algériens [SMA] qui ouvraient la marche. Les manifestants déployèrent des pancartes, proclamant notamment « Vive l’Algérie libre et indépendante » ou « À bas le fascisme et le colonialisme ». Au cours de la manifestation un drapeau aux couleurs algériennes fut déployé. Voyant ce drapeau et ces banderoles, la police chercha à s’en saisir. Les manifestants refusèrent. En réponse, des rafales de mitraillette furent tirées par un policier français. La manifestation tourna à l’émeute. À 13 heures le couvre-feu était instauré et à 20 heures l’état de siège était décrété. L’armée, la police et la gendarmerie sillonnèrent les quartiers arabes et les douars de la région. Des armes étaient distribuées aux colons européens qui se constituèrent en milices. Selon le grand historien algérien, Mahfoud Kaddache, «tous les Européens, quelque soit leur tendance politique se regroupaient face au danger arabe […] elle [la milice] se livra à des représailles contre la population musulmane et à des exécutions sommaires de suspects, de militants des AML, du PPA, des Oulémas et des Scouts musulmans algériens » (5) Dans un tract distribué le 25 juin 1945 dans la région d’Alger, le PPA affirmait : «le Peuple algérien vient de vivre l’épisode le plus dramatique et le plus sanglant de sa lutte plus que séculaire contre l’Impérialisme le plus rapace, le plus tyrannique, le plus abhorré. […] Les journées du 1er et du 8 mai sont désormais inscrites en lettres de sang dans l’histoire de notre grand combat pour la libération de la Patrie algérienne. 500 000 de nos frères, calmes, dignes, mais farouchement résolus, ont parcouru les rues de nos villes au mépris des mitrailles, galvanisés par une foi indomptable en l’idéal de Libération Nationale». (6)

La France sauvée par ses colonies
Dans un discours commémoratif à Sétif le chef d’État dira : « Les massacres du 8 mai 1945 étaient-ils la récompense des Algériens pour avoir défendu héroïquement la France (…) ? Qui ne se souvient des fours de la honte installés par l’occupant dans la région de Guelma (…) ? Ces fours étaient identiques aux fours crématoires des nazis » En mars 1940, selon le ministère de la Guerre, 10 000 militaires indochinois se trouvent en France même, aux côtés de 10 000 Malgaches et de 68 500 soldats de l’Afrique noire. Les troupes d’Afrique du Nord atteignaient à la même date 340 000 hommes, presque quatre fois plus ! C’est dire l’importance déjà toute particulière de l’engagement des «musulmans» (tels qu’on les appelait). Les troupes d’outre-mer venues combattre en France, du mois de septembre 1939 à juin 1940, se subdivisent en deux branches : les divisions d’infanterie nordafricaines (DINA), et les divisions d’infanterie d’Afrique (DIA).C’est l’armée d’Afrique qui supporte le poids des premières opérations. Fournissant l’essentiel de l’infanterie, mais disposant d’un matériel encore insuffisant, elle subit de très lourdes pertes : de novembre 1942 à mai 1943, pour un effectif de 80 000 hommes, 5 187 tués (dont 3 458 Nord-africains) et 7 343 blessés (dont 4 900 Nord-africains). À la veille du débarquement de Provence d’août 1944, l’effectif global de l’ensemble de l’armée de terre française est de quelque 550 000 hommes. On y trouve réunis les contingents de l’Afrique noire (80 000), et enfin plus de 400 000 hommes originaires de Tunisie, d’Algérie et du Maroc. Pour être plus précis en ce qui concerne l’Afrique du Nord, au 1er novembre 1944, on décompte, en reprenant la terminologie de l’époque, 176 000 « Français » sous les drapeaux, et 233 000 « musulmans ». Une majorité de ces hommes est issue de la conscription : appelés et rappelés forment 72 % du total des Français recrutés et 54 % des Maghrébins. Le 16 août 1944, les troupes coloniales débarquent sur la plage de Cavalaire ; elles y retrouvent les soldats de l’armée d’Afrique, dont une partie a été ramenée directement d’Italie. Sous le commandement du général de Lattre de Tassigny, ces soldats qui, avec les Alliés, s’emparent des plages de Provence pour ouvrir un deuxième front, après celui de Normandie, vont jouer un rôle essentiel, en bousculant la défense allemande à Hyères, dans l’île de Porquerolles, la presqu’île de Giens, à Solliès-Pont, et devant Toulon, puis devant Marseille. La France venait de se faire affranchir par ses colonies, lesquelles se sont finalement, par la force de leur martyr, à leur tour libérées ! – Le Courrier d’Algérie .10.05.09.)

Références :
(1)Les deux documents sont consultables sous forme d’image, au format PDF, sur le site Internet des Documents Diplomatiques Suisses
(2) «8 mai 1945 Fin de la guerre en Europe», André Larané
(3) Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, Tome II, 1939-1951, op. cit. page 664
(4)http://www.pcfbassin.fr/FichiersPDF/Histoire le 8 mai 45
(5) Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, Tome II, 1939-1951
(6) http://oumma.com/Le-8-mai-1945-dans-le- Nord
(7) «es oubliés de la Libération , Benjamin Stora

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**LE GÉNOCIDE DU 8 MAI 1945.

