Messali Hadj, le père du nationalisme algérien

**Colloque international sur Messali Hadj (1898-1974) à Tlemcen

Un colloque international sur Messali Hadj (1898-1974) s’est ouvert, samedi à l’auditorium de l’université Abu Bakr Belkaïd de Tlemcen.

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Cette rencontre scientifique, de deux jours, est organisée par l’association des anciens élèves des médersas et lycées de Tlemcen (Ecolymet) en collaboration avec le Laboratoire des études civilisationnelles de l’université de la capitale des zianides. Elle est la seconde du genre à être consacrée à cette figure emblématique de l’histoire contemporaine nationale, après celle tenue, dans la même ville, en 2000. Pour marquer l’importance de ce colloque, les organisateurs ont retenu comme slogan « cette terre n’est pas à vendre », en référence au discours prononcé, il y a 75 ans, par Messali Hadj à son retour de Paris, le 2 août 1936, au stade municipal d’Alger. Cette allocution marque la détermination de cette figure historique à poursuivre son combat politique, malgré l’interdiction par l’administration coloniale de l’Etoile nord-africaine (ENA), premier parti politique à revendiquer clairement, dès 1926, l’indépendance nationale. Ce 2 août 1936, selon les historiens, devant une foule nombreuse, Messali Hadj, a ramassé une poignée de terre avant de s’exclamer : « cette terre bénie qui est la nôtre, cette terre de baraka, n’est pas à vendre, ni à hypothéquer. Cette terre a ses enfants et ses héritiers, ils sont là vivants et ne veulent la donner à personne ». Le programme retenu par les organisateurs prévoit l’intervention de plusieurs conférenciers qui devront aborder la personnalité et l’action de cette figure historique algérienne à travers plusieurs problématiques. Parmi les invités conviés à communiquer, on relèvera, outre la présence des historiens Mohamed Harbi et Benjamin Stora, des références incontournables de la période 1926-1962, celles de omar Carlier, Fouad Soufi, Kadri Aîssa, Belaîd Khelifa, Boudjellal Abdelmadjid, Siari-Tengour et bien d’autres. La présidente d’honneur du colloque, Mme Djanina Messali Benkelfat, la fille de Messali Hadj animera une conférence sur « La genèse de l’insertion de Messali Hadj dans le processus historique ou la réécriture de l’histoire de l’Algérie ». (Echorouk-17.09.2011.)

***Messali Hadj : toujours assigné à résidence ?

*par Mourad Benachenhou

Messali Hadj, le père du nationalisme algérien  spacer

S’il y a un homme politique dont le nom et le parcours doivent être connus de tous les Algériens, c’est bien Messali Hadj. Et pourtant, son existence même a été cachée pendant des décennies, bien que son nom soit apparu, de temps à autre, dans des publications à caractère universitaire, à la diffusion extrêmement restreinte et réservée à quelques spécialistes.

Messali et l’Etoile Nord-Africaine

Parmi les livres qui ont donné des détails sur son rôle prééminent dans la naissance et le développement du mouvement nationaliste algérien, qui a débouché sur la guerre de libération nationale et l’acquisition de l’indépendance le 5 juillet 1962, on peut citer l’ouvrage de Abou Kassem Saadallah, résultat d’une recherche effectuée à l’Université du Minnesota, ouvrage intitulé «La montée du nationalisme en Algérie», et publié en 1983 par l’Entreprise nationale du livre à Alger. Saadallah s’intéresse à la période cruciale 1900-1930, qui a vu une renaissance de la société algérienne, qui avait commencé à panser les blessures infligées par la conquête coloniale particulièrement violente et l’émergence d’une élite, encore numériquement faible, mais suffisamment instruite pour proposer des solutions modernes à la lutte contre le colonialisme.

Saadallah s’est attaché, non seulement à exposer la montée en puissance du mouvement nationaliste algérien, mais également à souligner le rôle crucial de l’Etoile Nord-Africaine dans les progrès du mouvement.

Il écrit, entre autres, dans son ouvrage (p.295) : «La formation de l’Etoile (Nord-Africaine) fut l’un des grands évènements de l’histoire politique de l’Algérie. L’étendue de son rayon d’action, ses perspectives révolutionnaires et la durée de son existence contribuèrent profondément au développement et à l’orientation du nationalisme algérien». Il souligne également le rôle joué par Messali Hadj dans la création et le leadership de cette première organisation nationaliste moderne.

Voici ce qu’il écrit à ce sujet : «Messali était membre du Comité exécutif de l’Etoile lorsque le parti fut créé en mars 1926. Moins d’un an plus tard (février 1927), il représentait le parti avec le Tunisien Chadli Khairallah au congrès anticolonialiste qui eut lieu à Bruxelles».

La plate-forme nationaliste de Bruxelles

C’est au cours de ce congrès que Messali Hadj présenta ce qui devait être la plate-forme du mouvement nationaliste algérien, quels qu’aient été ses dirigeants ou l’organisation politique dont ils se réclamaient. Les options énoncées par cette plate-forme se retrouvent non seulement dans les textes politiques du PPA-MTLD, partis créés et dirigés par Messali Hadj, mais également dans le document de la Soummam, comme dans le programme de Tripoli, ou même la Charte nationale de Houari Boumédienne.

