Les manifestations du 11 décembre 1960

*Une date déterminante pour l’Indépendance»

Les manifestations du 11 décembre 1960  dans actualité

vidéo: Les manifestations du 11 décembre 1960     témoignage américain

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Algerian War of Independence (1960) CIA Archives French President Charles De

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Ces manifestations étaient censées accueillir le général de Gaulle, arrivé en Algérie deux jours avant, pour promouvoir son projet d’autodétermination.

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**« non à l’Algérie française »

Parmi les dates qui ont marqué l’histoire de l’Algérie, tout autant que le 8 mai 1945, le 1er novembre 1954, le 20 août 1955, le 17 octobre 1961, le 18 mars 1962, le 5 juillet 1962, il y a la fatidique journée du 11 décembre 1960. Ce 11 décembre 1960 est plus qu’un événement à commémorer. C’est une journée, au coeur de l’histoire, très particulière durant laquelle, spontanément, le peuple algérien, à travers l’ensemble des villes, s’est soulevé pour crier haut et fort « non à l’Algérie française ». Des slogans fusaient de partout. Des hommes, des femmes et même des enfants ont investi la rue pour exprimer fermement leur attachement aux valeurs de novembre 54, bravant les forces coloniales qui leur faisaient barrage. Parmi les maquisards, témoin de l’heure, si Hocine n’était pas le seul à affirmer : » le 11 décembre à répondu à De Gaulle qui disait: « Je ne négocierai pas avec le FLN » et le peuple, comme mu par une seule voix lui a répondu : « Vive le GPRA, vive le FLN, l’Algérie indépendante ». Il s’agit là d’une réponse claire et décisive. Après cinq années de guerre durant lesquelles le peuple algérien a eu droit à toutes les souffrances et les atrocités. L’armée coloniale n’y allait pas d’une main légère. Des crimes, après ceux du 8 mai 1945, les plus odieux furent commis par les forces d’occupation. Le peuple algérien a payé un lourd tribut avant de recouvrer son indépendance et sa liberté longtemps acclamées. Depuis 1830 le peuple algérien n’a cessé de dire non à la soumission et à l’assimilation. Pour rester dans le décor du 11 décembre 1961, il y a lieu de souligner qu’une année auparavant le général De Gaulle, dans ses calculs et son cher projet d’une troisième force en Algérie, après avoir tenté « la paix des graves » en direction des Moudjahidine avait décidé d’élargir des milliers de détenus. L’année1959 allait marquer, en quelque sorte, un tournant, dans la politique française à l’égard de l’Algérie. Les partisans de la politique prônée par le général De Gaulle, engagés totalement dans la recherche d’une troisième voie à laquelle ils étaient fidèles, et les ultras de l’Algérie Française redoublèrent leur activisme et leurs manifestations hostiles et provocantes. Les gaullistes fidèles au général, convaincus que le peuple algérien allait les suivre, pensèrent le gagner en multipliant leurs actions assimilationnistes, leurs largesses, en nommant des ministres d’origine musulmane comme Mohamed Sid Cara.* reflexiondz -11.12.2012.

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**Les manifestations du 11 décembre 1960 ont été, après 6 ans de guerre, la proclamation «solennelle» de l’Indépendance de l’Algérie, a relevé Larbi Alilat, membre du réseau d’Alger lors de ces manifestations à Belcourt, actuellement Mohamed-Belouizdad. «Si le 1er Novembre 1954 a été le déclenchement de la guerre de Libération, le 11 décembre 1960 la proclamation solennelle de l’indépendance de l’Algérie», a souligné dans un entretien à l’APS, Larbi Alilat, un des membres du réseau «El Malik» qui avait infiltré les manifestations après une réunion tenue à Belcourt la nuit du 11 décembre 1960. «Le monde entier a su, ce jour du 11 décembre 1960, qu’il n’y aura plus de concessions. Le peuple algérien n’acceptait plus aucune autre solution que l’indépendance totale», a-t-il dit.
«Ces manifestations étaient censées accueillir le général De Gaulle, arrivé en Algérie deux jours avant pour promouvoir, auprès du peuple algérien, son projet controversé d’élections libres pour une autodétermination», a tenu à rappeler M.Alilat, qui était également responsable dans la Wilaya III puis dans la Wilaya IV historiques. M.Alilat a affirmé que c’est le Mouvement pour la communauté (MPC), allié de De Gaulle, qui a initié les manifestations et que le FLN n’a fait que les récupérer par la suite. Pour M.Alilat, le Gouvernement provisoire de la République algérienne (Gpra), basé à Tunis, appelait les Algériens à ne pas s’en mêler, au début des manifestations, puisqu’il s’agissait d’une affaire franco-française.
«Partout où De Gaule passait, la tension montait entre les ultras, qui rejetaient le projet de -l’Algérie algérienne de De Gaulle- et les gaullistes qui le soutenaient», a-t-il ajouté. «Les manifestations du 10 décembre 1960 à Belcourt étaient tellement impressionnantes, notamment après l’incendie de l’immeuble Nizière, que notre groupe, au cours d’une réunion informelle, à la rue de la Liberté, pas loin des Halles, décida d’empêcher une victoire à 100% gaulliste», a-t-il témoigné. «Ce sont Bettouche Belkacem et son adjoint Benslimane Youcef, tous deux enfants d’Alger et anciens de la 1re bataille d’Alger, qui se chargèrent de transmettre aux militants l’instruction de lancer des slogans dictés par le FLN, tels que -Vive le GPRA-, -Vive Ferhat Abbas-, -Vive le FLN-», a-t-il ajouté. «Nous avions eu tellement peur que De Gaulle réussisse son projet, que nous n’avions pas pu rester les bras croisés», a-t-il indiqué.
Dans une conférence de presse le 12 décembre 1960 à Tunis, le président du Gpra, M. Ferhat Abbas, avait déclaré, rappelle-t-on, que «dans le but de tromper l’opinion internationale, le gouvernement français a voulu, de toute évidence, faire plébisciter sa politique dans notre pays». «L’armée et l’administration colonialiste qui ont laissé se développer les manifestations et les provocations des ultras ont tenté de susciter, par ailleurs chez les Algériens, des mouvements en faveur des statuts», avait-il dit, soulignant que le peuple algérien «avance à grands pas vers la liberté». De son côté, Abdelhamid Mehri, membre du Gpra, sollicité en marge du colloque international sur Enrico Mattei et la guerre de Libération, a souligné qu’il ne faut pas percevoir la mobilisation du peuple algérien, le 11 décembre 1960, comme une action isolée mais comme «une concrétisation d’une stratégie de la Révolution qui a allié tous les moyens de lutte depuis la déclaration de la guerre jusqu’à la victoire».
Pour M.Mehri, «ces manifestations ont été préparées psychologiquement ou politiquement». Le résultat des événements, quel que soit leur initiateur, a été «splendide», a-t-il soutenu. «La voix de l’Algérie algérienne et indépendante s’est fait entendre dans le monde entier de par la présence des journalistes des quatre coins de la planète pour couvrir la visite du président français; Charles de Gaulle», a-t-il ajouté. (L’Expression-11.12.2010.) 

