France-Algérie (1830-1962)

**une obsession impériale et des occasions de réconciliation manquées

Dans cet article paru initialement dans le numéro 15 de la revue Moyen-Orient (juillet-août-septembre 2012) et que nous publions avec son aimable accord*, Gilbert Meynier** retrace les principales étapes qu’ont connues les relations franco-algériennes, entre le débarquement de l’armée d’occupation française à Sidi Fredj, en juillet 1830, et l’indépendance de l’Algérie, chèrement arrachée, en juillet 1962, au terme de huit ans de lutte militaire et politique. Pour cet historien, l’obsession impériale des gouvernements français successifs, qu’ils soient de gauche ou de droite, a fait avorter tant d’occasions de juste réconciliation entre les deux pays. Le résultat est que « le conflit national franco-algérien dure encore », cinquante ans après que la France ait perdu le fleuron de son empire colonial d’outre-Méditerranée.
France-Algérie (1830-1962)

L’histoire de l’Algérie de 1830 à 1962 est celle d’un conflit algéro-­français. La conquête du pays maghrébin fut sanglante. Elle ne se termina pas avec la reddition de l’émir et chef militaire Abd el-­Kader en 1847 ; pas davantage avec la soumission de la Kabylie dix ans plus tard. Périodiquement, ici, des révoltes, pouvant s’étendre en insurrections, là, l’insécurité endémique dans certaines régions, secouèrent la quiétude toujours aux aguets des conquérants. Tout cela traduisait le désespoir et la haine des bas-fonds ruraux, des paysans chassés de leur terre et matraqués. Le florilège des injures à l’égard du rûmi, du gawrî (le chrétien, l’infidèle), le rêve millénariste de la venue du mûl al-sa’a (le maître de l’heure), rejoignant l’espérance en un débarquement ottoman salvateur en 1914, tout indique une constante : la résistance à l’oppression vécue, l’espoir d’une émancipation.
La guerre d’Algérie n’a donc pas commencé en 1954. La pax gallica fut largement vécue comme une attente patiente de la libération : il y eut, dans l’Aurès (nord-est) insurgé en 1916, de jeunes maquisards pour se révolter en 1926, puis en 1945 et reprendre du service en 1954 la cinquantaine passée… Ceux qui assumèrent principalement la violence conquérante professionnelle impersonnelle furent naturellement les militaires français. Mais ce fut, aussi, le même milieu armé qui manifesta le plus de scrupules et de mauvaise conscience à l’égard des Algériens vaincus et dominés.
mouzaia