Saadallah a reproduit, en annexe de son ouvrage, (p. 291) les revendications politiques avancées par Messali Hadj, dont la lecture, même rapide, permet de découvrir la profonde unité de pensée du mouvement nationaliste algérien, au-delà des querelles de personnes et des organisations.

Cacher ce Messali qu’on ne saurait voir !

Tenter d’écrire l’Histoire contemporaine de l’Algérie en faisant l’impasse sur Messali Hadj, comme fondateur du mouvement qui devait déboucher sur l’indépendance et théoricien de ce mouvement, est une entreprise vouée à l’échec.

Saadallah, comme d’autres historiens de métier, algériens ou étrangers, n’a fait que rappeler, dans un contexte politique qui portait peu à l’objectivité, que le leadership de Messali Hadj, quels qu’aient été ses dépassements – et qui peut, parmi ceux qui ont dirigé sans partage l’Algérie pendant la guerre de libération nationale, comme depuis l’indépendance, lui jeter la première pierre ? – a été crucial dans la réussite de l’entreprise nationaliste algérienne, quoique lui-même soit mort quasiment apatride.

Le dirigeant nationaliste devenu apatride !

Il est utile de rappeler, car c’est un détail qui n’honore pas la classe dirigeante algérienne qui a pris le pouvoir – et s’y est maintenue par la violence armée – qu’une demande de passeport et de carte d’identité nationale fut faite en 1971 par Messali Hadj sous le couvert du consulat algérien à Genève- au ministre de l’Intérieur algérien de l’époque, feu Ahmed Medeghri, dont le pedigree politique ne pesait pas lourd face à ce géant de l’Histoire de l’Algérie, comme de celle du monde. Ce ministre a rejeté une demande légitime, qui ne pouvait être refusée sur aucune base légale, Messali Hadj étant, du fait de la loi algérienne sur la nationalité de l’époque, et du fait même des Accords d’Evian, de nationalité algérienne et ne pouvait en être déchu qu’à sa demande ou sur la base d’un jugement prononcé par une institution judiciaire.

Il est peu probable que Medeghri ait tranché seul sur cette demande ; car sa décision alors reflétait une prise de position politique claire quant à l’Histoire du mouvement de libération national, et constituait à la fois un acte de déni de droit, mais également une volonté d’éliminer, si ce n’est physiquement, du moins légalement celui qui avait incarné la lutte farouche pour l’indépendance du peuple algérien pendant près de trois décennies, et d’effacer, par-delà sa personne, de la mémoire des Algériens les noms de tous ceux qui avaient contribué à son indépendance et avaient pavé la voie permettant à ce ministre d’occuper son poste.

Messali Hadj n’est pas un héros local !

Comme le rappelle l’ouvrage de Saadallah, Messali Hadj n’avait d’autre ambition que de mener le combat pour une Algérie indépendante, où tous les Algériens et toutes les Algériennes, quel que soit leur lieu de résidence ou leur appartenance tribale ou régionale, jouiraient du droit à la liberté.

Messali Hadj a été accusé de beaucoup de crimes, et certains continuent à faire de lui la cible de leurs diatribes. Mais, s’il y a un reproche qui ne lui a jamais été fait, c’est de jouer sur la carte régionaliste pour maintenir son leadership. Ses partisans les plus acharnés, si ce n’est les plus fanatiques, se sont recrutés sur tout le territoire algérien, du nord au sud et de l’est à l’ouest : il a été considéré comme un dirigeant national, non comme le chef d’un mouvement d’essence régionale. Mais il fallait bien qu’il naisse quelque part : il se trouve que le hasard l’a fait naître à Tlemcen. Cependant, cet accident n’a jamais empêché les Algériens à la recherche d’un guide aux idées claires, à la capacité d’organisation indéniable, à la volonté et au courage au-dessus de tout soupçon, de le suivre en masse pendant une période cruciale de la lutte pour l’indépendance.

Redonner au personnage de Messali Hadj sa dimension nationale

Et toute initiative sincère de rejeter de manière définitive l’entreprise de falsification et de «tronquage» de l’Histoire – menée pendant près d’un demi-siècle – ne peut être complète que si le caractère national de la personnalité de Messali hadj est reconnu dans les paroles comme dans les faits. On ne peut que se féliciter que la raison ait fini par l’emporter chez les dirigeants algériens, et qu’ils soient enfin arrivés à la conclusion qu’un peuple auquel est dénié son droit à l’histoire ne peut que subir drame sur drame, et que la violence extrême vécue pendant la décennie noire tire sa source de ce déni d’histoire, qui a conduit certains à vouloir remonter le temps pour se retrouver des racines. L’homme ne vit pas seulement de pain ! Et ce fut la triste et dramatique leçon de cette décennie.

Or, ce qu’on constate, c’est que pratiquement depuis cette ouverture vers une version de l’histoire contemporaine plus proche des réalités historiques, le nom de Messali Hadj a été systématiquement associé à sa ville natale, comme si , dans son programme ou son action, il avait visé à la reconstitution du royaume, certes brillant, des Zianides, ou à la création d’une principauté autonome sur le territoire environnant de l’ancienne capitale du Maghreb central.

La continuation de la falsification de l’Histoire sous une autre forme

On est passé du refus de reconnaissance de l’homme historique jusqu’à lui dénier le droit à la nationalité algérienne – ce qui est le comble de la bassesse comme de l’aveuglement politique partisan – et au rapatriement du personnage historique à son douar, ou, pour être plus précis, sa ville d’origine.