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**un tournant décisif

Cent trois martyrs et des centaines de blessés seront dénombrés parmi les manifestants sauvagement réprimés par les forces coloniales.

Un événement majeur,  un tournant décisif de la guerre de Libération nationale. Preuve de leur impact considérable, les manifestations populaires du 11 Décembre 1960, imposantes et étendues à plusieurs régions d’Algérie (Alger, Oran, Constantine, Annaba, Sidi Bel Abbès, Chlef, Blida, Béjaïa, Tipasa…) ont, une semaine après, convaincu l’Assemblée générale des Nations unies de voter la fameuse résolution reconnaissant au peuple algérien son droit «à la libre détermination et à l’indépendance».
Intervenant au lendemain de la visite du général de Gaulle en Algérie, dans un climat quasi insurrectionnel (grève générale et manifestation pro-Algérie française) entretenu, notamment par le Front de l’Algérie française (FAF), les manifestants pacifiques algériens avaient fermement
rejeté le credo de «Algérie française» et scandaient : «Vive l’Algérie» ; «Algérie algérienne» ; «Algérie musulmane» ; «Vive Ferhat Abbas».
Cent trois martyrs et des centaines de blessés seront dénombrés parmi les manifestants, sauvagement réprimés par les forces coloniales.

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Couverts par toute la presse internationale, les événements du 11 Décembre 1960 ont eu un écho considérable et constituent, d’après Daho Djerbal, historien et directeur de la revue Naqd, un «tournant historique» pour l’Algérie et confirmaient la crédibilité du FLN et de l’ALN comme uniques «représentants» légitimes de la nation et du peuple algérien. L’explosion populaire, spontanée à ses débuts avant qu’elle ne soit encadrée par le FLN, a aussi contribué au sauvetage de la Révolution minée par les divisions, asphyxiée par la politique du général de Gaulle, prônant d’un côté la «paix des braves» et de l’autre l’intensification des grandes opérations militaires dans les maquis. Une bouffée d’oxygène pour le mouvement de résistance algérien qui vivait, en ces temps-là, ses heures les plus incertaines et les plus sombres. «Sur le plan intérieur, les troupes françaises étaient partout, particulièrement dans les montagnes, emplacement de l’Armée de libération nationale affaiblie par le plan Challe (série de grandes opérations menées par l’armée française de 1959 à 1961, ndlr). L’armée française avait donc repris le contrôle des maquis et avait une position dominante. Les manifestations ont obligé l’état-major français à décider de contrôler les villes, devenues une menace. Ce qui a redonné vie à l’ALN et lui a redonné des forces» (interview de Daho Djerbal in El Watan Week-end du 10 décembre 2010).
Presque deux mois après cette prodigieuse mobilisation des masses algériennes, le 8 février 1961, tombe le verdict du référendum pour l’autodétermination, largement en faveur de l’option d’indépendance portée de bout en bout par un «seul héros, le peuple». (El Watan-11.12.2010.)  

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**Point de vue….

11 Décembre 1960

Tout autant que le 8 Mai 1945, le 1er Novembre 1954, le 20 Août 1955, le 17 Octobre 1961 ou le 5 Juillet 1962, il nous faut évoquer le 11 Décembre 1960, événement majeur de notre passé. Outre le risque d’amnésie, la commémoration contribue à se forger une conscience nationale. 11 décembre 1960, une journée pas comme les autres. De partout, fusent les slogans : «Algérie algérienne !», «Non à de Gaulle !», «ALN, FLN vaincront !»… D’Oran, d’Alger, de Constantine comme de toutes les villes d’Algérie, des voix s’élèvent,  soutenues par des youyous stridents de milliers de femmes, brandissant vers le ciel et à la face du monde les couleurs interdites, vert, blanc, rouge qui éclairent l’étoile et le croissant.
Quarante-huit années après les événements, même si beaucoup d’encre a été versée à propos des événements de Décembre 1960, on ne dira jamais assez, à la jeune génération le sacrifice de ces centaines de milliers de femmes, d’hommes, de vieillards et de jeunes, à peine sortis de l’adolescence, prêts à mourir afin que leur pays recouvre son indépendance. C’était il y a cinquante ans. Un peuple décidé déferlait dans les rues, criant son ras-le-bol. Avec un héroïsme jamais égalé, sans arme, poitrines nues et poings tendus, des centaines de milliers de jeunes, aux premiers rangs des cortèges et des barricades avaient osé affronter les hordes fascistes et xénophobes qui pointaient leurs armes en leur direction. Combien, malheureusement, tomberont en ces tristes journées de décembre 1960, sous les balles des ultras et des militaires armés jusqu’aux dents ? Combien en garderont des séquelles indélébiles ? Comment oublier ces corps lacérés, ces victimes lynchées et ces enfants massacrés qui n’ont pas eu la chance de voir leur pays libéré du joug colonial ? De part et d’autre de la Méditerranée, ils étaient nombreux ? ces héros anonymes ? qui ont donné leur vie pour que l’Algérie puisse relever la tête. Les manifestations populaires de Décembre 1960 étaient-elles vraiment spontanées ? A ce jour, la question demeure ; Il y a ceux qui l’affirment, et donc attribuent au peuple algérien de «radicales impulsions» qui, spontanément, ont fait vaciller l’histoire. D’autres pensent ? au contraire, que loin d’être accidentel, le débordement dans la rue est la résultante d’un long processus de maturation. Qui a tort, qui a raison ? Ceux qui avancent l’hypothèse de la spontanéité font mine d’ignorer l’intensification des événements dramatiques, dès 1958, et le travail de sape psychologique méthodique de la France ultra gaullienne «pro-Algérie française» qui, à partir de la métropole, donnait des gages aux fascistes de l’Organisation armée secrète, allant jusqu’à leur lancer du haut du Palais du gouvernement d’Alger le fameux : «Je vous ai compris !»
Des années durant, le peuple algérien exsangue, martyrisé et humilié, accumulait les rancœurs tout en murmurant à voix basse : «Algérie algérienne !», «Algérie libre !», «Algérie indépendante !», jusqu’aux jours où tout a basculé, le 9 au soir, puis le 10 et enfin l’explosion généralisée du 11 décembre 1960 qui a servi de porte-voix aux revendications d’un peuple unanime. Victoire tactique pour le FLN-ALN et victoire stratégique pour le peuple algérien à travers la vox populi qui, encore une fois, a tenu à affirmer, à l’unanimité, sa ferme volonté de mener le combat jusqu’à la victoire finale. Encore une fois, par centaines, des Algériens anonymes tombaient au champ d’honneur en revendiquant la liberté pour leur pays. Ces martyrs de l’indépendance n’attendaient rien en retour, ni galon de soie, ni prime au sacrifice, ni rue à leur nom, ni reconnaissance officielle. Les jeunes d’aujourd’hui doivent se souvenir de cet héroïsme au quotidien des véritables héros d’hier. Raviver le «devoir de mémoire», quelle noble attitude !