Les militaires ménagèrent, d’une main, à l’égard des vaincus un système de compensations exorcisant les agissements de son autre main. Le pouvoir guerrier paternaliste marqua de son empreinte toute une tradition polyvalente de l’administration des « indigènes », des Bureaux arabes aux Sections administratives spécialisées (des années 1950 (1). Curiosité et sympathie, étude de l’islam, apprentissage de l’arabe, connaissance approfondie du « terrain indigène », dévouement aux ‘uvres sociales, firent de bien des officiers les plus lucides des Français en Algérie. Le maréchal Thomas-Robert ­Bugeaud (1784-1849) lui-­même l’avait quittée en 1847 sur l’avertissement adressé aux colons qu’ils auraient un jour à payer leurs arrogances et leurs mépris. Napoléon III comprit cette situation et tenta d’y remédier par la politique du « royaume arabe » qu’il demanda aux militaires d’appliquer (2).
La victoire des républicains
Ce fut l’hostilité des civils « républicains » contre le « régime du sabre » impérial, répercutée à Paris, qui vint à bout de la tentative de « royaume arabe » conçu par l’empereur sur les conseils d’un apôtre de l’« indigénophilie », le journaliste ­Ismayl Urbain (1812-1884), et appliqué par des officiers des Bureaux arabes comme le général Ferdinand-­Auguste ­Lapasset (1817-1875). Significativement, le dernier gouverneur de l’Algérie à n’avoir pas ignoré la langue arabe fut un général, ­Alfred ­Chanzy (1823-1883), qui administra la colonie entre 1873 et 1879. Il fut rappelé de son poste au moment même du triomphe définitif de la République (3). Cette victoire fut en Algérie celle des civils. Ceux-ci étaient déterminés à régner sans partage sur la masse algérienne vaincue et appauvrie. Ils y trouvaient leur intérêt, l’assouvissement de désirs de pouvoir de ci-devant marginaux (les révoltés de 1848, ceux de 1871), la solution fantasmatique à leurs angoisses latentes de dominateurs minoritaires menacés de submersion par une masse hostile.
Pourtant, ces civils (4) formaient une communauté obligée de cohabiter avec la société dominée. Davantage que des administrateurs professionnels, ils étaient tenus à lancer au quotidien des passerelles avec les Algériens. Il y eut des colons « de gauche », des journaux « indigénophiles » à tonalité jacobine, socialisante ou libertaire, dont les démêlés avec l’autorité coloniale furent incessants. La situation de nombre de petits colons fut souvent misérable. L’un d’eux, ­Victor ­Spielmann (1866-1938), Alsacien de France après la guerre de 1870, fut dans la première moitié du XXe siècle, un infatigable militant de l’émancipation des « indigènes ». Il fut le directeur des éditions Trait d’union et du quotidien du même nom, le fervent conseiller de l’émir ­Khaled (1875-1936) et l’ami de ­Ferhat ­Abbas (1899-1985), deux hommes considérés comme les « pères » de l’indépendance algérienne.
À la même époque, quels que fussent les discours officiels, le Parti communiste français fut, à l’échelle des passerelles intercommunautaires, longtemps la seule vraie école de militantisme unitaire. Le mouvement ouvrier fut, en France comme en Algérie, modèle d’organisation et creuset de solidarités. L’aventure du journal Alger républicain, auquel collaborèrent ­Albert ­Camus, ­Henri Alleg, ­Abdelhamid ­Benzine et tant d’autres, en témoigna hautement. Toutefois, si le premier mouvement patriotique indépendantiste, l’Etoile nord-africaine, fondé en 1926, émergea du communisme français, il rompit avec lui dès 1928 : la solidarité de classe entre Algériens et Européens prolétaires fut historiquement moins productive que les solidarités communautaires respectives. Dans le contexte colonial de discrimination, la revendication sociale était destinée à se confondre avec la revendication nationale et à la nourrir.
Le rôle de l’école et de l’armée
Une des plages de rencontre fut ce que le discours officiel français nomma la « conquête morale des indigènes ». À l’école française, les séductions entre maîtres et élèves furent jusqu’à un certain point réciproques. Mais jamais cette école ne fut un creuset ; elle offrit un modèle à assimiler. Jamais elle ne suscita d’allers et retours culturels. Un peuple en dominait un autre ; une culture en dominait une autre. Encore aujourd’hui, aucun historien français de l’Algérie contemporaine n’a une connaissance sérieuse de la langue arabe.
Les instituteurs républicains, bien souvent admirables, eurent certes leur grandeur. Mais ils firent à leur corps défendant, aussi, courir à un peuple entier le risque de mettre en doute des valeurs universelles qu’ils enseignaient, mais qui ne pouvaient pas ne pas être en permanence truquées par le système de domination. L’école française, chichement dispensée (5% d’enfants algériens scolarisés en 1914, 15 % en 1954), suscita marginalement des espérances sociales et culturelles que le système colonial était incapable d’assumer ; mieux : qui en était la contradiction. Les élites algériennes anciennes avaient été infériorisées par les Français. Les nouvelles, pourtant formées par leur système d’éducation, furent suspectées et infériorisées par les mêmes Français comme autant d’agents de subversion potentiels. Ainsi, même les ponts jetés en Algérie coloniale pouvaient être autant de vecteurs de fractures. L’école française ne concerna par ailleurs qu’une minorité de gens. Les relations entre la masse et les élites existèrent bien sur le plan social, mais la première était trop hostile à la France colonisatrice pour prêter attention aux sirènes assimilationnistes que les autorités firent un temps retentir.