C’est un peu la continuation de la falsification de l’histoire sous une autre forme. On chatouille l’orgueil de la population locale – quelle localité refuserait de reconnaître un tel enfant ! – et on fait de Messali une sorte de figure locale, faisant la fierté des gens de la ville de naissance, mais encore non reconnu au niveau national, comme s’il avait agi exclusivement pour le compte de sa ville natale.

Lorsqu’un universitaire du cru a voulu organiser dans la ville de Batna un séminaire universitaire sur cet homme politique de dimension nationale, il en a été empêché sous prétexte – et on ne fait que citer la presse de la période – que Batna n’était pas Tlemcen, comme si l’Etoile Nord-Africaine, le PPA et le MTLD avaient eu pour seul objectif de donner l’indépendance à Tlemcen !

Il est probablement temps de choisir entre, d’un côté, une addition d’histoires, où chaque région fait l’apologie de ceux du terroir local qui ont atteint la prééminence pendant la lutte de libération nationale, et de l’autre, une histoire nationale où chaque Algérienne et chaque Algérien se reconnaît dans ces personnalités, leurs luttes, leurs convictions, quel que soit le lieu où elles sont nées.

Réhabiliter les victimes des purges anti-messalistes et montrer du doigt les coupables de ces purges !

On a reproché à certains la fidélité à Messali pendant la dernière phase de la lutte de libération nationale. Certains même, comme Choaib et Sid Ahmed Tchouar, exécutés avec l’accord personnel de Ben Bella, si ce n’est sous ses ordres, et enterrés dans une tombe collective (voir l’ouvrage de Khaled Merzouk : «Messali Hadj et ses compagnons», Editions Dar Othmania, Alger 2008, pp. 248-250 et 485-487), comme si la fidélité à un leader politique, qui n’avait d’autre ambition que de voir une Algérie indépendante, était devenu un crime impardonnable.

En conclusion

Le personnage de Messali Hadj ne peut pas continuer à être assigné à résidence dans sa ville natale, car la remise à niveau de l’Histoire du Mouvement national algérien passe par le redimensionnement national de Messali Hadj, comme par la réhabilitation de ceux qui ont perdu la vie dans les luttes intestines au sein du mouvement nationaliste algérien, en particulier après que notre pays eut acquis son indépendance, pour laquelle tous avaient lutté et avaient accepté les sacrifices personnels les plus lourds.*Par Mourad Benachenhou. (Quotidien d’Oran-22.09.2011.)

**Mohamed Harbi : « Messali Hadj n’était pas un dictateur, il avait une personnalité charismatique »

L’historien et professeur émérite, M. Mohamed Harbi, a donné, hier, une analyse profonde de l’environnement social et politique qui a forgé la personnalité de Messali Hadj, le fondateur du mouvement national algérien. Mohamed Harbi a présenté toutes les positions révolutionnaires de Messali Hadj, relevant dans son exposé qu’il fut très difficile pour Mohamed Boudiaf de convaincre Larbi Ben M’hidi et Bentobal d’accepter l’idée d’abandonner Messali pour rejoindre le Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action (C.RU.A).

Lors d’une conférence tenue, hier dans la matinée, au niveau de l’université de Tlemcen, le spécialiste du mouvement national, Mohamed Harbi, qui a pris part au colloque international, sous le thème « la terre n’est pas à vendre », a passé en revue la dimension nationaliste de la personnalité de Messali Hadj. M. Harbi a abordé les relations de Messali Hadji avec l’élite algérienne dans les débuts de son parcours de militant, relevant que le colonisateur avait réussi à créer une sorte de classes sociales, une politique qualifiée par M. Harbi par « la politique de ségrégation ». Selon le même interlocuteur, l’élite de l’époque voulait exclure la classe populaire de la politique, et puisqu’il appartenait à la classe populaire, il avait du avait lutté contre la France et ses plans d’insertion et contre la vision discriminatoire de l’élite. « Messali avait une personnalité charismatique, il n’était pas un dictateur », estime Mohamed Harbi. Parmi les témoignages étalés par Mohamed Harbi, les difficultés rencontrées par Mohamed Boudiaf pour convaincre Boussouf, Ben M’hidi et Bentobal à abandonner Messali Hadj pour intégrer le CRUA, dont les membres sont devenus les chefs de la guerre de libération. Les organisateurs ont voulu que le colloque soit une rencontre académique et non pas politique. De nombreux acteurs du mouvement national y ont pris part, dont des historiens spécialisés, à l’exemple de Benjamin Stora et la fille du Messali Hadj, M. Djenina Benkelfat-Messali. (El Khabar-17.09.2011.)

**     «Cette terre n’est pas à vendre»

Pour l’historien Mohamed Harbi, Messali Hadj n’avait jamais exclu le recours à la lutte armée contre le colonialisme français, alors que Mohamed Boudiaf avait pensé, à tort, que le fondateur du Mouvement national algérien (MNA) était hostile à «la révolution».

Tlemcen
Envoyé spécial d’ELWatan

Cette terre n’est pas à vendre.» La phrase prononcée par Messali Hadj, fondateur du Parti du peuple algérien (PPA), le 2 août 1936 lors de la célèbre intervention du stade municipal d’Alger, est le thème choisi pour le colloque international sur le père du nationalisme algérien organisé depuis hier à l’auditorium de l’université Aboubakr Belkaïd de Tlemcen. Un colloque préparé par l’Association des anciens élèves du collège de Slane, du lycée et des médersas de Tlemcen (Ecolymet) en collaboration avec le laboratoire de recherche et d’études civilisationnelles de l’université de Tlemcen.

