le Stanbrook ,dernier bateau de réfugiés espagnols à Oran en 1939

**A la veille de la seconde guerre mondiale, des dizaines de milliers d’Espagnols ont fui le régime franquiste qui s’installait pour plusieurs décennies. Quelques milliers d’entre eux ont débarqué en Algérie, notamment à Oran, entre mars et juin 1939. 

Stanbrook 1939

***La ville d’Oran avait accueilli, en mars 1939, le dernier bateau de réfugiés espagnols, le « Stanbrook » qui avait à son bord plus de 2.000 passagers. « Dans la nuit du 28 au 29 mars 1939, le vieux cargo « Stanbrook » évacua en Algérie sous occupation coloniale, les derniers républicains espagnols qui avaient embarqué pour fuir la guerre civile en Espagne». Des conditions inhumaines avaient été infligées par l’administration coloniale française aux exilés espagnols qui furent internés dans des camps insalubres plusieurs mois durant. Mais « la solidarité exemplaire manifestée par le peuple algérien à l’époque  avait été appréciée par ces réfugiés».  « la population algérienne s’était mobilisée dès l’arrivée des Espagnols, leur apportant vivres, eau et couvertures, alors que l’administration coloniale avait interdit le débarquement des réfugiés pendant plus d’un mois ». L’arrivée des réfugiés espagnols en Algérie avait fait l’objet d’une conférence animée le 3 mai dernier à l’Institut culturel Cervantès par l’historienne Eliane Ortega Bernabeu qui a affirmé avoir recensé une cinquantaine de camps d’internement en Algérie, dont cinq à Oran, où les exilés espagnols furent confinés par l’administration coloniale française. « Les républicains espagnols furent traités comme des prisonniers de guerre, alors que c’étaient des civils, hommes, femmes et enfants fuyant la guerre civile en Espagne » *cliquer ici: Solidarité et générosité algérienne

*Le Stanbrook sera donc le seul et le dernier bateau à quitter les côtes espagnoles avec une cargaison de Républicains sans destination précise. Nous étions des boat people d’une époque révolue. Le capitaine Dickson fit le plein et bien plus de cargaison humaine. Nous étions au total 3800 personnes

*Un groupe de 94 touristes espagnols a été accueilli, vendredi 30 mai 2014 au port d’Oran, pour un séjour entrant dans le cadre de la commémoration du 75ème anniversaire de l’arrivée des réfugiés espagnols en Algérie. Plusieurs activités culturelles sont inscrites au menu du programme de cette célébration qui se tient jusqu’à dimanche prochain dans différentes villes de la région Ouest du pays, ont précisé les organisateurs lors d’une conférence de presse. 

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Carte 1

***A la veille de la seconde guerre mondiale, des dizaines de milliers d’Espagnols ont fui le régime franquiste qui s’installait pour plusieurs décennies. Quelques milliers d’entre eux ont débarqué en Algérie entre mars et juin 1939. Dans quelles conditions sont-ils arrivés ? Comment ont-ils été accueillis par les immigrés espagnols des vagues précédentes dont un grand nombre avait bénéficié de la naturalisation française ? Comment les autorités françaises ont-elles fait face à cette arrivée et quelle a été l’influence de la seconde guerre mondiale sur la gestion de cette immigration forcée ? Quel rôle cette migration a-t-elle joué dans la poursuite des flux migratoires entre l’Algérie et l’Espagne ?

D’une manière plus générale ce travail traite de la gestion des flux migratoires en période de crise : une crise politique interne à l’Espagne se prolongeant en guerre civile et en une crise internationale qui allait aboutir à la seconde guerre mondiale. La première joue un rôle d’amplificateur des flux et la seconde a pesé sur les modalités de leur gestion.