Mais si le devoir de mémoire est important, il arrive parfois qu’il imprime à la mémoire des directions préméditées ? surtout lorsqu’il est confondu avec le «devoir d’histoire». Ce dernier est essentiel. Si le devoir de mémoire est individuel (avec toutes les difficultés de se déprendre des passions), le devoir d’histoire, par contre, est scientifique et procède à l’examen critique en ne se confrontant pas seulement aux souvenirs, mais en tenant compte également des sources écrites et audiovisuelles. Ce matériau d’histoire, avec ses armes scientifiques, est nécessaire aujourd’hui car tout travail qui substitue l’histoire aux souvenirs doit impérativement reposer sur une solide documentation et sur des données vérifiées. Un peuple résolu à sortir du joug colonial a pris d’assaut la rue. Les journées de décembre 1960 ont remis les pendules à l’heure. Le gouvernement français et l’opinion publique mondiale étaient, encore une fois, bien obligés de se rendre à l’évidence. Il n’était plus question de «fellagas», de «rebelles» ou de «hors-la-loi» mais d’un peuple unanime et résolu à affronter le joug colonial.
Loin d’être tout à fait spontanées, les manifestations populaires du 11 décembre 1960 n’étaient pas non plus la résultante d’une longue maturation. Tout un chacun savait qu’un jour ou l’autre, les exactions quotidiennes de l’armée française et des colons, alliées au sinistre travail diplomatique qui faisait croire au monde que de Dunkerque à Tamanrasset, la France était une et indivisible, aboutiraient à l’explosion généralisée. Les manifestations populaires massives étaient une réaction contre les opérations sanglantes de ratissages militaires dans les villages et les montagnes, contre les agressions caractérisées dans les villes où tout «musulman» était considéré comme coupable contre les colons qui usaient impunément de violence et procédaient à des liquidations physiques, faisant fi des lois internationales et des droits civiques des citoyens.

Les manifestations du 11 décembre 1960 demeurent l’un des événements les plus marquants de l’histoire de la lutte héroïque du peuple algérien contre les forces d’occupation qui, des décennies durant, ont œuvré à son anéantissement physique et moral. Elles doivent être inscrites comme l’une des pages les plus glorieuses de notre lutte de libération nationale. Par cette levée de boucliers massive, le peuple algérien a non seulement voulu défendre sa dignité bafouée, mais a voulu aussi dévoiler au monde ses aspirations à la liberté et à l’indépendance. Les marches populaires de décembre ont permis à la Révolution algérienne de devenir encore plus visible qu’elle ne l’était au-delà des frontières. Elles ont également contribué à mettre en exergue l’origine populaire de notre révolution. Nous nous devons de célébrer cet anniversaire et de nous recueillir à la mémoire des martyrs. Mais au-delà du cérémonial de circonstance et des gerbes de fleurs déposées sur les carrés des martyrs, il faut laisser des traces de notre histoire à la génération montante. Que restera-t-il de la résistance, de l’héroïsme et des sacrifices de nos aînés si on se limite au recueillement et aux commémorations ? Pour réveiller et entretenir le souvenir, il faut des écrits, des films et des pièces de théâtre. Pour l’enraciner dans la mémoire, il faut faire face à l’histoire.(El Watan-11.12.2010.) Par Mohamed Bensalah

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***11 décembre 1960 : le peuple algérien a dit non au colonialisme

Les manifestations populaires de décembre 1960, totalement spontanées,  sont intervenues pour contrecarrer le travail  psychologique déployé par l’administration coloniale. Ces manifestations qui se sont déclenchées à Alger, ont gagné ensuite la plupart des villes et régions du pays.Toute la population, enfants, femmes, vieillards ont pris part à cette très grande démonstration du peuple algérien refusant la colonisation, une réaction populaire massive contre les opérations de ratissage militaires dans les villages et les montagnes, les actes d’oppression et les colons qui usaient
impunément de violence et procédaient à la liquidation physique des citoyens faisant fi des lois internationales et des droits civiques. Les manifestants ont prouvé que ni la force ni les récompenses ne peuvent venir à bout des
aspirations du peuple algérien à la liberté et l’indépendance. Encore une fois, le peuple algérien célèbre une page historique de sa lutte contre le colonialisme français. En effet, le 11 décembre 1960 adultes et enfants dans une
mobilisation massive sont sortis dans la rue pour crier leur refus du colonialisme, leur  fierté d’être algériens. Des élèves entre 10 et 15 ans ont abandonné leur esprit juvénile pour rejoindre les manifestations  pacifiques et répondre aux déclarations du général de Gaulle que l’Algérie n’est pas française et ne l’a jamais été. En ce jour là, lesAlgériens se sont mobilisés pour crier leur colère et leur révolte. Ces manifestations populaires ont montré la force de la révolution algérienne, son authenticité populaire  et l’adhésion du peuple tout entier. Elles mirent en relief la dimension populaire de la Révolution menée sous la direction du FLN et de l’ALN et l’importance de la mobilisation à l’égard des événements nationaux majeurs. Déjà, la veille des milliers d’Algériens sont présents au quartier de Belcourt. La masse de personnes de tous âges, arborant des drapeaux du FLN, se rassemble dans la rue de Lyon. Des
fenêtres des coups de feu sont tirés. Deux Algériens et un enfant tombent mortellement frappés ; un français venait de tirer de son balcon. Les jeunes formés en plusieurs groupes déployèrent rapidement des drapeaux vert et blanc du
FLN, avancèrent aux cris de « l’Algérie musulmane », « Lagaillarde au poteau ». A 18 heures, plusieurs milliers d’Algériens, drapeau FLN en tête, descendent du Clos Salambier par le ravin de la Femme Sauvage avec en tête du cortège des femmes poussant des youyous et scandant  » Algérie algérienne ». Pris de panique, des forces militaires considérables (chars automitrailleuses, camions chargés de gendarmes mobiles) descendent des hauteurs d’Alger vers Belcourt et le Ruisseau. Des heurts se sont produits entre musulmans et européens du côté des halles centrales, du Jardin d’Essai, du Monoprix. Les manifestants de plus en plus nombreux avancent. Pendant plus d’une demi-heure, gendarmes et manifestants restent face à face. Dimanche 11 décembre 1960, les manifestations reprennent à
Belcourt. Elles sont cette fois-ci le fait de jeunes armés de gourdins. Ceux-ci abordent des drapeaux verts et blanc du FLN. A 10 heures, plus de 15.000 manifestants sont massés dans les rues de la basse Casbah. Durant trois jours, les Algériens ont hurlé leur ras-le-bol criant leur soif de liberté. Beaucoup d’enfants et d’adolescents ont été tués par les parachutistes et les Pieds-noirs qui ont montré leur haine de l’Algérien. Aujourd’hui, quarante-huit ans après ces  manifestants, l’Algérie n’a d’autres choix que l’unité d’adhésion de tous autour des grandes questions nationales de l’heure  et leur résolution à travers les réformes économiques et politiques initiées par le chef de l’Etat. C’est là, l’esprit de la commémoration du 48e anniversaire des manifestations populaires du  11 décembre 1960, avec toutes ses dimensions et ses significations car ces manifestations étaient et demeurent l’un des événements les plus marquants de l’histoire de la lutte héroïque du peuple algérien qui a montré toute son unité tant la révolution de novembre 54 était un affrontement violent entre le peuple et les forces d’occupation qui ont œuvré à anéantir la « volonté du peuple algérien » et à « saper ses composantes matérielles et morales ».  Les manifestations du 11 décembre 1960 étaient une partie de cet affrontement, et un coup dur pour la stratégie »  et les « plans d’invasion » qui visaient l’anéantissement des forces militaires et morales de la Révolution algérienne afin de liquider l’ALN et le FLN et de briser le moral du peuple.* Ahmed Saber- lemaghrebdz. 09.12.2012.