Le silence assourdissant des historiens

La commémoration de ce 61e anniversaire des massacres du 8 mai 1945 revêt un caractère spécifique, au regard du retour en bataille de l’histoire coloniale convoquée de façon contradictoire, par les politiques d’Algérie et d’outre-mer. A la une depuis 1990 les « événements », les « massacres », le « génocide du 8 mai 1945 » et depuis peu « crimes de masses » ont connu une accélération en mai 2000, avant de s’emballer suite à la promulgation de la loi française 2005/158 du 23 février 2005 portant « rôle positif de la présence française outre-mer notamment en Afrique du Nord » (art.4). Alors que les politiques des deux rives débattent, par médias interposés, du colonialisme et de ses retombées sur l’histoire des peuples et de l’humanité ; alors que les historiens français ont été les premiers à monter au créneau pour dénoncer la pollution par voie législative d’une discipline qui vise à s’entre-déchirer, les historiens de l’Algérie, en hibernation depuis longtemps déjà sur nombres de questions, ne semblent pas interpellés par l’origine même de la crise politique qui secoue l’ancien département français colonisé à l’ex-métropole. Il ne faut pas être spécialiste pour se rendre compte que la recherche historique, ou plus précisément, la réflexion dans le domaine de l’histoire de l’Algérie d’une manière générale et plus particulièrement dans sa tranche 1926-1962, n’est plus le propre de l’université. Au lieu d’être scientifiquement à l’avant-garde, nous ne sommes même pas à la traîne d’un discours politique qui a su redonner un sens et une fonction à une discipline jusque-là instrumentalisée à outrance et marginalisée au possible. Bien sûr qu’il n’échoît pas aux politiques, les mieux intentionnés fussent-ils, de faire l’histoire et encore moins d’en fixer le statut. Faudrait-il encore que les universitaires concernés puissent répondre à la question clef :« L’histoire pourquoi faire ? ».

Vassaliser l’histoire à défaut d’exterminer les « musulmans »