En février 1936, une coalition des partis de gauche remporte les élections en Espagne et accède au pouvoir. Le gouvernement républicain qui en découle se heurte à l’opposition des courants politiques de droite et d’extrême droite. Une insurrection militaire dirigée par le général Franco plonge l’Espagne dans la guerre civile. En avril 1939, la guerre civile se termine par la défaite du camp républicain. Des centaines de milliers d’Espagnols sont contraints de quitter leur pays. Le nord du Maroc, sous domination espagnole, leur étant fermé, quelques milliers d’entre eux rejoignent la côte algérienne. Dès les mois de février et mars 1939, des télégrammes sont échangés entre le gouverneur général de l’Algérie (GGA), le général commandant la division d’Alger, les préfets et sous-préfets qui annoncent l’arrivée sur le territoire algérien de réfugiés espagnols (RFE). Ces émigrés espagnols utilisent différents moyens de transport pour arriver en Algérie : des petites embarcations de pêche, des chalutiers, des goélettes ; ils embarquent aussi sur des cargos de ligne qui transitent par l’Algérie . Dès le 31 mars 1939, une lettre du GGA au ministre de l’Intérieur l’informe que le total des réfugiés espagnols en Algérie s’élève à 5 100 personnes, auxquelles il faudrait ajouter un nombre indéterminé d’individus arrivés individuellement et hébergés par leurs famille. Parmi les premiers, 400 ont embarqué sur un pétrolier (le Campillo), 723 sur des bâtiments espagnols, 2 731 sur des bâtiments de commerce français ou anglais, 250 sur 9 petits chalutiers et plus de 413 sur 4 chalutiers de plus gros tonnage, etc.Au 10 juin 1939, les estimations du GGA sont de l’ordre de 5 300.(le département d’Oran compte 2 140 réfugiés espagnols : 1 840 dans les camps, les autres chez des particuliers ; le département d’Alger 3 160).Comme dans tout épisode de guerre civile, le flot de personnes contraintes de fuir leur pays n’est pas constitué que de miséreux : un grand nombre d’entre eux ont les moyens de vivre sans aide extérieure. Certains réfugiés possèdent de la monnaie espagnole mais aussi des devises étrangères (pesetas en billets, livres et dollars, de l’or et de l’argent). Les préfets demandent au GGA d’autoriser une banque à faire le change en monnaie locale.Le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs et le vice-président de l’Union syndicale d’Alicante sont arrivés à Béni-Saf à bord d’un chalutier ; à leur arrivée, ils avaient en leur possession la caisse socialiste espagnole (cotisations et dons des adhérents) avec 100 000 pesetas en billets.Parmi les réfugiés, s’il y a des riches et des pauvres, il y a aussi une grande diversité de catégories professionnelles et de niveaux d’instruction. La lettre du préfet d’Oran datée du 26 juillet 1939 donne la liste des réfugiés espagnols ayant des activités qualifiées d’intellectuelles.

Centre n°1 : 7 officiers, 2 médecins, 1 interne, 1 pharmacien, 3 avocats, 3 professeurs, 4 instituteurs, 3 ingénieurs, 3 journalistes, 1 écrivain, 1 étudiant, 2 fonctionnaires. Parmi les femmes, 3 sont institutrices, 4 étudiantes, 3 professeurs, 1 artiste et 1 fonctionnaire.

Centre n° 2 : 23 officiers, 12 ingénieurs, 25 agents de santé publique, 51 enseignants, 6 journalistes, 18 fonctionnaires de justice, 64 ont des professions diverses.

Dans le camp Morand (Médéa) où ont été regroupés les membres de l’armée républicaine, sur la liste nominative sont mentionnés le grade et la profession antérieure à l’intégration dans l’armée. La majorité des soldats, officiers et sous-officiers étaient des agriculteurs ou des ouvriers de l’industrie. Il y avait parmi eux 3 médecins, 4 pharmaciens, 7 avocats, 14 artistes et écrivains, 5 ingénieurs, 29 enseignants du primaire ou du secondaire et 48 étudiants. Plusieurs personnes ont déclaré comme profession antérieure « industrielle », sans plus de détails.

*Les côtes marocaines sont les plus proches du territoire espagnol, mais elles étaient sous domination espagnole et aux mains des troupes du général Franco. Par conséquent, les réfugiés espagnols se dirigent vers les côtes algériennes les plus voisines, celles du département d’Oran et accessoirement celles de l’ouest du département d’Alger. Les immigrés espagnols sont les plus nombreux dans cette partie de l’Algérie, alors qu’à l’est et au centre de l’Algérie les immigrés sont majoritairement d’origine italienne et maltaise. 

un ouvrage autobiographique qui dépeint la vie des réfugiés espagnols en Algérie ; il donne un témoignage rapide de son passage (enfant) dans le camp de Carnot à Orléansville, ainsi que celui des amis de son père qui ont échappé à la répression franquiste. Ils décrivent sommairement leur vécu dans les différents camps mis en place à l’intention des républicains.Deux camps sont ouverts dans le département d’Oran, l’un à Relizane et l’autre à Ain-El-Turck. Cependant, les autorités administratives décident pour des raisons politiques de les transférer vers des camps dans le département d’Alger (voir encadré 2). Ainsi le préfet, dans une lettre datée du 14 avril 1939 adressée à son homologue d’Alger, l’informe qu’il « pourvoit à l’entretien de 4 265 réfugiés espagnols » et demande leur évacuation vers les camps du département d’Alger. La raison invoquée est que « la population européenne [du département d’Oran] est à 80 % d’origine espagnole. Les réfugiés espagnols sont rapidement internés dans des camps et il est proposé de les utiliser comme main-d’œuvre à bon marché dans les secteurs des ponts et chaussées (travaux ferroviaires et routiers), dans l’agriculture (greffe d’oliviers sauvages). 