Le mythe de la « bonne France » fut pourtant opérant. Il s’installa en Algérie, notamment après l’institution en 1912 du principe de la conscription obligatoire, par le canal de l’armée de la Première Guerre mondiale, dans laquelle combattirent 173.000 Algériens, puis de la Seconde (134.000 combattants). L’ordre militaire parut moins répressif et discriminatoire que le colonial dans le contexte de la boucherie des tranchées. On avait promis aux hommes l’apanage de l’impôt du sang : les droits du citoyen.
Par un paternalisme actif, l’armée française se donna aux Algériens comme une Algérie idéale où le chef colonel commandait efficacement, où la solidarité de corps transposés renvoyait à celle rêvée de la culture tribale ancestrale, mais aussi à une préfiguration de la solidarité nationale accomplie. Finalement, le mythe de la « bonne France » eut son côté face : l’acculturation à la française spécifique du milieu militaire catalysa dialectiquement des réflexes de solidarité patriotiques algériens et aida à tracer des itinéraires de libération vers cette solidarité généralisée supra-tribale qu’on nomme vulgairement le « nationalisme ».
La « bonne France » fut aussi édifiée par les « indigénophiles », de ­Jules ­Ferry (1832-1893) au diplomate et gouverneur général d’Algérie entre 1944 et 1948 Yves Chataigneau (1891-1969), en passant par le député et membre de la Ligue des droits de l’homme ­Maurice ­Viollette (1870-1960). Une volonté de politique coloniale libérale exista bel et bien, au nom de la même République française qui, à la fois, codifiait en Algérie la discrimination et l’inégalité et mettait sur pied un embryon de système scolaire à substrats théoriques égalitaires.
Or furent formés par l’école française des êtres hybrides, biculturels, jamais aussi complètement francisés qu’ils le voulurent eux-mêmes parfois dire. Ils ne purent jamais pleinement réaliser, en situation coloniale, ni leurs espérances de carrière à la française ni leur simple désir d’être les égaux des Français. Même l’apparent prototype de notable et politicien français que fut ­Ferhat ­Abbas n’accepta jamais de renier son statut personnel musulman en échange de la naturalisation française (5).
Les obstacles à l’assimilation
L’assimilation des « indigènes » à la cité française se heurtait toujours, du côté français, à la barrière coloniale intangible, laquelle signifiait et codifiait sur le terrain la domination. Encourager l’assimilation fut toujours ressenti comme le risque de l’affaiblir. Du côté algérien, la volonté parfois proclamée par les assimilables potentiels de devenir pleinement français, mais dans la différence comportant le maintien du statut personnel musulman, fut prioritairement revendication d’égalité.
Une volonté ‘ une lâcheté ‘ ‘ française symétrique maintint une discrimination interdisant aux talents algériens de s’épanouir. Ainsi, jamais un budget scolaire ridiculement disproportionné par rapport aux besoins des Algériens ne fut, après son vote par des Assemblées algériennes dominées par les colons, refusé par un Parlement français dont l’approbation était obligatoire pour qu’il eût force de loi. Il n’y eut jamais de volontarisme parisien assimilateur décisif. Et cela malgré la petite cohorte des libéraux actifs, et de France, et d’Algérie.
Les « retrouvailles » de 1919 et de 1920, en Oranie citadine surtout, qui prirent alors la forme d’un front intercommunautaire, organisateur d’un mouvement de grève combatif et solidaire (on vit des dockers musulmans mobilisés pour le vin moins cher de leurs camarades européens), se produisirent au lendemain de la loi ­Jonnart (6) à quoi se réduisirent les promesses de citoyenneté faites avant 1914. La famine de 1921 généra l’insécurité menaçante des ruraux désespérés, pratiquement tous « indigènes ». La répression contre le front transcommunautaire fit le reste.
Le moment d’euphorie de 1936, avec la victoire du Front populaire, fit vite long feu : le « projet ­Viollette », qui comportait la naturalisation dans le statut musulman d’une vingtaine de milliers de personnes auxquelles on reconnaissait les « services rendus » à la France, ne fut jamais présenté à l’Assemblée nationale. Le gouvernement de Léon Blum céda finalement au lobby colonial, à la consternation des deux députés socialistes d’Algérie, ­Marcel ­Régis et ­Marius ­Dubois. Les socialistes au pouvoir ne voulurent rien changer qui ne reçût l’approbation des ennemis les plus acharnés de toute marche vers l’égalité. La déception s’était déjà installée que le Front populaire faisait dissoudre l’Etoile nord-­africaine en janvier 1937.
Un cheminement somme toute analogue se reproduisit après le vote du statut de 1947 qui sembla offrir un ultime espoir. Ce dernier offrait pour la première fois le droit de vote aux Algériens, mais ceux-ci étaient rangés dans un « second collège » quand les Européens l’étaient dans un « premier collège », chacun des deux élisant soixante représentants. Or il y avait huit millions d’électeurs algériens et un million d’Européens… Ce statut fut déconsidéré par les pratiques d’une administration coloniale décidée à le traiter comme on traitait les « indigènes » : par le mépris. Les élections truquées du gouverneur général socialiste Marcel-­Edmond ­Naegelen figurèrent bien ce mépris (7). On connaît la suite : la guerre d’Algérie.