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Les manifestations populaires du 11 décembre 1960, ont été commémurées par l’émission d’un timbre émis le 11 décembre 1990 et dessiné par KamarEddine Krim.

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TÉMOIGNAGE SUR LES JOURNÉES DE DÉCEMBRE 1960 À ORAN

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*Tableau: David Alfaro Siqueiros : Lutte pour l’émancipation

Le samedi 10 décembre 1960, j’arrivai, par la micheline de l’après-midi, dans mon village pour y passer ce qui restait de week-end. Le petit train ralliait Rio-Salado-El-Malah à partir d’Oran en une heure exactement et il était d’une ponctualité jamais prise en défaut. J’étais alors élève en terminale philo au lycée Lamoricière (que j’orthographiais La mort ici erre) d’Oran. Dans ma classe, la philo 1, -52 élèves-, je représentais la moitié des effectifs arabes à moi seul. Mais l’itinéraire de la maison au lycée -situé en ville européenne évidemment- devenant toujours plus périlleux à cause des ratonnades et Monsieur Vié le sage, notre prof de philo, ne tolérant pas plus de cinq fautes d’orthographe dans une dissertation (auquel cas l’impétrant se voyait gratifier d’un zéro, avec commentaire public et meurtrier), l’effectif arabe fut décimé puisque mon congénère jeta l’éponge à mi-parcours. Je demeurais donc le seul Arabe au poste.

Au village, l’atmosphère me sembla inhabituelle. Un je ne sais quoi flottait dans l’air ; les Européens qui faisaient le boulevard sur la magnifique place, un grand quadrilatère ceinturé par une double rangée de palmiers, m’apparaissaient, à tort ou à raison, graves et silencieux, eux d’ordinaire si exubérants et volubiles. Le soir, j’appris que, durant la matinée d’hier, le général De Gaulle avait fait une visite au chef lieu d’arrondissement, la ville de ’Aïn-Témouchent distante de douze km de notre village, et qu’il y avait eu des manifestations d’Européens, hostiles au chef de l’État qui criaient « Algérie française », et des contre-manifestations d’Arabes dont le mot d’ordre était « Algérie algérienne ».

Je fus stupéfait d’entendre cela. Je ne pouvais pas imaginer, fût-ce l’espace d’une fraction de seconde, que des Arabes pussent manifester dans les rues. Notre région, la plaine d’Oran à Tlemcen (le pays des Béni-Amer), était un fief de la grosse colonisation européenne (cf. l’article “Une archéologie du raï,” dans ce même blog). À l’instar d’Oran, de nombreux villages, dont le nôtre, comptaient ainsi plus d’Européens que d’Arabes. Les Arabes n’avaient donc qu’à bien se tenir. Je pouvais d’autant moins imaginer la chose que j’avais -j’ai toujours- en mémoire les terribles répressions qui s’étaient abattues sur mon douar en 1954 puis en 1956, emportant de nombreux membres de ma famille. Les visions d’horreur avaient provoqué en moi un traumatisme qui s’était traduit par des crises de somnambulisme et une angoisse jamais surmontée depuis.

En effet, malgré le rapport de force extrêmement déséquilibré et une géographie de plaines aux riantes cultures, notre village et notre douar, participèrent à l’insurrection du 1er novembre 54. Incroyable ? Non. Notre douar et notre village avaient de qui tenir : les Béni-Amer n’avaient jamais cessé de combattre les Ottomans. Puis ils se dressèrent contre les Français sous la conduite de l’émir Abdelkader. Épopée tragique dont la mémoire collective gardait certainement les traces.
Ce fut mon père qui m’apprit la nouvelle de ce qui deviendra, pour l’histoire, l’Insurrection du 1er novembre 54 et qui n’était pour l’heure que des attentats assez insignifiants. Ce fut par un samedi après-midi, quand il vint me « sortir » du lycée pour le week-end. J’étais entré en sixième, au lycée Lamoricière, en octobre 1954, sous le régime de l’internat. (J’avais pour « pion » d’internat Ahmed Médeghri, récent bachelier math’élem et futur ministre de l’Intérieur de l’État algérien indépendant). L’internat fut un supplice pour moi. Jeté dans la grande ville, dans un milieu presque complètement européen -et Européen plutôt rupin-, moi qui ne trouvais déjà pas mes repères dans le village où nous avions emménagé en 1949, laissant mes deux sœurs mariées au douar Messaada. Le changement de résidence, du douar au village, fut un crève cœur pour moi, non seulement parce qu’il fallait dire adieu à la délicieuse liberté de gambader à travers champs du matin au soir, mais parce qu’il fallait encore quitter mes sœurs bien-aimées, surtout l’aînée qui était ma deuxième mère.