«L’un des objectifs de l’association est la préservation de notre mémoire collective. Nous sommes fiers de projeter dans le temps notre valeureux passé pour l’émancipation les générations actuelles et futures (…) Messali Hadj a œuvré toute sa vie pour que l’Algérie soit libre et recouvre son indépendance totale. Ce colloque doit être abordé avec une approche scientifique, universitaire et de concertation», a d’emblée précisé Boumediène Benyoucef, président d’Ecolymet, lors de la cérémonie d’ouverture. Il a lu une lettre envoyée par Djamel Ould Abbès, ministre de la Santé, qui n’a pu répondre à l’invitation qui lui a été adressée.

Pour Djamel Ouled Abbès, l’Etoile nord-africaine (ENA), le PPA et l’Organisation spéciale (OS, bras armé du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratique, MTLD) étaient des «structures révolutionnaires» créées par «le leader incontesté» du nationalisme algérien, Messali Hadj. Daho Ould Kablia, ministre de l’Intérieur, ancien du MALG, a, lui, délégué Mme Yellès, directrice centrale de son département, pour le représenter au colloque. Mme Yellès a estimé que la manifestation s’inscrit dans une logique «de devoir de mémoire» à l’égard du «monument du nationalisme», Messali Hadj. Hadjiat Abdelhamid, enseignant à l’université de Tlemcen, a indiqué qu’une équipe de chercheurs est désignée depuis quelques années pour étudier l’évolution du mouvement nationaliste en Algérie. «Une étude qui se base sur ce qui peut être trouvé comme documents et témoignages», a-t-il souligné.

«Cette terre n’est pas à vendre, n’est pas un slogan publicitaire. C’est le cri d’un homme indigné. Messali Hadj venait de traverser la Méditerranée pour dire non au rattachement de l’Algérie à la France. C’était hier matin, il y a 75 ans. Ce geste symbolique fort a embrasé le patriotisme de tout un peuple. Il a ouvert la voie à l’indépendance du pays et a fissuré les fondations de l’empire colonial», a déclaré Djanina Messali Benkelfat, fille de Messali Hadj.

Elle a regretté l’évacuation de l’histoire algérienne de la date du 2 août 1936. «Date méconnue d’au moins trois générations, jamais commémorée, elle demeure un repère fondateur et essentiel de la mémoire collective», a-t-elle appuyé.
Elle a rendu hommage à certains compagnons de son père qui avaient contribué à l’organisation de l’Etoile nord-africaine après le discours d’Alger : Mohamed Guenanèche, Boumediène Mâarouf, Mohamed Memchaoui, Mustapha Berezzoug et Abdelkrim Benosmane. «Messali Hadj avait prononcé le mot magique ‘‘indépendance’’ au moment où d’autres en étaient à l’assimilation et à la reconnaissance de la citoyenneté au rabais», a observé Abdellah Bendi, universitaire, qui a modéré les débats de la matinée.

L’historien Mohamed Harbi, lors de la première intervention, s’est intéressé au rapport de Messali Hadj avec l’intelligentsia algérienne et aux origines directes de l’insurrection en Algérie. «Avant la conquête coloniale, la société algérienne était de type inégalitaire, hiérarchisée, préférentialiste. Il y avait dans cette société le berger dirigeant (rouâat) et le troupeau où il y avait ‘‘el âama’’ et ‘‘el khassa’’. Lorsque Messali Hadj est entré en politique, ce vocabulaire était celui de la majorité des Algériens. Lui-même, de par ses origines sociales et son expérience politique, était considéré comme un homme du peuple. Il appartenait à el âama (le commun des gens, ndlr). C’est de cette manière qu’il était perçu par l’intelligentsia algérienne», a-t-il expliqué.

Cette intelligentsia considérait, d’après lui, que la chose politique était une matière qui revenait aux gens instruits et à des spécialistes. «Il fallait mener un combat sur deux fronts, s’imposer à la France comme interlocuteur et s’imposer à l’élite de son peuple. On peut dire que pour le discours de 1936, le peuple était présent pour la première fois à une tribune. Une tribune où figurait toute l’intelligentsia de l’époque composée des élus, des responsables du parti communiste et des oulémas. Les oulémas étaient parmi les premiers à définir la nation. On se souvient de l’ouvrage de Tewfik El Madani, Kitab El Djazaïr, paru en 1930. Ce sont eux qui vont faire du mot ‘‘chaâb’’ (peuple), un mot d’ordre qui va se nationaliser», a expliqué Mohamed Harbi.

Le culte des valeurs

L’auteur de Aux origines du FLN a estimé qu’il fallait en finir avec «les mentalités anciennes», celles qui excluaient une partie du peuple de la participation politique. Les différends à l’intérieur du parti de Messali Hadj étaient nés du fait qu’un courant voulait s’appuyer sur la population pour mener le combat politique et que l’autre estimait qu’il fallait compter sur les appareils. «D’après des témoignages que j’ai recueillis, des gens étaient venus au PPA pour le changer dans le sens de leurs idées propres. Ils allaient se heurter aux entrepreneurs de la mobilisation. D’où la crise du PPA-MTLD», a-t-il noté. Il a relevé que le PPA-MTLD s’était organisé autour de la personnalité charismatique de Messali Hadj auquel chacun s’identifiait.