Dès l’instant où les Algériens n’ont pas accepté la présence sur leur sol d’une armée d’occupation, ils sont entrés en résistance. Très vite, ils découvrirent que cette armée ne véhiculait pas seulement des fusils et des canons, mais plus dangereux encore, une idéologie. L’occupation du sol, l’extermination de tribus ou de fractions de tribus, les nouveaux plans d’urbanisation d’Alger qui entraînèrent la démolition d’édifices culturels et religieux, la codification de la chari’a et « l’islamisation de la loi française » (1896) sans parler bien sûr du sénatus-consulte (14 juillet 1865) et du statut de peuplement de la colonie devenue, suite à l’ordonnance royale du 22 juillet 1834, « possession française » etc., signifiaient clairement que le colonialisme s’en prenait à l’essence même de la culture de l’Algérie, c’est-à-dire à son âme. La France coloniale, ne pouvant annexer définitivement l’Algérie, cherchera à vassaliser son histoire après avoir mis sa mémoire sous embargo depuis le rapt des archives algériennes entre 1961 et 1962. Les massacres des mois de mai-juin 1945 en Algérie plongent leurs racines dans une double histoire : celle d’une France divisée, déchirée, occupée par le IIIe Reich puis libérée avec le concours des colonisés dont les Tirailleurs Algériens et celle d’une Algérie occupée plus d’un siècle plus tôt par cette même France. Le désir de liberté était vécu avec la même intensité par les peuples français et algérien en guerre contre le fascisme et le nazisme. « La raison d’Etat », symbolisée par l’homme du 18 juin 1940, armera la main de la milice coloniale transformant ainsi des villes et villages de l’Est algérien, en une multitude d’Oradour-sur-Glane. Avant même d’être libérée mais sur le point de l’être, la France combattante avait fait entendre que la « liberté » n’était pas un bien en partage. C’était et ce devait être une notion « impériale », restrictive et inextensible. La France libérée du joug nazi confirmera ainsi qu’elle n’était que la continuité de l’autre France, la France coloniale. De Gaulle qui avait communiqué au général Henry Martin (1944) que l’Empire était désormais « le plus vulnérable » en Afrique, l’instruit fermement en ces termes : « Prenez garde qu’au moment où nous libérons Paris, Alger nous échappe ». Ce réservoir inépuisable de vies humaines, que constituait pour elle l’Empire, avait pour tâche exclusive de servir la liberté de la France et des colonies, pas pour s’en servir pour reconstruire et forger l’avenir des peuples soumis par l’alcool et par les armes à feu. Alger, qui avait cessé d’être la capitale (1943-1944) de la France en guerre contre l’Allemagne, allait devoir faire face à une autre guerre livrée cette fois contre des civils sans armes. L’adversité a vite fait de changer de camp. L’Allemagne nazie n’était plus à l’ordre du jour et l’humiliation n’était plus l’armistice. « La rupture identitaire du PPA » était en cette veille de la libération de Paris, la préoccupation majeure de de Gaulle et le souci stratégique du général responsable du 19e corps d’armée. Les « arabophones » d’Algérie ne pouvaient trouver meilleur commandant en dehors du général de Gaulle parti en croisade contre ceux qui cherchaient à affaiblir la France en revendiquant l’autonomie. La guerre, qui sera faite aux Algériens insurgés, sera totale et sans merci. Elle mobilisera toutes les forces françaises disponibles en Algérie, en Tunisie, au Maroc et même celles de métropole et d’Allemagne. 40 000 hommes seront opérationnels, sans compter la gendarmerie, la Légion étrangère, la police d’Etat, les forces supplétives, les gardes champêtres et les gardes forestiers. Des bombes de fabrication britannique, destinées aux troupes allemandes conçues sur le modèle des futures bombes à fragmentation, ainsi que des bombes produites dans les usines d’armement américaines, seront larguées sur les populations civiles. Des bidonvilles entiers à Guelma, Sétif, Annaba etc. ont été rasés. La reconstitution des archives militaires fait état de la disparition de familles entières à Kherrata. Plus meurtrières que l’armée, les milices urbaines ont été évaluées à 3000 hommes dont « 800 fusils de guerre » pour Guelma seulement. Fraîchement débarqué dans cette petite ville qui vivait jusque-là dans une paisible quiétude, le général Maurice Schmidt, à l’époque officier supérieur, notera que ces miliciens faisaient « un emploi affreux de leurs armes ». Même là où aucune action subversive n’avait été mentionnée, comme à Bordj Bou Arréredj, la milice faisait le vide autour d’elle en tirant sur tout ce qui lui paraissait suspect. Les miliciens « se laissent même photographier pour la postérité » rapporte la littérature historique coloniale. Le 19e Corps d’armée, pétainiste la veille, veillera sur la sacro-sainte alliance partis de gauche – de Gaulle. « Quoiqu’il soit évidemment regrettable de « faire la guerre », alors que le « cessez-le-feu » a sonné en Europe, ces événements ont permis de voir que la Marine, tant à bord qu’à terre, n’avait rien perdu de ses belles qualités de combativité, de discipline et de moral élevé ». (in « Rapport du contre-amiral Amanrich, commandant la Marine à Alger sur la participation de la Marine aux opérations de rétablissement de l’ordre », SHAT, p.344.). L’arsenal militaire français, mobilisé contre l’Allemagne nazie, va servir à donner la mort à ceux qui ont envoyé leurs enfants à Monte Cassino en Italie où leur courage et leur détermination arrachèrent la victoire aux forces italiennes et allemandes. La France libérée sèmera la mort par terre, air, mer parmi les populations démunies des douars et les milliers de personnes qui erraient dans les montagnes fuyant l’armée et la milice coloniales. Cette guerre contre des montagnards, qui auraient assiégé Guelma par exemple – ce que démentent les archives – avait été préparée minutieusement et froidement. Dès le 13 février 1945, un « exercice sur carte en cas de troubles » avait eu lieu à Alger.

Le crématorium Lepori

Alors que le SS Adolf Eichmann ait été enlevé en Argentine pour être exécuté en 1962, le secrétaire général du Gouvernement général d’Alger, Pierre-René Gazagne, le préfet de Constantine, Lestrade Carbonnel, le commandant du 19e Corps d’armée, le général Henry Martin, le commandant de la division de Constantine, le général Raymond Duval, le colonel Georges Bourdila, le commandant Gobillot à Sétif ne furent jamais inquiétés. André Achiary, sous-préfet de Guelma, ancien commissaire de police, converti en la circonstance en superviseur de la milice coloniale qu’il venait d’armer en mars 1945 de fusils puisés dans les stocks de la gendarmerie de la ville, mourut en chef exilé de l’OAS dans son lit à Madrid en 1983. Après s’être fait la main sur les communistes – entre autres sur des filles- et sur les gaullistes, il donnera après sa conversion politique, la pleine mesure de son savoir-faire en matière de torture, de répression et d’organisation des escadrons de la mort qui s’étaient offert le luxe de mettre en place une cour martiale. Dans le « four crématoire Lepori » ; du nom du colon propriétaire des fours à chaux à Héliopolis, « pendant dix jours, on brûla sans discontinuer » pour dissimuler toutes traces des cadavres sommairement fusillés ; parce que, d’une part les chaleurs de juin accéléraient la décomposition des cadavres qui jonchaient toute une partie des terrains situés derrière les remparts, d’autre part il ne fallait pas que le ministre de l’Intérieur Adrien Tixier voit cela. L’histoire olfactive rapporte que « l’odeur à la ronde était insupportable ». En Allemagne « le chemin de la croix gammée conduisait directement aux fours ardents d’Auschwitz ». A Guelma le « camion tragique de la mort », conduisait les prisonniers de la caserne, de la gendarmerie et des autres prisons qui avaient fleuri dans la ville européenne, vers Héliopolis. L’odeur de la chair humaine brûlée – toujours la même – flotte encore et flottera pour l’éternité sur Guelma, comme elle flotte depuis 1942-1943 sur Auschwitz, Dantzig, Sobibor, Belzec ou Treblinka… Bien que les victimes des massacres des mois de mai-juin 1945 commis à Sétif, Kherrata, Guelma, Jijel, Annaba, Saïda etc…, soient des civils, c’est-à-dire des hommes et des femmes sans armes, tombés sous les balles de l’armée d’occupation sous les ordres des généraux Duval et Martin, elles seront exclues grâce au silence complice des autres alliés, du bénéfice du statut de victimes des crimes contre l’humanité pourtant clairement définis par la Charte du 8 août 1945. Les indigènes, comme « les Noirs n’étant pas complètement des hommes, les droits de l’homme ne peuvent s’appliquer à eux ».