Dans les échanges de courrier figurent parfois les « nuances politiques » des chefs de famille. Ainsi le transfert de 245 ménages (hommes, femmes et enfants, soit 847 personnes au total) d’Oran vers Alger est accompagné de la mention d’appartenance politique des concernés : 160 socialistes, 7 communistes, 77 militant dans des partis modérés et un seul sans parti. Les militaires espagnols (officiers et soldats) sont dirigés principalement vers le camp militaire de Boghar. À Orléansville et Cherchell sont regroupées les personnes arrivées en famille ; la caserne Berthezène accueille les hommes, alors que les femmes et les enfants sont dirigés vers le centre de Carnot.*source: Annales de démographie historique

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*le Stanbrook, l’embarquement

Nous étions dix mille, huit mille selon les estimations, en sursis sur le quai. Un horizon vide et le seul bâtiment amarré au quai un petit cargo anglais nommé Stanbrook. A mesure que les heures passaient, le nombre de fugitifs augmentait. Une foule compacte se déplaçait et se dirigeait vers l’unique bateau amarré à l’intérieur de la darse. Un seul petit rafiot, d’une capacité de 1383 tonnes. Un vieux charbonnier anglais, rouillé, était là, le seul à ne pas fuir lâchement. Tout le monde se ruait vers le Stanbrook. Tous tentaient d’embarquer.
Sur le pont, le capitaine du cargo, Andrew Dickson, lance des ordres, crie et gesticule, on lui a remis une liste de noms, précisant l’âge et la profession des 2638 passagers. .Le Capitaine Andrew Dickson nomme et épelle les noms des personnes qui embarqueront.
 
Le Stanbrook : l'embarquement
Il sait qu’aucun autre navire ne viendra secourir ces «désespérados», alors il a émis une condition rigoureuse pour la sécurité : un seul bagage par personne adulte uniquement, rien pour les enfants. Dans un geste de désespoir et d’abnégation les gens jettent à l’eau leurs derniers biens gardant un minimum. Une longue file se forme, les noms sont égrenés et l’on passe la douane, puis on atteint la passerelle et le bateau. Nous sommes Mardi 28 Mars 1939. Tous ceux qui ont eu la chance inespérée d’embarquer le 28 Mars 1939 dans le ventre protecteur du Stanbrook doivent une reconnaissance infinie au valeureux et légendaire Capitaine Andrew Dickson, très honorable sujet de sa Majesté.
Le Stanbrook sera donc le seul et le dernier bateau à quitter les côtes espagnoles avec une cargaison de Républicains sans destination précise. Nous étions des boat people d’une époque révolue. Le capitaine Dickson fit le plein et bien plus de cargaison humaine. Nous étions au total 3800 personnes. Malgré la rigueur des consignes, les « désespérados » s’accrochaient au bastingage.
Le capitaine Dickson sait que la flotte ennemie le guette et le suit mais ce qui l’inquiète vraiment c’est de voir la ligne de flottaison immergée par le poids de la cargaison humaine. Il est fermement décidé à lever l’ancre, prêt à tout affronter, la mer et les bombardements pour sauver ces républicains en fuite.
Après ce pathétique embarquement, dans le soir du 28 Mars, le Stanbrook larguait les amarres et lentement, très lourdement se détachait du quai laissant à terre des milliers de gens aux abois. Dans leur déchirant désespoir beaucoup d’entre eux se jetèrent à l’eau préférant la mort par noyade à celle des balles ennemies. Les gens fuyaient hagards ne sachant quelle direction prendre. Des centaines de Républicains y laissèrent leur vie sous les tirs des soldats franquistes. Le Généralissime n’était pas homme à négocier avec les vaincus, à leur accorder la moindre chance, le plus petit espoir. Ses ordres étaient sans ambiguïté. Aucune concession une seule règle : l’exécution.
Le Stanbrook : l'embarquement
 Le Stanbrook largua ses amarres. Discrètement, lourdement il glissait dans l’obscurité des eaux portuaires. A l’extérieur de cet espace protégé, tels deux amphibiens géants, silencieux et immobiles, nous attendaient deux bâtiments nationalistes avec ordre de nous couler. Nous n’avions pas encore échappé au pire. Pendant toute la nuit et tant que dura la traversée des eaux territoriales, nous fûmes bombardés. Pendant les bombardements nocturnes, le bateau avait tangué, vacillé de bâbord à tribord, nous avions plusieurs fois frôlé le désastre mais le sang froid et la maîtrise dans les manoeuvres de l’astucieux capitaine avait réussi à redresser la poupe et cingler les eaux dans une obscurité totale. Nous voguions tous feux éteints. Après une nuit agitée et inoubliable, nous vîmes poindre à l’est les premiers rayons du soleil levant. Nous étions en vie, sauvés. Bientôt, au loin et de façon encore confuse se dessinèrent les côtes africaines.*source:le-livre-des-chats.skyrock.com

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49 réponses à “le Stanbrook ,dernier bateau de réfugiés espagnols à Oran en 1939”

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