Mon père, déjà atteint par la maladie qui allait l’emporter six mois plus tard, à 50 ans, était abattu. Nous faisions route vers le village dans sa Citroën ; il m’avait acheté un sachet de bonbons à la gomme du Prisunic. Il m’apprit que H’med -le mari de ma sœur aînée- avait été arrêté et que Kada -l’horloger du village-, un parent de mon père, avait été tué par les gendarmes. Un de nos cousins de la branche maternelle, un militant du MTLD qui n’avait rien à voir avec les attentats, avait été tué, lui, à l’intérieur des locaux de la brigade de gendarmerie par un colon milicien qui lui défonça le crâne à coups de manche de pioche. Sous le regard des gendarmes et dans leurs locaux. Je n’avais jamais vu mon père à ce point accablé. Je me suis alors rappelé une discussion qu’il avait eue avec Kada dans le minuscule coin atelier que l’horloger avait aménagé dans son appartement d’une pièce.

Mon père : « Tu veux faire la guerre à la France avec ton 6,35 ? » – Kada, sur le même ton et s’adressant à moi : « Ton père est encore impressionné par la puissance militaire de la France ». Mon père, mobilisé, venait de rentrer de la guerre mondiale. (À son retour, les gendarmes étaient venus l’arrêter ; il passa quelques jours dans les geôles de la brigade de Lourmel-El Amria. Les gendarmes dirent que c’était pour le protéger des milices ultras qui entendaient prolonger ici les massacres du 08 mai 45). Mon père était badissi (tout notre douar était acquis à l’enseignement du cheikh Benbadis), très proche du PCA, et avait été un ouvrier syndiqué à la CGT. C’est dire qu’il voyait les choses avec les nuances de la politique. Kada, lui, était un P.P.A. pur et dur ; il ne rêvait que d’en découdre avec « la France ». Je me souviens très bien du soupir triste mais éloquent de mon père : « Tu ne sais pas de quoi ils sont capables ». Peut-être pensait-il, lui aussi, à cette discussion ce samedi-là, sur la route du village, car il me dit : « Ça va être terrible, mon fils. »

Le 1er novembre, Kada avait légèrement blessé un garde champêtre avec son 6,35 ; les gendarmes lui avaient donné la chasse et l’avaient tué. Mon beau-frère, le mari de ma sœur aînée, quant à lui, faisait partie d’un groupe qui devait attaquer une caserne à Saint-Maur-Tamezougha, la nuit du 1er novembre 54. En cours de route, les hommes s’aperçurent que les munitions que le responsable leur avait distribuées à la dernière minute, n’étaient pas les bonnes. Ils rebroussèrent chemin. (Le responsable en question était Abdelhafid Boussouf qui, recherché depuis le démantèlement de l’O.S., l’Organisation spéciale, en 1949, se planquait du côté de Lourmel-El-Amria, à une quinzaine de km de chez nous. Hocine Aït Ahmed, lui, s’était planqué encore plus près, à Er-Rahel-Hassi-El-Ghella, à 7 km de là, avant de rejoindre Le Caire). Quant aux armes et munitions, elles provenaient du lot que Mostfa Benboulaïd avait récupéré en Libye, dans les stocks abandonnés par l’Afrika Korps de Rommel. Quand les gendarmes se présentèrent chez lui, mon beau-frère travaillait dans son champ. « Où est le fusil ? ». Mon père lui constitua un avocat. Ce qui n’empêcha pas les gendarmes de le torturer en lui cassant toutes ses dents avant de l’envoyer en prison pour vingt ans. Il a eu, malgré tout, de la chance : quelques mois plus tard, il aurait été abattu sur place, sans autre forme de procès.

Encore mon père ne vit-il pas les indicibles années 56 et 57. Pour l’attaque des fermes de colons, les Arabes du douar payèrent en vies humaines le centuple de ce que les saboteurs avaient infligé aux seuls cultures (des pieds de vigne arrachés) et matériel (des granges incendiées et des poteaux télégraphiques sciés). Le douar fut détruit par dynamitage des maisons -celle de ma sœur cadette dont le mari avait pris le maquis où il perdit la vie avait volé en éclats-, la zone déclarée interdite et les habitants, du moins ce qu’il en restait, déportés dans un centre de regroupement, le « village nègre » de Rio-Salado.

Mon père ne vit pas la sœur de ma mère perdre dans la même journée deux de ses garçons pendant que le troisième, trop jeune, était emporté par les soudards du DOP pour leur servir d’esclave. Ma tante en perdit la raison. Mon père ne vit pas non plus son très cher cousin germain à qui il nous confia sur son lit de mort, disparaître à tout jamais avec son jeune frère dans l’archipel des DOP -les dispositifs opérationnels de protection, centres de torture et d’exécutions sommaires. Ce fut cet oncle, qui était par ailleurs l’un des responsables du FLN local, qui s’opposa à ce que je fasse la grève des cours de mai 1956, la stupide et injustifiable grève que j’aurais néanmoins bien voulu faire pour ne plus retourner en internat. Cet oncle disparut sans avoir réussi à châtier le milicien colon qui avait assassiné notre cousin maternel dans la brigade de gendarmerie : la bombe déposée sur la fenêtre de la chambre à coucher du milicien fit long feu.

Le DOP du village acquit très vite une réputation terrorisante à travers la région. Là étaient les limbes de l’enfer. Là officiait un lieutenant avec son commando de supplétifs arabes. Le seul nom du lieutenant faisait trembler les hommes les plus endurcis. C’était un monstre froid, capable de toutes les ignominies comme de tuer un homme dans le seul but de profaner ensuite la femme de la victime, sans craindre le regard de ses enfants. Notre village n’a jamais trouvé les mots pour dire le monstre et ses sacrilèges inouïs, et se tait depuis lors.

Ma sœur aînée me disait que notre père était aimé de Dieu qui l’avait rappelé à lui pour lui épargner toute cette horreur. Je ne pouvais pas la croire, étant -enfant déjà- radicalement indifférent à la religion. Ma sœur était membre du Nidham (le FLN). J’en ai eu la conviction en ces jours de novembre 1954, quand je suis allée lui rendre visite chez elle, au douar Messaada. Elle avait vingt ans de plus que moi et c’est elle qui m’a élevé. Elle me demanda, ce jour-là, de l’accompagner au puits. Là, au fond d’un vallon, au pied d’un immense caroubier, dans son ombre propice, là précisément où elle m’emmenait, à peine enfant, jouer dans le ruisselet pendant qu’elle puisait l’eau, un homme attendait ; il était revêtu d’un treillis militaire. Il me prit dans ses bras, m’embrassa ; je le connaissais bien ; c’était un gars de notre douar ; il avait échappé aux arrestations qui avaient suivi le 1er novembre et était maintenant dans l’armée de libération nationale. Lui et ma sœur eurent un conciliabule de plusieurs minutes. Je ne devais plus jamais revoir cet homme si attachant, si spontané ; il tombera parmi les premiers.