Après les manifestations et le mouvement ‘ souvent dénommé putsch ‘ du 13 mai 1958 dont le forum d’Alger fut le théâtre, les Européens, avec l’appui des chefs de l’armée, furent les artisans du retour du général de ­Gaulle au pouvoir et de la fin corollaire de la IVe République.
Toutes ces initiatives constituaient-elles des occasions manquées par la France, qui auraient pu prévenir la tragédie finale ‘ Occasion manquée, le « royaume arabe » ‘ Occasion manquée, la grande promesse non tenue de donner les droits politiques aux Algériens enrôlés dans l’armée française entre 1914 et 1918 ‘ Occasion manquée, le « projet ­Viollette » ‘ Occasion manquée, le statut de 1947 ‘ Occasion manquée, l’école ‘ Occasions manquées, toutes les passerelles qui existèrent bel et bien entre Algériens et Européens, en Algérie, et qui purent fugitivement donner l’impression que tout n’était pas joué, que la décision de l’histoire pouvait cheminer d’autre façon ‘
L’obsession de conserver l’empire
Séculairement, la barrière coloniale s’était toujours structurellement confondue avec le pouvoir français en Algérie. L’emporta donc une logique surdéterminante : garder à l’Empire français menacé son fleuron d’outre-­Méditerranée. Il était sa seule colonie de peuplement. Il comportait une charge émotionnelle particulière.
L’Algérie fut aussi, après la défaite de 1940 et le gouvernement de Vichy, après la bataille de Diên Biên Phu de 1954, en Indochine, l’ultime investissement d’un nationalisme français déconsidéré et défait. Ce fut le réflexe des officiers de carrière, celui des poujadistes et de Jean-­Marie Le Pen d’un côté, des SAS, des députés socialistes ­Robert ­Lacoste (ministre de l’Algérie en 1957-1958) et Max ­Lejeune, du général de ­Gaulle de l’autre. Ces derniers tentèrent de faire prévaloir in extremis, par des mesures d’égalisation, une assimilation à la France à contretemps quand l’aboutissement violent d’une sédimentation séculaire d’injustices et d’humiliations en avait d’ores et déjà décidé autrement.
Le conflit national franco-algérien dure encore : l’historien René ­Gallissot, spécialiste du Maghreb colonial, a fait remarquer le contraste entre l’immigration portugaise « invisible » et l’immigration algérienne, objet de tant de fantasmes récurrents : c’est qu’il n’y a jamais eu de contentieux national entre la France et le Portugal ; jamais de sentiment inconscient d’une défaite nationale vis-à-vis de Lisbonne (8).
Pour qu’il y eût « occasions manquées », il aurait fallu qu’il y eût « occasions tentées ». Et rien de ce qui fut essayé ne fut jamais poursuivi par cet ensemble de projets mûris, portés par un volontarisme efficace que l’on nomme une politique. La seule jamais faite, par défaut signifiant, fut celle du statu quo.
Les « occasions manquées » jouèrent un rôle du fait de leur échec programmé. Les débats sur l’Algérie, pendant longtemps, jusqu’au choc final, ne firent jamais recette au Parlement. Il y eut un enchaînement logique de l’échec des réformes. Ces dernières qui, au mieux, suivirent la pente d’une dérivée dérisoire de la courbe exponentielle des attentes et des revendications des Algériens. ­Maurice ­Viollette le pressentait bien lorsqu’il écrivait, dès 1931, L’Algérie vivra-t-elle ‘ (9).
(*) Cet article a été publié dans Moyen-Orient sous le titre « France-Algérie (1830-1962) : occasions et mariages manqués »
(**) Gilbert Meynier, historien et ancien maître de conférences à l’Université de Constantine, est professeur émérite de l’Université Nancy II. Il est spécialiste de l’histoire de l’Algérie sous la domination française
Notes
(1) Créés en 1844, les Bureaux arabes étaient destinés à apporter des informations aux autorités françaises sur les modes de vie et les systèmes politiques des Algériens. Sur le terrain, les membres de ces bureaux considèrent avoir une mission « civilisatrice » et défendirent l’émancipation des locaux. Progressivement abandonnés dans les années 1870, ils réapparurent sous le nom de Sections administratives spécialisées en 1955.
(2) Napoléon III avait avancé le projet d’un « royaume arabe » associé à la France et dont il aurait été le souverain. Face à l’opposition des colons, l’initiative ne vit pas le jour.
(3) Candidat à l’élection présidentielle du 30 janvier 1879, Alfred Chanzy dut s’incliner face au républicain Jules Grévy, qui remporta 84,03 % des voix.
(4) Estimés à 100.000 en 1846, les Européens d’Algérie sont passés à 245.000 en 1872, 833.000 en 1927 ; ils (dont les Juifs algériens nationalisés après le décret Crémieux de 1870) étaient 1.052.400 au recensement de 1954.
(5) Nationaliste algérien, Ferhat Abbas fut membre du FLN durant la guerre et président du Gouvernement provisoire de la République algérienne de 1958 à 1961. En désaccord avec la politique prosoviétique de la nouvelle Algérie indépendante, il se retira de la vie politique en 1963.
(6) Votée en 1919, la loi Jonnart stipule que « les sujets français de confession musulmane peuvent accéder à la citoyenneté pleine et entière au moment de leur choix » à la condition qu’ils acceptent « de se soumettre comme la totalité des citoyens français à la seule et unique juridiction civile française ».
(7) En avril 1948, les Européens truquèrent les élections des délégués de l’Assemblée algérienne pour affaiblir les nationalistes. Par exemple, Messali Hadj remporta officiellement 15 % des voix, alors qu’il en aurait recueilli 80 %.
(8) René Gallissot, Maghreb-Algérie, classe et nation, deux volumes, Arcantère, Paris, 1987.
(9) Maurice Viollette, L’Algérie vivra-t-elle ‘ Notes d’un ancien gouverneur général, Félix Alcan, Paris, 1931.