Le parjure continue

Morts pour avoir « troublé l’ordre », ces martyrs de l’avant 1er novembre 1954 vont, près d’un demi-siècle après la restauration de l’indépendance nationale, faire l’objet d’un double parjure. Il y a eu d’abord ce discours du président français Jacques Chirac au Palais des Nations (4 mars 2003) dans lequel il disait son « émotion » de voir les parlementaires algériens l’« accueillir au Palais des Nations, à quelques kilomètres de cette baie de Sidi Ferruch où, il y a 173 ans, a commencé la présence française ». L’Algérie de l’ALN lui donnera une double accolade, fraternellement appuyée par une assistance des plus officielles qui applaudissait debout cette volonté de la France venue dire sa volonté « de développer avec l’Algérie une même vision de l’avenir, une même ambition pour le monde de demain, une même volonté de créer un partenariat d’exception entre (les) deux pays ». Dans l’euphorie débordante des grands jours, accentuée par la solennité du lieu, la toute petite phrase assassine est passée inaperçue. Il est vrai que l’hôte de marque de l’Algérie avait été accueilli avec un enthousiasme démesuré. Le peuple en liesse et avec lui la classe politique ne s’étaient pas rendus compte que la partie la plus vive et la plus sensible de l’histoire de l’Algérie venait de faire, subrepticement, l’objet d’une véritable OPA. Il y eut ensuite le vote par l’Assemblée nationale française de la loi 2005/158 du 23 février 2005, suivie à quatre jours d’intervalle, par l’historique déclaration de son Excellence l’ambassadeur de France en Algérie, faite devant un parterre d’étudiants et d’enseignants de rang magistral à l’université Ferhat Abbas de Sétif. Les médias et l’opinion publique n’ont retenu que ce qu’a voulu son Excellence l’ambassadeur qu’ils retiennent. La communication n’est-elle pas l’art de faire croire ?

L’incapable césure

Le Parti algérien, fondé en 1895 par des colons qui aspiraient à faire de l’Algérie une nouvelle Amérique française ou encore une Rhodésie au sud de la métropole, était plus qu’une politique, c’était une philosophie. A bien réfléchir, ce n’est pas la loi 2005/158 qui pose problème, mais les mécanismes invisibles d’une pensée en continuité incapable de césure confondant occupation, colonialisme, nostalgie et histoire. « L’Algérie française » n’est pas née avec l’organisation terroriste OAS. Elle n’est pas morte non plus avec la restauration de l’Etat algérien, dont l’existence historique a été contestée par le général président de Gaulle en personne en 1959. En ordonnant au général Henry Martin avant même sa nomination à la tête du 19e Corps d’armée, puis au gouverneur général d’Algérie, Yves Chataigneau, les 14 août 1944 et 12 mai 1945, d’« affirmer publiquement la volonté de la France victorieuse de ne laisser porter aucune atteinte à la souveraineté française sur l’Algérie », la France s’est rendue coupable, par la voix de son chef suprême le général de Gaulle, de crime avec préméditation commis sur une population sans arme. Il faudrait remonter le long cours de l’histoire coloniale en Algérie pour comprendre que le général s’était inscrit dans la continuité de la conquête, par l’extermination des opposants au système colonial. Le 8 mai 1945 n’est que la réédition du massacre des Aoufia par le Duc de Rovigo le 6 avril 1832, l’emmurement de la tribu Sbih (ou Sbéa) dans la vallée du Cheliff par le colonel Cavaignac en 1844, des enfumades de la tribu des Ouleds Riah dans le Dahra par le colonel Pélissier, le 11 juin 1845. 800 à 1000 « gredins » (in. Bugeaud) réduits à l’état de « bouillie humaine » écrira avec fierté Pélissier . Les comités de salut public, les cours martiales et le couvre-feu réactualisèrent « le marché noir de la mort » très florissant en ce printemps de l’année 1945, dans le quadrilatère Bougie-Sétif-Kherrata-Guelma. Les fosses communes des SAS et de l’armée, qui se comptent par centaines à travers toute l’Algérie, sont l’expression d’une pratique génocidaire inachevée en partage entre les politiques, les militaires et la milice coloniale. La dissimulation des traces des cadavres abattus froidement par « ces fils d’Hitler » dans le « four crématoire Lepori » n’est pas sans rappeler l’« opération spéciale 1005 » que l’autre criminel de guerre le Reichsfürer-SS et chef de la police allemande Heinrich Himmler, avait mis au point dès 1942 pour faire disparaître par incinération les cadavres des prisonniers juifs et russes qui gisaient au fond des fosses communes. Comme « le Standartenfürer- S.S. Blobel qui avait reçu instruction de ne tenir aucune correspondance à ce sujet », le chef de la milice guelmoise, André Achiary, aurait sûrement lui aussi été destinataire de la même instruction verbale. La visite incognito dans la nuit du 11-12 juin 1945, du préfet Lestrade-Carbonnel, venu en éclaireur, pour préparer la visite du ministre de l’Intérieur Adrien Tixier le 26 juin 1945, n’avait d’autre but que de « déterrer au plus tôt les cadavres et les faire disparaître » dans la nuit noire de la terreur blanche. Inutile donc de questionner des archives qui, de toute évidence, même si elles existaient, ne seraient pas rendues publiques.