Ceci était le propre des «sociétés religieuses» et pas des «sociétés industrielles». «Loin d’être le dictateur, le personnage de Messali incarnait la cause. Il se présentait comme un simple médiateur. Le militantisme était devenu une imitation de ce personnage. Dans l’ancienne littérature, on parle toujours de retour aux sources. C’est une logique de type religieux. C’est donc le retour à quelque chose qui a été abandonné. C’est ce qui fait la violence de toutes les crises qu’a connues l’Algérie avant 1954», a expliqué Mohamed Harbi.
Pour lui, le PPA-MTLD n’était pas un parti religieux, mais un parti politique qui avait les traits d’un mouvement religieux avec un certain messianisme.

«Le culte du leader est en fait le culte aux valeurs dont cet homme est le représentant et pas à l’individu lui-même. Et le caractère du mouvement religieux fait que quiconque ne se rallie pas à ce personnage est considéré comme un déviant ou un traître», a-t-il relevé. Il a estimé que le PPA-MTLD ne prendra une allure nationale qu’à partir du début des années 1940.
Un parti qui devait militer tant pour être reconnu légalement que pour garder un appareil clandestin. «Le recours aux armes n’a jamais été exclu. Messali en avait toujours parlé. Lorsque les oulémas avaient été interdits de prêcher dans les mosquées, il avait dit que nous devons défendre la liberté de prêche les armes à la main», a relevé l’historien.

Après la création de l’OS, et les arrestations qui avaient suivi, Messali avait estimé que l’option de lutte armée devait être revue. «Il était envisagé d’envoyer des contingents d’Algériens faire leur apprentissage dans les académies militaires arabes. L’attitude de Messali était donc différente de celle des hommes du Comité révolutionnaire d’unité et d’action, (CRUA, ndlr), les fondateurs du FLN», a-t-il relevé.

Citant un document, Mohamed Harbi a révélé que Mohamed Boudiaf avait confié aux cofondateurs du Parti de la révolution socialiste fondé en 1962 (PRS) qu’il avait lui-même «retourné» Boussouf, Ben M’hidi, Bentobal et Zighout, lesquels étaient tous favorables à Messali Hadj. «Il leur avait dit que Messali ne voulait pas de la révolution. Boudiaf avait considéré que l’éclatement de l’OS était un reniement de la part de Messali. Boudiaf voulait une fixation claire de la date de l’insurrection», a-t-il précisé.

Une pensée actuelle

Aïssa Kadri, sociologue et responsable du Master Méditerranée/monde maghrébin à l’université Paris 8, a estimé que la pensée et l’action de Messali Hadj sont toujours d’actualité.
«Dans le contexte de la crise algérienne qui dure depuis l’indépendance nationale, ce que pourrait nous apprendre un retour sur le combat de Messali Hadj est le primat de l’action politique sur l’usage actif de la violence. De fait, la violence armée inscrite dans le cours de la remise en cause de la dominance de l’oppression colonialiste a secondarisé et dissous l’action politique dans ce qu’elle pouvait poser comme question de fond sur le devenir de la formation sociale algérienne», a-t-il analysé.

Selon lui, la crise de ces dernières années témoigne de la faillite du politique en Algérie.
L’alternative messaliste de construction nationale est, d’après Aïssa Kadri, toujours d’actualité. «Il s’agit des prérequis d’une Assemblée constituante souveraine élue au suffrage universel sans distinction de race et de religion, des élections libres, une réalisation d’une République sociale et démocratique», a-t-il noté.

Il rappelé la proposition de Messali Hadj d’une table ronde pour trouver une solution démocratique à la sortie de guerre. Aïssa Kadri est revenu ensuite sur le rapport entre la gauche française et le messalisme.
Il a estimé que les syndicats d’éducation français étaient les plus engagés dans le soutien à la démarche de Messali Hadj. Aïssa Kadri a rappelé que Messali Hadj, qui s’était inspiré du modèle d’organisation du Parti communiste français (PCF) pour fonder l’ENA, avait rompu avec ce parti en raison de son soutien à «une autonomie dans les colonies avec un Parlement pour les indigènes» alors que lui était pour l’indépendance.

Il a évoqué la participation des militantes de l’ENA aux manifestations antifascistes à Alger en 1934. «L’arrivée du Front populaire au pouvoir en France débouche sur la dissolution de l’ENA en 1937 et marque durablement la rupture avec la gauche et avec le PCF qui avait une responsabilité dans la répression à l’égard des nationalistes. A l’annonce de la création du PPA, l’Humanité (organe du PCF, ndlr) a mené une campagne violenté. A cette date, Messali Hadj rencontrait la gauche non conventionnelle», a-t-il souligné.
Les libertistes de la SFIO et les dissidents trotskistes du PCF avaient soutenu l’action des Messalistes et l’ENA. (El Watan-18.09.2011.)

***Leila Benkelfat, petite fille de Messali Hadj : Réquisitoire contre l’amnésie collective

Petite-fille de Messali Hadj, Leïla Benkelfat est doctorante en histoire à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elle prépare une thèse sur l’internationalisation de la question algérienne dans les grandes instances internationales de 1927 à 1962. Ce thème a été choisi pour son intervention hier au colloque consacré à son grand-père. «Je suis émue d’être présente ici.