*maghrebemergen-04.09.2012.

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**un fait divers qui révèle un état d’esprit

Le journal L’Eclaireur de Châteaubriant (Bretagne – Loire-Atlantique) rapporte une chronique judiciaire inquiétante. Un Français ancien combattant d’Algérie âgé de 78 ans était poursuivi par le tribunal correctionnel de Nantes pour des «violences» commises sur sa compagne et des «menaces de mort» proférées envers son beau-fils.

Jusque-là cela ne vaut pas un écho dans les colonnes d’El Watan, sauf que le prévenu (condamné finalement à trois mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve) invoqua pour justifier son geste son passé de militaire en Algérie : «J’ai pas peur, j’ai fait l’Algérie moi ! J’ai déjà tué une centaine de femmes et d’enfants en Algérie, ça ne me dérange pas d’en tuer encore quelques-uns.» Ce qu’il avait dit lors de l’enquête policière, mais qu’il a démenti à la barre du tribunal, c’est que les armes en sa possession (qui lui ont été retirées) servaient à «tuer les ragondins», mais qu’elles pouvaient aussi être utilisées «pour les cambrioleurs ».

Sa fille a expliqué au tribunal que «depuis quelques mois, il reparle intensément de l’Algérie». Le journal indique que «des analyses médicales ont été menées, pour voir si le retraité ne souffrirait pas de troubles mentaux». Cette histoire vient confirmer les ravages que le conflit colonial a suscités dans la tête des jeunes appelés et le danger public que cela pourrait représenter pour les immigrés, dans le contexte d’exclusion et de racisme qui se développe. Les méfaits commis par certains soldats lors de la guerre d’Algérie refont parfois surface des décennies plus tard. C’est en tout cas l’enseignement de ce fait divers.  *Walid Mebarek/ el watan- 06.10.2015 |

***  «Le système colonial, de par sa nature violente, ses pratiques de dépossession, de dépersonnalisation, son racisme et sa politique scolaire ségrégationniste, a allumé la mèche»

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	Gilbert Meynier, historien fran&ccedil;ais  » src= »http://www.elwatan.com/images/2015/10/31/sans-titre-1_2609041.jpg » /></a></p>
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L e 1er Novembre 1954 a été la thématique d’un colloque scientifique d’envergure internationale organisé, hier à Akbou, par l’association Med-Action pour la jeunesse et la citoyenneté.

Ce colloque s’est tenu à l’hôtel Majestic sous le thème «Pourquoi le 1er Novembre 1954 ?», en présence d’un parterre de citoyens fortement représentés par la population locale.

La journée a été marquée par les communications des historiens français Gilbert Meynier et Gilles Manceron, intitulées respectivement «Pourquoi le 1er Novembre ?» et «Le FLN ou la construction d’un anticolonialisme moderne», la communication «La domanialisation de la propriété foncière en Algérie : la spoliation couverte de l’habit de la légalité» du conseiller juridique Tahar Khalfoune, ainsi que par l’intervention de l’ancien officier de l’ALN, Rachid Adjaoud. A noter que la journaliste Samira Bendris Oulebsir est la modératrice de ce colloque.