Rôle positif du Nazisme ?

La France, comme les USA, exerce depuis quelques années de fortes pressions sur la Turquie pour qu’elle reconnaisse sa culpabilité en Arménie en 1915. La logique et l’histoire auraient voulu que la France, qui se dit attachée aux valeurs universelles, montre le chemin en reconnaissant ses propres crimes en Algérie et qu’elle pousse plus loin son raisonnement en répondant à la question inimaginable jusqu’au 23 février 2005 : « Peut-on parler de rôle positif du nazisme ? Aurait-il fallu pour en juger, que Paris et la France soient occupés pendant 132 années ?! » Les peuples libres d’Europe et les Alliés fortement appuyés par l’armée d’Afrique dont les Tirailleurs Algériens, ont fait front contre le nazisme et le fascisme. Aucune puissance n’a fait alliance avec les résistants pour s’opposer au colonialisme en Afrique, au Mechreq, en Asie, ou à Madagascar. Le temps de l’Europe et maintenant des Etats-Unis d’Amérique, n’est pas celui du reste du monde. Pour avoir subi le nazisme durant quatre terribles années, les Français, jaloux de leur liberté, avaient répondu par la résistance. Les manuels d’histoire (Vuibert, annales bac, 1998,) qualifient à juste titre la domination de l’Europe par l’Allemagne hitlérienne « de domination de la barbarie nazie ». L’« atroce épreuve commencée au printemps 1939 » a laissé de profondes traces dans le corps d’une Europe déchirée et meurtrie. Aux « affrontements idéologiques et moraux sans précédent » s’ajoutent « un désastre démographique et un désastre moral ». Le jugement des crimes nazis par le Tribunal international de Nuremberg entre novembre 1945 et octobre 1946, ainsi que la nouvelle notion de crime contre l’humanité considérée comme imprescriptible, sont les conséquences historiques immédiates et pérennes du nazisme qui inspirera au nom de « la raison d’Etat », bien avant et très longtemps après le 8 mai 1945, ceux qui à Alger ou Paris avaient en charge la colonie et l’Empire. A l’inverse, c’est au nom d’une conception partagée de la liberté que de nombreux Français de France et Européens d’Algérie soutiendront, au détriment de leur propre liberté et de leur vie, le peuple algérien qui n’a eu d’autre recours que celui des armes pour se libérer du colonialisme. C’est pourquoi aussi la demande d’abrogation de la loi du 23 février 2005 a mobilisé plusieurs centaines de Français. Les peuples se reconnaissent dans ce qu’ils ont de fondamental et de commun : leur liberté et leur dignité. Le reste n’est que pure politique politicienne, au mieux un va-t-en- guerre électoraliste.

Le mot de la fin ?