Dans ce contexte d’amnésie collective organisée depuis plus de cinquante ans, je suis interpellée par la clairvoyance, la force et les qualités de quelques citoyens courageux. Cette initiative est la résultante d’une poussée du tréfonds de la société algérienne. Elle contribuera sans aucun doute à ce que le peuple algérien se réapproprie une partie de sa mémoire collective», a-t-elle déclaré.

Elle a repris une chronique de Kamel Daoud, intitulé «Les mains sales de la nation» dans laquelle notre confrère du Quotidien d’Oran dénonçait le silence entretenu autour du combat de Messali Hadj. «Si l’histoire de ce pays est souvent sans intérêt autre que cérémoniel pour les jeunes générations, c’est que cette histoire ressemble toujours et encore à un vieux livre dont la première moitié est introuvable. On a beau s’accrocher à sa trame, on ne comprend pas d’où viennent les personnages, comment ils sont liés à leur destin et qui les a enfantés une seconde…»…

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«La société algérienne a été privée de son histoire»

La fille de Messali Hadj a appelé à la réinsertion du fondateur du Mouvement national algérien (MNA) dans l’histoire contemporaine de l’Algérie.

Tlemcen
De notre envoyé spécial

Djanina Messali Benkelfat, fille de Messali Hadj, fondateur du Parti du peuple algérien (PPA), a reproché aux partis leur inaction dans le processus de reconnaissance et de réinsertion de son père dans l’histoire du mouvement national. «Cette inaction établit incontestablement leur faiblesse, leur manque d’audace et l’inexistence de leurs audiences. Amnésiée et formatée pendant cinquante ans par la propagande du parti unique, la société civile n’a jamais pu ni su jouer son rôle», a-t-elle déclaré hier à l’auditorium de la faculté de médecine de l’université Aboubakr Belkaïd de Tlemcen à la faveur du colloque international intitulé «Cette terre n’est pas à vendre» sur Messali Hadj organisé par l’association Ecolymet et le laboratoire de recherches civilisationnelles de l’université de Tlemcen.

A ses yeux, la réinsertion de Messali Hadj dans l’histoire et dans l’espace public est également celle des valeurs fondamentales pour lesquelles des générations de militants se sont engagés «et qui attendent une reconnaissance nationale». Le message «inattendu» de Abdelaziz Bouteflika, qui venait d’être élu président de la République en 1999, à un colloque organisé à Paris à la faveur du centenaire de Messali Hadj, a, d’après elle, transposé le débat politique et historique de la capitale française à Alger. «C’était le premier geste politique officiel de la volonté de réinsertion de Messali Hadj. L’accélération de ce processus nous le devons pour beaucoup à Abdelaziz Bouteflika.

En rupture de ban depuis cinquante ans, je n’ai jamais fréquenté les arcanes du pouvoir. Mais je peux dire que l’esprit de Bouteflika de donner à l’Algérie un état civil s’est manifesté à plusieurs reprises, cela l’histoire le retiendra», a soutenu Djanina Messali. Le colloque, qui s’est achevé hier à Tlemcen, est, pour elle, le premier du genre à aborder d’une manière indépendante l’action militante de Messali Hadj. «L’homme, dont le nom, l’engagement politique et le sacrifice ont incarné pendant quarante ans la lutte du peuple algérien pour son indépendance, a été exclu de la vie politique par la violence et de l’histoire par l’occultation. La confiscation de l’indépendance par le système totalitaire du parti unique, qui s’est imposé il y a cinquante ans, a délibérément privé la société algérienne de son histoire. Savait-il qu’en même temps, il la privait de son avenir ?», a déclaré Djanina Messali Benkelfat.

Selon elle, rien n’est plus subversif que l’histoire pour un régime qui accapare tous les pouvoirs et dont l’exercice le plus évident est de les conserver jalousement. «L’amnésie organisée se programme à dessein et la censure et l’omerta sévissent dans les médias. Le nom de Messali est effacé et une histoire officielle s’édifie. Le nom et l’image de Messali Hadj disparaissent de l’espace public», a-t-elle relevé. Elle est revenue sur «la lente et difficile» réinsertion du fondateur du Mouvement national algérien (MNA) qui a commencé dans les années 1970 avec la publication de certains travaux d’historiens et de militants.

Elle a cité l’historien Mohamed Harbi qui, dans son livre Aux origines du FLN, paru en 1975, a dénoncé l’accaparement par ce parti de l’action nationaliste au détriment du MNA. «Il ne suffisait pas à cette époque d’avoir des convictions solides, un esprit libre et un courage intellectuel affirmé. Il fallait avoir du courage tout court pour oser remettre en question les fondements d’institutions en place. Mohamed Harbi en a fait les frais et reçu des menaces des officines spécialisées», a-t-elle souligné.

Plus tard, Mohamed Harbi devait détailler les luttes internes du mouvement nationaliste algérien dans Le FLN, mirage et réalité, puis dans Les archives de la révolution algérienne, un pavé de 500 pages, paru en 1981. «Pour la première fois des archives du MNA et des écrits de Messali que j’ai remis personnellement à l’auteur ont été présentés au public. La même année, les mémoires de Messali ont été publiés chez Lattès. Le manuscrit arrêté en 1938 pour cause de maladie de mon père a été consolidé par deux post-faces signées par Charles André Julien, Mohamed Harbi et Charles Robert Ageron. La préface a été signée par Ahmed Ben Bella qui venait d’être libéré», a-t-elle détaillé. Djanina Messali s’est rappelé aussi de sa rencontre avec Benjamin Stora, alors étudiant, lors de l’enterrement de Messali Hadj à Tlemcen en 1974.