Intervenant en premier, Rachid Ajaoud plaide pour une histoire «d’apaisement», appelant à la levée des tabous. Notamment ceux ayant trait à la mort du colonel Amirouche et celle de Abderrahmane Mira et l’affaire des harkis, invitant les Français «à nous aider dans cette tâche, car vous êtes les seuls à pouvoir le faire».

L’ancien secrétaire de la Wilaya III n’a pas manqué de tirer sur les Messalistes déclarant qu’ils «étaient les premiers à nous attaquer».Dans son intervention, Gilbert Meynier est revenu sur le contexte colonial qui a concouru à l’émergence des courants nationalistes, sans entrer dans les détails.

Manuel d’histoire commun

Pourtant invité par d’insistantes questions du public à s’exprimer sur des questions projetant le débat dans l’actualité, à l’instar des circonstances de la mort des révolutionnaires Abane Ramdane et Amirouche, ou encore ce qui est appelé «le clan d’Oujda», le conférencier s’est montré réticent, comme pour éviter la polémique. Tout en évoquant «des difficultés pour l’accès aux archives des deux côtés (algérien et français, ndlr)», Gilbert Meynier décrit l’apparition du FLN comme conséquence de ce qu’il appelle «les blocages coloniaux».

«Le système colonial, de par sa nature violente, ses pratiques de dépossession, de dépersonnalisation, son racisme et sa politique scolaire ségrégationniste, a allumé la mèche», développe l’orateur. Et d’ajouter : «L’allumage de la mèche était une réponse à l’échec du réformisme ; la lutte armée était la seule voie envisageable.» Interrogé par un citoyen sur ce qu’il pense de la repentance, l’historien répond qu’il est «contre».

«Je ne suis pas d’accord avec l’idée de repentance, car elle est de connotation religieuse. En plus, avec la montée comme challenger politique redoutable de Marine Le Pen en France, il faut oublier cette idée», a-t-il suggéré. Toutefois, Gibert Meynier, qui impute toute la responsabilité au «système colonial», plaide pour un «manuel historique commun» entre l’Algérie et la France.

Spoliation

Intervenant l’après-midi, l’historien Gilles Manceron est revenu sur l’occultation volontaire ou involontaire des résistances anticoloniales ayant précédé le mouvement indépendantiste moderne incarné par les différents courants nationalistes, dont le FLN. «En réalité, des rebellions armées n’ont pas cessé de se produire dans diverses régions. Il faut restituer leur place et souligner leur importance. Mais, aussi, leurs particularités par rapport à la nouvelle étape du Mouvement national qui a commencé à partir de la fin des années 1930», soutient le conférencier.

Gilles Manceron invite, dans ce sens, à se rappeler les résistances, «peu étudiées par l’historiographie» ayant eu lieu entre 1851 et 1854, à Sétif, Béjaïa et la vallée de la Soummam, qui ont prolongé la lutte de l’Emir Abdelkader et tracé le chemin pour les luttes futures, jusqu’à la naissance de la lutte moderne.

Dans un long et riche exposé, le conseiller juridique Tahar Khalfoune décrit la nature de l’appropriation de l’espace en Algérie anté-coloniale, avant de dévoiler, en termes juridiques, les mécanismes de «spoliation» des terres après la conquête du pays par les Français. Il s’agit, selon le conférencier, d’un passage «d’un système de variété à la dualité des statuts». C’est de cette façon que les colons ont mis la main sur toutes les terres fertiles, tandis que les autochtones se contentaient de montagnes, des terres arides, ou carrément prenaient le chemin de l’exil.

A noter qu’à l’issue de ce colloque, une convention de partenariat a été signée entre l’association Med-Action et l’association Amitié France-Algérie et qu’une revue Mémoire est éditée par l’association Med-Action. Elle renferme les communications des intervenants aux colloques, des témoignages, des entretiens, dont deux avec Ali Haroun et le fils de Jean Amrouche, Pierre Amrouche. Un écrit inédit de Mohamed Boudiaf, écrit à Turquant le 22 octobre 1961, y figure également en exclusivité. *M. H.-Khodja§ el watan/ dimanche 1er novembre 2015

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72 réponses à “France-Algérie (1830-1962)”

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