La guerre est une injustice. Mais plus grande encore est l’injustice des institutions nées après les guerres pour perpétuer, malgré le silence des armes, la domination du plus fort. Quelle différence y a-t-il entre nazisme et colonialisme ?! La sélection des races par l’élimination a commencé dans les colonies espagnoles et françaises. Des millions de personnes ont été massacrées pour la couleur de leur peau, de leur langue et de leur religion ; en un mot, pour leur culture. C’est la définition même du génocide que nos collègues français récusent dans le cas de l’Algérie. Des Algériens ont massacré entre le 8 et le 11 mai 108 Européens. Des miliciens ont fusillé, massacré, froidement des milliers d’Algériens par vengeance, par haine, par racisme. Il fallait que les indigènes courbent l’échine, « qu’ils rampent comme des chiens », qu’ils ne relèvent plus la tête. Il fallait les mâter. Je vous couvre, avait dit le préfet de Constantine Lestrade-Carbonnel le 8 mai au sous-préfet Achiary. C’est exactement ce que dira le préfet de police Maurice Papon à ses policiers le 17 octobre 1961. Le discours du représentant de l’Etat français à Constantine a blanchi les miliciens de mai : c’était « un abîme d’incompréhension entre les communautés » dira-t-il. La loi 2005/158 n’est autre que la légalisation des horreurs coloniales en Algérie. La notion de crime contre l’humanité reste foncièrement une notion raciste, puisqu’elle a été inventée et conçue à l’usage exclusif des juifs pour déculpabiliser l’implication de l’Europe dans la Shoah. Chirac et l’Eglise de France ont demandé pardon. Les droits de l’homme, comme la démocratie, la liberté d’opinion ou le suffrage universel, sont des notions très relatives. Leur universalité s’arrête aux frontières de l’homme blanc et si par hasard elles sont exportées, c’est pour mieux asservir ceux qui y ont cru. Reste le devoir de mémoire. Pour paraphraser Marcel Reggui, le devoir de mémoire nous commande de répondre à la question suivante « les musulmans, c’est-à-dire les Algériens, doivent-ils passer pour coupables dans cette extraordinaire tragédie ? Nous ne l’accepterons jamais. Pour notre honneur. Pour celui de la France » des droits de l’homme, pour ces Français, dont la liberté n’est pas un mot creux. « Tant que la justice n’aura pas été rendue aux victimes d’Achiary et de ses conseillers, jamais les musulmans de Guelma et de toute l’Algérie ne perdront la mémoire du sang innocent qui a été versé en mai 1954 ». Cet appel porte une date : été 1946. Il a été estampillé à Guelma.

-(*) Président de la Fondation du 8 mai 1945 Alger le 19 avril 2006

- Références :

- 1 Ageron, Ch. R. : Les Algériens musulmans et la France (1871-1919), P.U.F. Paris, 1968, t.1.
- 2 De Gaulle, Ch. : Mémoires de Guerre. Le Salut 1944-1946, Plon, Paris, 1959, t.3.
- 3 Kobon Eugen : L’Etat SS. Le système des camps de concentration allemands ; Ed. de la Jeune Parque, collection Histoire 1993.
- 4 Kobon Eugen, Langbein Hermann, Rücherel : Les chambres à gaz, secret d’Etat, Ed.Minuit, collection Histoire, Paris, 2000.
- 5 Regui Marcel : Les massacres de Guelma. Algérie, mai 1945 : une enquête inédite sur la furie des milices coloniales ; Préface de J.P. Peyroulou ; La Découverte, Paris, 2006.
- 6 Rey-Goldzeiguer Annie : Aux origines de la guerre d’Algérie 1940-1945. De Mers El Kebir aux massaces du Nord constantinois, Casbah Editions, Alger, 2002.
- 7 Verges J : Les Crimes d’Etat. La Comédie judiciaire, Plon, Paris, 2004.

Par Mohammed El Korso (El Watan-09.05.2006)

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Quand les jeunes parlent du 8 Mai 1945

 les futures générations ont besoin de savoir ce qui s’est passé

«Les massacres du 8 Mai 1945 ont changé le cours de l’histoire de l’Algérie combattante.

Les événements du 8 Mai 1945 sont toujours d’actualité, 68 ans après. Le martyre de Sétif, Guelma, Kherrata, Fedj M’zala, Tigzirt, Saïda et d’autres localités du pays est toujours dans les mémoires des anciens qui tournent la page, mais n’oublient pas.
Le supplice des habitants de Bouandas, Beni Aziz, El Eulma, Aïn Roua, Aïn El Kebira, pour ne citer que ces lieux, demeure vivace dans la mémoire collective de certains vieux, qui ne ménagent aucun effort pour la transmission de la mémoire, l’autre combat des «chibanis» tenant plus que jamais à transmettre le «témoin» à une jeune génération pas du tout outillée.

Accostés, des jeunes étudiants et des enseignants des universités de Sétif 1 et 2 parlent de l’événement et de leurs «déficits». «La marche du 8 Mai 1945 est une importante étape dans la lutte du peuple algérien. Cependant, elle demeure méconnue d’une large frange de la jeunesse algérienne. Ce n’est pas le petit chapitre du ‘fait historique’ du programme de la 3e année secondaire qui va combler l’énorme déficit», dit Loubna, une jeune lycéenne. «Organisée par et pour le peuple, la marche du 8 Mai 1945 est désormais ‘récupérée par l’autorité qui en fait un fonds de commerce. La société civile, qui a payé un lourd tribut, est reléguée au rang de spectateur. La commémoration d’un événement d’une telle importance, qui est l’affaire de toute la société, est le moins qu’on puisse dire confisquée», martèle Abdelghani, étudiant à l’université de Sétif I.