Dimanche 11 décembre
Les manifestations gagnèrent Alger. Je n’en saisirai l’ampleur que le lendemain. Ce dimanche soir, je rentrai à Oran par le dernier autocar des TRCFA. L’avantage, c’est que le car observait un arrêt à hauteur du cinéma Rex, dans le quartier de Saint-Antoine. J’habitais avec ma tante tout près de là ; j’éviterais ainsi la gare SNCF, située, elle, en plein plateau Saint-Michel, un quartier dangereux pour les Arabes (et qui deviendra, en effet, l’un des bastions de l’OAS).

Lundi 12 décembre,
Je débouchai sur le haut du boulevard Galliéni à 7H30, comme à mon habitude car je sortais tôt pour éviter les mauvaises rencontres. De là, on avait une vue plongeante sur l’entrée principale du lycée. Une masse noire d’élèves était attroupée devant les grilles. Ce n’était pas normal ; à cette heure-ci, d’habitude, il n’y avait que peu de monde. Je m’approchai prudemment, restant toutefois à bonne distance, près de la brasserie le Cintra. Les élèves discutaient de manière véhémente et s’interpellaient à haute voix. Je me dis que c’étaient là, à n’en pas douter, les prolégomènes d’une manifestation : les élèves européens allaient installer un piquet de grève devant le portail, empêcher leurs camarades d’entrer et les entraîner vers le forum d’Oran, la Place des Victoires (que les Arabes de la médina appelaient “La place des histoires” car c’était toujours là, en effet, que les mauvaises histoires commençaient). L’itinéraire était toujours le même : rue de la Vieille Mosquée puis bifurcation à droite par l’avenue Loubet qui ouvrait sur la place par l’une de ses extrémités et sur le monument aux morts par l’autre bout. Et, après avoir vociféré pendant des heures et applaudi les orateurs ultras qui se succédaient au balcon de l’immeuble de la pharmacie, on allait déposer une gerbe au monument aux morts en chantant « C’est nous les Africains… ». Ordonnancement immuable des manifestations européennes depuis les journées des barricades algéroises, en janvier de cette année. Il va de soi que nul Arabe n’avait intérêt à se trouver dans le voisinage de cet itinéraire au moment des processions.

J’attendais donc en me faisant aussi invisible que possible que les élèves lèvent le siège quand je vis venir vers moi un camarade arabe du lycée. Malek Eddine Kateb était passé à côté des élèves européens, les toisant avec sa superbe naturelle. Les matamores européens du lycée –il y en avait quelques-uns-, le craignaient. C’est que Malek n’était pas du tout venant arabe : c’était le fils d’un commissaire de police d’Oran, doublé d’un footballeur à la carrure de déménageur et à l’excellent jeu de tête ; son front bombé et large catapultait les ballons avec une force rare. Nous nous connaissions depuis la sixième bien que nous ne fussions pas dans la même classe : c’était le cours de langue vivante qui nous réunissait -nous étions une poignée, dont quelques Européens, à faire de l’arabe classique en première langue. Sûrement apitoyé par mon gabarit de passe-lacet et ma petite taille, Malek me répétait : « Si quelqu’un te cherche noise, tu m’appelles ! ». Je n’eus pas à le faire car je vivais en paix avec tout le monde et, de plus, j’aurais trop craint pour l’éventuel chercheur de noise : un coup de boule de Malek, c’était l’infirmerie assurée et de nombreux points de suture à la clé.

-Tu as vu ce qui s’est passé hier à Alger ? me dit-il en m’entraînant vers le haut du boulevard.
- Oui.
- Tu as vu qu’il y a eu une centaine de morts ?
- Oui.
- Mais les gens n’ont pas reculé ! Aujourd’hui, c’est le tour d’Oran ! On va en Ville-Nouvelle !

Chemin faisant, je réfléchissais : si les manifestants arabes avaient pu s’exprimer c’est qu’ils allaient clairement dans le sens de la stratégie gaullienne qui poussait à l’affirmation de « la personnalité algérienne » afin d’isoler « l’Algérie de papa », celle des colons ultras. (J’entendrai, plus tard, dire que le maire de ’Aïn-Témouchent, M. Orséro, avait poussé dans ce sens, incitant les employés arabes de la commune à ne pas se laisser impressionner par les ultras et à manifester leur soutien à la ligne du général De Gaulle.)

Aujourd’hui, avec le recul, je sais qu’il y a eu de cela, que même des officiers des sections administratives spécialisés (SAS) ont poussé dans cette direction. Qu’à l’inverse, les ennemis de la ligne gaullienne étaient derrière la dure répression qui a frappé les manifestants. Mais je suis très sceptique face aux allégations de ceux qui prétendent que le FLN a été derrière ces manifestations. Le FLN n’a jamais témoigné d’une culture politique de cette nature : mener un travail de masse, d’éducation et de conviction auprès des gens, privilégier l’action collective, ne faisait pas partie de son répertoire simpliste sanctifiant la lutte armée. Le PCA le lui a reproché à maintes reprises durant la guerre. Le FLN n’a jamais eu qu’un rapport instrumental aux masses. Qu’il ait tenté de profiter du mouvement en ce sens est plausible, mais seulement en ce sens.

En chemin, Malek m’avait quitté en arborant un air mystérieux ; il m’avait fixé rendez-vous près du kiosque de l’esplanade centrale de la Ville-Nouvelle -la Tahtaha. Arrivé sur la place, je ne vis rien que de très habituel : les gens vaquaient à leurs occupations. J’étais très déçu, frustré. Au bout de quelques dizaines de minute d’attente, je vis une femme voilée se diriger vers moi. À dire vrai, je la trouvai un peu trop grande et trop forte pour une femme ; elle s’arrêta à ma hauteur, leva la voilette qui lui masquait le bas du visage. – « On va y aller ! Tiens-toi prêt ! ». C’était Malek. Je m’aperçus alors que des jeunes gens -une vingtaine peut-être- s’étaient rassemblés près du kiosque ; sans doute Malek leur avait-il fixé rendez-vous là ? Notre petit attroupement se mit alors à grossir au fil des minutes, par effet grégaire mécanique, phénomène que tout un chacun a pu observer dans la vie courante : il suffit que quatre à cinq personnes s’agglutinent autour de quoi que ce soit pour que le groupe grossisse à vue d’œil.