A l’époque, Benjamin Stora préparait une thèse de doctorat sur la vie militante du père du nationalisme algérien. Elle a expliqué comment les dix-sept carnets de mémoire de son père ont servi à alimenter les ouvrages écrits plus tard sur lui. Elle a observé que tous les ouvrages écrits sur Messali Hadj en France n’ont pas été distribués en Algérie, «sauf sous le manteau». «Ces publications constituent les bases fondatrices à partir desquelles une réécriture de l’histoire contemporaine de l’Algérie commence. D’autres écrits sont venus apporter leur contribution enrichissante comme les ouvrages de Mahfoud Keddache et de Omar Carlier», a-t-elle dit.

L’unanimisme contrôlé sur Messali Hadj a été, selon elle, rompu après «la crise du parti unique» révélée par les émeutes de 1988. «C’était le début d’une quête mémorielle populaire, le besoin de se réapproprier son histoire», a-t-elle appuyé. Pour Djanina Messali, l’interruption du processus électoral en 1991, précédé par l’émergence du fanatisme religieux, a posé les questions non résolues depuis l’indépendance de l’Algérie : «La conception de la nation, des libertés, de la légitimité du pouvoir». «Toutes les ruptures qu’a connues le pays depuis 1962 ont remis en cause la confiance populaire en l’avenir. Il ne reste que l’histoire à cette population pour ouvrir des perspectives», a-t-elle ajouté.

La mise au secret

L’historien français Benjamin Stora a, lors de son intervention, salué la possibilité d’évoquer «librement», et pour la première fois, la trajectoire militante de Messali Hadj en Algérie. «C’est un pas en avant dans la connaissance historique», a-t-il dit. Il a confié avoir eu connaissance du combat nationalise de Messali Hadj en Algérie grâce l’organisation communiste dans laquelle il militait dans ses jeunes années. Il a rappelé que l’histoire du Mouvement national indépendantiste est née à travers l’Etoile nord- africaine (ENA), créé par Hadj Ali Abdelkader en France en 1926, rejoint par Messali Hadj en 1927. Avec le discours de Messali Hadj au stade municipal des Anassers à Alger, le 2 août 1936, le centre de gravité de lutte politique nationaliste radicale s’est, d’après Benjamin Stora, déplacé en Algérie.

«C’est pour cela que cette date est importante. C’est un déplacement géographique et politique. C’était, par conséquent, une nouvelle configuration du mouvement nationaliste qui, pour la première fois de manière publique, voulait signifier la rupture avec l’histoire coloniale. Il s’agissait d’acte fondateur, inaugural, sur le territoire algérien par rapport naturellement à d’autres formations politiques de ce qui va constituer le nationalisme algérien», a analysé l’historien. Messali Hadj, lors d’un meeting organisé par le Congrès musulman algérien, au stade municipal d’Alger le 2 août 1936, avait arraché le micro pour lancer : «Cette terre bénie qui est la nôtre, cette terre de la baraka, n’est pas à vendre, ni à marchander ni à rattacher à personne. Cette terre a ses enfants, ses héritiers, ils sont là vivants et ne veulent la donner à personne. C’est précisément pour cela que je suis venu assister à ce meeting au nom de l’ENA, notre parti, votre parti qui est lui pour l’indépendance de l’Algérie.»

Cette célèbre déclaration était, selon Benjamin Stora, le signe de l’éruption de la volonté populaire dans le débat politique algérien. «Jusqu’à cette date, le débat politique, culturel et idéologique était en grande partie l’œuvre de formations qui prônaient l’égalité politique, l’assimilation, la personnalité politique et religieuse par l’intermédiaire des oulémas. Tous ces organisateurs ne faisaient pas intervenir un acteur décisif qui était le peuple algérien. Ce n’est pas par hasard qu’un an après, en 1937, Messali dénommait son nouveau parti, le Parti du peuple algérien», a indiqué l’auteur de La gangrène et l’oubli. Il a relevé que la question de la colonisation était toujours liée à la terre, à la dépossession foncière et au refoulement des populations hors de leurs territoires. D’où la phrase expressive de Messali Hadj.

«En prenant une poignée de terre dans sa main, Messali voulait dire : nous nous séparons. Cette réappropriation de la terre a résonné dans les imaginaires. Cela a permis à Messali d’être connu immédiatement du grand public», a noté l’historien. Allant dans le sens de Djanina Messali Benkelfat, Benjamin Stora a souligné que le nom du fondateur du MNA a été effacé des manuels scolaires et de l’espace public algériens pendant vingt ans (entre 1962 et 1982). D’après lui, la mise au secret a également touché les adversaires de Messali eux-mêmes, lors de la Révolution et après.

A ses yeux, cela était symptomatique de l’effacement d’autres acteurs de la guerre de Libération nationale, comme Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf, Ahmed Ben Bella, Khider, «au nom d’un slogan : un seul héros, le peuple». Benjamin Stora a observé que durant la période de la mise au secret, le nom de Messali Hadj était toujours présent au sein de la société et dans les travaux universitaires. «A son enterrement à Tlemcen en 1974, des milliers de personnes étaient sorties dans la rue. Donc, l’effacement institutionnel ne correspondait pas au mouvement de la société algérienne. En privé, d’anciens militants du FLN m’ont confié leurs regrets, disant que Messali Hadj était un personnage gigantesque et considérable», a-t-il souligné.