Mourad abonde dans le même sens : «Le 8 Mai 1945, qui a été le détonateur de la guerre de Libération nationale est confiné dans une journée commémorative ou une conférence ne donnant que rarement la parole aux victimes, témoins et ayants droit. Il est inadmissible de résumer des massacres d’une telle ampleur en une seule journée, pour ne pas dire quelques heures. L’épopée d’un grand peuple mérite mieux.» «Les massacres du 8 Mai 1945 ont changé le cours de l’histoire de l’Algérie combattante. Malheureusement, on ne fait pas l’effort nécessaire pour transmettre la mémoire aux jeunes générations, qui doivent se contenter des écrits et récits de l’autre rive de la Méditerranée. N’étant pas exempts de tout reproche, les pouvoirs publics sont interpellés pour aider les écrivains et historiens algériens qui font face à des difficultés pour non seulement éditer, mais distribuer leurs ouvrages.

Les jeunes voudraient avoir de plus amples informations sur les manifestations du 11 Décembre 1960 et du 17 Octobre 1961, les autres principaux faits saillants de notre Révolution, à immortaliser par des livres et documents. De tels outils pourraient être de précieuses pièces à conviction pour les futures générations qui ont besoin de savoir. Pour l’intérêt suprême de la nation ne devant ni oublier ni perdre ses repères, le traitement de ces pans de notre riche et belle histoire ne doit pas être conjoncturel», précise Leïla, une étudiante en droit.

*Kamel Beniaiche-El Watan-08.05.2013.

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Abdelhamid Salakdji. Président de la fondation du 8 Mai 1945

«Le lobby néocolonialiste freine la reconnaissance des crimes commis»

Fils de chahid, militant de la cause nationale depuis 1959, syndicaliste, membre actif de la fondation du 8 Mai 1945, depuis les années 1990, Abdelhamid Salakdji évoque, dans cet entretien, les autres facettes du mardi noir.

- D’après vous, pourquoi les événements du 8 Mai 1945 demeurent d’actualité 68 ans après ?

**C’est parce qu’ils n’ont pas divulgué tous leurs secrets. La découverte du dernier charnier à El Yachir (commune située à 15 km à l’est de Bordj Bou Arréridj) qui a fait l’objet d’un écrit dans El Watan (voir notre édition du 5 avril 2013) étaye mes propos. Cette découverte conforte la thèse de l’historien français Jean Louis-Planche ayant fait état d’un charnier aux Bibans où sont enfouis 3000 victimes de la barbarie. Les témoignages des dernières victimes et témoins qui ne sont toujours sollicités pour raconter l’horreur font que ce dossier reste ouvert.

- Peut-on dire que le 8 Mai 1945 a été le détonateur de la guerre de Libération nationale ?

**Le 8 Mai 1945 a été la dernière révolte locale marque un tournant dans la lutte du peuple algérien qui s’est rendu à l’évidence que tout ce qui a été pris par la force ne peut être repris que par les armes qui se sont exprimées le 1e Novembre 1954.

- Pour certaines parties françaises, la manifestation du 8 Mai 1945 était un appel au djihad et à l’insurrection armée…

**On ne fait pas appel au djihad avec des mains vides. Rien n’a été préparé pour lancer un véritable mouvement insurrectionnel. Utilisé à des desseins toujours inavoués, ce «vocable» s’inscrit dans une grande campagne de désinformation qui continue à faire des ravages. Des historiens sérieux n’ont jamais fait état d’une «guerre sainte», d’autant plus que les religieux n’ont pas été inquiétés. Organisée par un parti politique, à savoir le Parti populaire algérien (PPA interdit à l’époque), sous la coupe des Amis du manifeste et des libertés (AML), la manifestation revendiquant une identité algérienne avait effectivement une connotation politique. La présentation de l’emblème national était un acte politique.

- Des voix de l’autre rive de la Méditerranée continuent à présenter la manifestation du 8 Mai comme un complot…

**Une telle thèse inverse les rôles. Sans défense, la victime est placée dans le box des véritables coupables en manque d’arguments. Le complot a été fomenté par l’administration coloniale et les colons, des pétainistes dans leur majorité. Durant la Seconde Guerre mondiale, les juifs algériens n’ont pas échappé aux vexations et brimades des sbires du maréchal Pétain qui voulaient faire diversion et justifier l’horreur commise à l’encontre d’un peuple aspirant à la liberté. L’opinion française, qui était à l’époque conditionnée, a été trompée. Elle a cru à la thèse d’un complot d’anciens nazis inspiré de l’étranger. En avançant un tel argument, on a voulu éviter la condamnation des tribunaux internationaux et celui de l’histoire. D’autant plus que l’ampleur des massacres, le nombre de victimes appartenant à un même groupe ethnique et religieux en lutte contre l’occupant permettait de faire application de la qualification de crime contre l’humanité. Refusée aux Algériens, cette qualification est toujours appliquée aux nazis. Les derniers responsables du massacre d’Oradour-sur-Glane, perpétré le 10 juin 1944, sont toujours poursuivis par la justice française. Je m’insurge contre une telle discrimination. Même les victimes de la barbarie sont classées dans le 1er et le 2e collèges. Ceci dit, on doit parler d’un complot franco-français. L’expression est plus appropriée. D’autant plus que bon nombre d’historiens sont unanimes à dire que le complot nazi est une autre affabulation de pétainistes…

- La polémique sur le bilan des victimes est-elle toujours d’actualité ?