En l’occurrence cependant, il y avait un autre facteur qui jouait et qui était comme palpable, celui de l’attente. Tout le monde attendait qu’il se passe quelque chose après les manifestations d’Alger, la veille, qui eurent un énorme retentissement. Et de fait. Sans crier gare, quelqu’un du groupe hurla : « Tahia El Djazaïr ! ». Comme un seul homme, nous reprîmes son cri : « Tahia El Djazaïr », et nous nous mîmes spontanément en marche dans l’esplanade. Il n’y avait ni meneur, ni chef, juste un groupe de jeunes gens qui allait devenir une marée humaine. Comment ?

Je serais incapable de le dire. Je me suis retrouvé, sans que je l’aie voulu, dans la rangée de tête de la marche et je ne savais pas ce qui se passait derrière moi car j’étais dans une espèce d’ivresse, le sentiment diffus que je n’existais plus en tant que personne mais en tant qu’infime partout d’un tout articulé, vivant. Jamais auparavant je n’avais éprouvé rien de semblable. Je n’ai plus souvenir que du moment où je me suis retourné et j’ai vu la place noire de monde ; et tout ce monde criait : « Tahia El Djazaïr » ; et les rues adjacentes à la tahtaha étaient également noires de monde. C’était incroyable. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, des milliers de personnes s’étaient rassemblées et criaient à la ville et au monde leur volonté de vivre libres et dignes. Car le seul slogan répété à l’infini était ce Tahia El Djazaïr ! qui voulait dire : L’Algérie libre vivra ! C’était bien d’un hymne à la liberté et à la dignité que des milliers de gens à la poitrine et aux mains nues avaient chargé ce simple slogan.

Déjà, les CRS se déployaient à l’extrémité de l’esplanade, sur la place Roux, et venaient à notre rencontre. Nous avons continué à avancer, nullement intimidés. Les premières grenades lacrymogènes qui explosèrent à nos pieds ne nous firent pas reculer ; au contraire, ce sont les CRS qui, sous notre poussée pacifique, reculèrent jusqu’à la place Roux. Là, ils se contentèrent de tenir la place qui était l’une des portes de la médina en nous abandonnant la Tahtaha. Il est raisonnable de penser que le service d’ordre ne s’attendait pas à une manifestation de cette envergure. Les sphères dirigeantes ont sûrement commencé à s’inquiéter quand les Européens se mirent de la partie. En effet, depuis le boulevard Paul Doumer -qui sépare la médina du plateau Saint-Michel- parvenait maintenant l’écho d’un cri bien connu : « Algérie française ! ». La foule arabe, comme un seul homme, se rua alors dans les ruelles menant au dit boulevard où une masse d’Européens défilait. Les soldats du contingent arrivèrent à la rescousse et continrent les manifestants arabes dans le réduit de la médina en fermant les accès encore libres avec du barbelé. La première journée vit donc les manifestants maîtres de la Ville-Nouvelle. À la nuit tombée, et à l’approche du couvre-feu, je rentrai chez moi, fourbu et aphone.

Le lendemain, je sortis à mon heure habituelle, non sans avoir emporté mon cahier de philo -un classeur- pour donner le change à ma tante (qui ne devait pas être si dupe que cela vu les sons rauques que j’émettais en guise de voix), et je me dirigeai droit vers la Tahtaha. Bis repetita, la journée fut une copie conforme de la première. Ainsi passèrent les quatre premiers jours de manifestations dans la Ville-Nouvelle. Au cinquième, tout changea. Arrivé sur l’esplanade, je vis qu’elle était occupée par des Bérets verts. Des fusiliers marins et des gardes mobiles se tenaient dans les rues adjacentes et aux différents carrefours. Un dispositif pensé pour empêcher tout départ de manifestation. Nous tentâmes un premier rassemblement ; les Bérets verts nous chargèrent avec leur brutalité naturelle. Ce fut, dès lors, le jeu du chat et de la souris dans les rues de la médina : petits groupes mobiles de manifestants pourchassés par les parachutistes. Vers 15h, un jet de lance à incendie propulsa une toute jeune fille sur moi et je me suis retrouvé les quatre fers en l’air, entouré de marsouins. Mains derrière le dos, je fus conduit sur l’esplanade centrale. Là, nous étions déjà quelques-uns à avoir été capturés, assis en tailleur, les mains sur la tête, sous la surveillance de Bérets verts. Le nombre de prisonniers grossissait au fil des minutes et bientôt une bonne partie de la place fut occupée. À 17H, on nous embarqua dans des camions en direction du stade Magenta. Là, nous fûmes parqués sur le terrain de football.

Je connaissais bien ce stade qui faisait partie du complexe militaire appelé Camp Saint-Philippe. Il était situé à deux cents mètres de chez moi, derrière le cinéma Rex. C’est là que le lycée nous faisait faire la préparation militaire, cette année même. Une parenthèse pour dire que l’internat et la préparation militaire, ajoutés à la vision de soudards en « opération » dans mon douar, firent définitivement de moi un antimilitariste viscéral : je me suis radicalement identifié, depuis l’année de seconde (1958-59), au héros d’Allons z’enfants d’Yves Gibeau.

Nous sommes restés là, des heures durant, à faire les cent pas, à bouger sans cesse car la température était tombée. Mes congénères témoignaient de beaucoup de sollicitude à mon égard parce que j’étais certainement le plus jeune, 17 ans. Ils me prodiguaient des encouragements. J’avais très froid car vêtu d’un léger blouson, de plus mouillé par le jet de canon à eau. Mais mon cahier de philo était sain et sauf et le cache-nez vert qui ne me quittait jamais, également. Mon père m’a toujours obligé à en porter pour protéger ma poitrine qu’il me frictionnait tous les soirs à l’essence de térébenthine : mon pauvre père ignorait que l’asthme n’a jamais capitulé devant la térébenthine.