**Une telle polémique est née en France, où certains cercles sont à l’origine de cette guerre des mémoires. A travers un tel procédé, les nostalgiques de l’Algérie française ne veulent, ni plus ni moins, que minimiser le carnage commis au nom de la France. Les chiffres de la France coloniale ne reflètent en aucune manière l’étendue du carnage. Pour preuve, dans l’entourage du général Duval, on parlait de 7500 morts. Selon le général Tubert, chargé d’une commission d’enquête stoppée au bout de 48 heures, on évalue le nombre des morts à 15 000. Le consul américain à Alger le situe entre 40 et 45 000. Ce n’est pas tout. Le  général Duval estime qu’entre mai et septembre 1945, pas moins de 280 condamnés à mort ont été jugés par le tribunal de Constantine. Un tel chiffre est erroné. Sachant qu’il passe sous silence le supplice de plus de 100 autres indigènes qui ont été exécutés froidement par l’armée et les milices. Les 10 000 interpellations effectuées durant la même période, uniquement à Sétif, ont été en outre dissimulées par les officiels français de l’époque. Ces derniers ne pouvaient et ne voulaient par ailleurs pas comptabiliser les milliers de victimes de Chabet El Akhra (Kherrata), de Oued Aftis (Bouandas) et des fours crématoires de Guelma. 

- Quelle analyse faites-vous des déclarations du président français, François Hollande ?

**Après l’ambassadeur Hubert Colin de Verdière qui avait, en février 2005, qualifié les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata de «tragédie inexcusable», son collègue Bernard Bajolet avait, le 27 avril 2008 à Guelma, qualifié ces évènements de «massacres épouvantables», et François Hollande qui avait, en décembre 2012, reconnu les souffrances infligées au peuple algérien par le système colonial français a franchi un autre pas. Il répond ainsi au discours du président de la République ayant invité, le 8 mai 2012, la France à mettre un terme à la guerre des mémoires. Pour la Fondation, la déclaration de François Hollande est une nouvelle pierre dans l’édification d’une mémoire juste. Une telle démarche reste insignifiante tant que la France ne reconnaît pas officiellement ses crimes car le préjudice moral est incommensurable. Le dédommagement matériel des ayants droit dans l’attente d’une indemnisation doit être inscrit dans le processus de réparation.

- L’écriture de ce pan de l’histoire contemporaine de l’Algérie pose problème, n’est-ce pas ?

**L’écriture d’une histoire objective, loin de toute influence partisane, est du ressort exclusif d’historiens ayant une vision impartiale des événements. Pour mener à bien une aussi noble et importante mission, les chercheurs des deux rives devraient s’appuyer sur des sources fiables et les témoignages des victimes des deux camps. Le moment est venu de mettre un terme aux innombrables contrevérités. Nous ne voulons donc pas d’une histoire partisane, écrite par des colonialistes ou des Algériens mus par des considérations idéologiques. La conjoncture est propice à une réflexion plus apaisée et moins rancunière. Nous devons par ailleurs rester attentifs et vigilants, car des nostalgiques d’une ère révolue instrumentalisent ces événements et les utilisent à des fins politiques.

- Pouvez-vous être plus explicite à propos de ces «contrevérités» ?

**Classer la féroce répression dans la rubrique «légitime défense» est l’une des plus grotesques contrevérités. L’occultation du supplice de milliers d’indigènes enfouis dans des fosses communes est une autre contrevérité. Tout comme les carnages perpétrés à huis clos dans de nombreux douars qui n’ont pourtant pas connu d’émeutes. Passer sous silence les crimes commis par la milice à Guelma, Sétif, Kherrata, El Eulma, Beni Aziz et Bordj Bou Arréridj, pour ne citer que ces localités, est une autre mystification. Le silence complice de la presse de l’époque fait partie du lot de mensonges. Pour fermer la parenthèse, il m’est impossible d’oublier la thèse d’un mouvement insurrectionnel. 

- Pourquoi, selon vous, les différents gouvernements français, qui ont pourtant brisé bon nombre de tabous inhérents à l’histoire commune des deux pays, tardent à institutionnaliser cette reconnaissance ?

**La réponse se trouve chez le lobby néocolonialiste, qu’il soit de gauche ou de droite. Incontournable dans les échéances électorales françaises, il bloque la reconnaissance des crimes commis par l’armée coloniale au nom de l’Etat français. **Kamel Beniaiche-El Watan-08.05.2013.

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16 réponses à “Les massacres du 8 mai 1945 en Algérie”

  1. 15 04 2013
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    helas il y a baucoup de nos freres qui sont mort pour la liberte de leur pays

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    malgré toutes mes démarches depuis le défunt BOUMAAZA (Rahimahou ALLAH) à ce jour je n’ai pu aboutir à aucune chose. Si ?………………Merci

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