À un moment, l’un d’entre nous, visiblement la mort dans l’âme, sortit de sous sa chemise un vieux numéro du magazine Paris Match et y mit le feu pour se réchauffer. Le poids des mots ni le choc des photos n’ont fait… le poids devant la froidure du mois de décembre. À 21H exactement, on vit les soldats installer une table devant les vestiaires. Un officier du contingent, un jeune aspirant à fines lunettes, y prit place ; on nous ordonna de nous mettre en rang devant l’entrée du terrain grillagé. La vérification d’identité allait commencer. Les premiers à passer devant l’aspirant furent emmenés ensuite vers les vestiaires par des parachutistes. Quand se fit entendre la musique assourdissante expectorée par les hauts-parleurs placés sur le toit desdits vestiaires, je me mis à trembler : le DOP de mon village diffusait à longueur de journée la musique destinée à couvrir les cris des suppliciés. Jamais plus je n’entendrai les rengaines de Gloria Lasso sans éprouver dégoût et terreur.

Quelqu’un dans la file disait que les paras avaient des listes, qu’il y avait des traîtres parmi les manifestants, que ceux qui seraient reconnus seraient acheminés vers le centre de triage des arènes, etc. Je n’en menais pas, large.

- N’aie pas peur petit ! me souffla celui qui était à côté de moi. Montre que tu es un homme !
Certes, ce n’étaient que des mots. Mais quel effet roboratif ils eurent sur moi ! Je leur dus certainement de ne pas me présenter à l’aspirant en tremblant car  peur et  froid conjuguaient leurs effets et j’avais du mal à maîtriser les mouvements de mes genoux. Et ce fut mon tour.

-Carte d’identité ! dit l’aspirant.
J’ouvris mon blouson pour sortir ma carte de ma poche intérieure. – Qu’est-ce c’est que ça ? s’écria l’officier.
Sous ma chemise, une protubérance avait fait sursauter l’aspirant. A-t-il cru qu’il s’agissait de la crosse d’une arme à feu ? – C’est mon cahier de philo.
L’officier me considéra d’un drôle d’air. – Fais voir !

Il feuilleta longuement le classeur, ne fut pas sans remarquer le buste de femme, un nu fait de la main experte de mon voisin de table, Pierre Dorr, qui couvrait tout ce qui se trouvait à portée de sa main de bustes de nus, sans demander la permission à personne. L’officier me demanda en quelle section j’étais, dans quel lycée, etc. puis me dit : Rentre chez toi ! Je fis mouvement vers la sortie quand deux parachutistes accoururent vers l’officier en manifestant bruyamment leur désaccord avec sa décision. Je n’entendis que la réponse de l’aspirant :
- Il n’en est pas question ! Et se tournant vers moi, cria : Rentre chez toi !
Les « prisonniers », derrière le grillage, l’entendirent. Alors, ils se mirent à hurler à mon adresse :
- Ne sors pas ! Ils vont te tuer !
Il y eut un moment de confusion durant lequel je restai bras ballants, ne sachant que faire. L’aspirant se leva et se dirigea vers les prisonniers, leur demandant ce qui se passait. L’un d’eux prit la parole calmement ;
- Mon lieutenant, c’est le couvre-feu ; il ne peut pas sortir seul ; il va se faire tirer dessus.
L’officier ne répondit pas mais héla deux soldats du contingent :
- Prenez la Jeep et accompagnez-le chez lui ! Suis-les ! ajouta-t-il dans ma direction.
Je suivis les deux soldats en toute confiance. Je leur signalai que j’habitais tout près de là. Ils m’accompagnèrent à pied, sans déranger la Jeep.
Quand ma tante ouvrit la porte et qu’elle me vit entre deux soldats, elle eut un coup au cœur.

Le lundi suivant, je repris le chemin du lycée. Le hall d’entrée n’était pas assez spacieux pour contenir la masse des élèves qui se pressaient devant le bureau des absences. Le surveillant général arriva alors, faisant trembler le sol sous sa masse de pachyderme, les naseaux fumants. C’était ma bête noire car j’étais sa tête de Turc. Il hurla à l’adresse du pion qui délivrait les billets d’entrée :
- Pas besoin de billet. Envoyez-les tous en classe, sauf celui-ci, là. -Il s’agissait de moi- Mettez lui 8 heures de colle et renvoyez-le chez lui.
Une voix tonna alors derrière moi :
- Si vous le renvoyez, je demanderai le renvoi de tous vos protégés qui continuent leur grève des cours et qui n’ont rien à craindre, eux !
C’était M. Vié le sage, mon prof de philo, qui venait de fusiller l’amas de suif qui se retira tête basse et la queue entre les pattes.
- Allez en classe ! me lança mon prof.
Dans la salle, il n’y avait qu’une dizaine d’élèves ; les autres étaient dans la cour et refusaient de reprendre la classe. M. Vié le sage fit son cours normal devant un parterre réduit à sa plus simple expression. Comme l’on peut s’en douter, cet épisode n’arrangea pas mes affaires avec mes condisciples européens. La majorité m’ignorait -ou faisait semblant. Je n’avais pour copains que Pierre Dorr -fils d’un officier métropolitain de la gendarmerie mobile-, Saïman -Juif et gaulliste- et Joseph, catholique fervent.

Quand s’achèvera l’année scolaire sur un baccalauréat perturbé par les manifestations, je devrai la vie à un petit groupe de quatre personnes : Saïman, Pierre Dorr et deux jeunes filles européennes, élèves au lycée Stéphane Gsell et amies de Pierre. C’était au sortir de la dernière épreuve. Nous remontions la rue d’Arzew depuis le collège moderne de jeunes filles. À hauteur du bar Le Musset, je fus soudain encerclé par un groupe de jeunes en blouson noir. Ils tenaient des chaînes de vélo. « Alors, le bicot ! Comme ça, on présente le bac ? ». Je ne me souviens que de cette première phrase. Tout était devenu silence et obscurité autour de moi. Ai-je eu le temps de me représenter ce qui allait fatalement s’ensuivre ? Non. La main ferme de Saïman me tira du cercle de la mort ; les deux jeunes filles, Pierre et Saïman formèrent promptement un rempart autour de moi et me poussèrent de l’avant. Si incroyable que cela puisse paraître, les blousons noirs n’esquissèrent pas un geste. Quatre frêles jeunes gens et jeunes filles ont paralysé les ratonneurs avec pour seule arme leur grandeur d’âme.

Dixi et salvavi animam meam

Honneur à l’aspirant qui m’a sauvé de la Question en cette nuit glaciale de décembre 1960.

Honneur à mes condisciples Dorr et Saïman, ainsi qu’aux deux jeunes filles du lycée Stéphane Gsell, qui m’ont sauvé la vie en cette journée de juin 1961.

Honneur à mon prof de philo, M. Yves Vié le sage, pour l’ensemble de son œuvre.

Paix à l’âme de mon ami Malek.

*MESSAOUD BENYOUCEF. http://braniya.blogspot.fr/   le 6 décembre 2012

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14 réponses à “Les manifestations du 11 décembre 1960”

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