Il n’a pas manqué de remarquer que le retour sur la scène publique de Messali Hadj a été accompagné également par celui de Ferhat Abbas, autre figure emblématique du nationalisme algérien bannie et méprisée. (El Watan-19.09.2011.)

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*A travers une cérémonie de recueillement à la mémoire de Messali Hadj, un des leaders spirituels de l’indépendance algérienne, c’est tout un pan de l’histoire de l’Algérie qui est exhumé», a déclaré Hadj Omar Lachachi, ancien militant du Parti du peuple algérien (PPA) et révolutionnaire de la première heure, à l’occasion de la célébration du 35e anniversaire du décès de Messali Hadj, père du nationalisme algérien et fondateur du parti cité plus haut. Mercredi dernier(03.06.09.), des dizaines de personnes, d’anciens militants du PPA et du MNA étaient venus de Koléa, Alger, Bouira, Tizi Ouzou, Chlef, Sidi Bel-Abbès, Batna, Guelma, Constantine et de différentes régions du pays ainsi que de France et de Malaisie pour se recueillir à la mémoire de Messali Hadj, en témoignage de reconnaissance pour les sacrifices qu’il a consentis, pour son dévouement au service de la cause nationale et sa contribution à la lutte contre l’occupation. Au cimetière de Sidi Senouci (Tlemcen), une gerbe de fleurs a été déposée au pied du mausolée du défunt, et la fatiha a été récitée à sa mémoire. Cette commémoration s’est concrétisée grâce à la contribution de Hadj Omar Lachachi, qui a transformé son domicile, sur le quartier de Hartoun, l’espace de deux jours, en lieu de retrouvailles. «L’Algérie a enfanté de grands héros et de grands combattants tels que Ferhat Abbas, Larbi Ben M’hidi, Ahmed Zabana, Zighout Youcef, Mohamed Boudiaf, Ahmed Ben Bella, Abdelaziz Bouteflika, Messali Hadj et bien d’autres… Il faut leur rendre hommage !», a souligné Boudjemaâ Mohamed, ancien camarade de lutte de Messali Hadj. Certains anciens militants du PPA, qui ont longuement évoqué les principales étapes de la vie du grand disparu depuis sa création du PPA jusqu’à son décès en 1974, comptent même interpeller le président de la République pour la «réécriture» d’une partie de notre histoire tant que les hommes qui ont vécu avec Messali sont encore vivants: «Pour que la réconciliation devienne complète, il faut se réconcilier avec notre histoire. Il faut réhabiliter tous ceux qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour que vive l’Algérie éternelle, indépendante», ont dit ses anciens compagnons. N’est-ce pas Ahmed Ben Bella qui, dans sa préface aux mémoires du défunt leader Messali Hadj, déclarait que: «Le fantastique embrasement de novembre 54, qui devait bouleverser notre destinée et celle des autres hommes asservis, c’est pour beaucoup à cet homme (Messali Hadj) que nous le devons». (Le Quotidien d’Oran-07.06.09.)

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*Le mouvement national algérien:

      Naissance, évolution et maturation

Le mouvement national algérien est apparu durant la colonisation française, peu avant la 1ère guerre mondiale (1914-1918), dans un contexte intérieur marqué notamment par un accroissement démographique de la population algérienne, plus que jamais soumise à un statut de dominée et vivant dans l’ignorance et le dénuement le plus total dans son pays occupé. Les premiers pas du mouvement national ont été accomplis à l’orée du 20ème siècle, avec l’apparition dans les institutions coloniales dominantes d’une minorité de notables indigènes, instruite et matériellement favorisée par rapport à la majorité de la population dépossédée de ses terres et soumise au statut inférieur de l’indigénat.

Les historiens distinguent deux branches formant le mouvement national algérien: les réformistes et les indépendantistes. Les premiers, constitués de notables et leurs descendants instruits installés notamment dans les villes, demandent l’introduction de réformes politiques et sont eux-mêmes divisés en deux tendances: les uns veulent être assimilés à la culture française et les autres conduits par l’émir Khaled, petit fils de l’émir Abdelkader, sont plutôt pour le droit des peuples à l’autodétermination.

La branche réformiste politique est menée par le mouvement dit des « Jeunes Algériens », constitué de notables et d’intellectuels musulmans qui fondent les premières associations culturelles et journaux algériens, pour mener leurs actions.

L’aile assimilationniste de cette branche évolue en une organisation politique représentée par les élus musulmans qui tiennent leur premier congrès en 1927 et créent plus tard, la Fédération des élus, mais celle-ci périclite durant la Seconde Guerre mondiale en l’absence des réformes politiques réclamées et, surtout, en raison de la montée du nationalisme.

La seconde branche, celle des indépendantistes, s’est clairement manifestée dès 1926 par la création parmi les ouvriers algériens et maghrébins, en France, de l’Etoile nord africaine (ENA), qui réclame pour la première fois, l’indépendance.

L’émir Khaled en est le président d’honneur, Hadj Ali Abdelkader, un membre du Parti communiste français, le fondateur, avant que ne s’impose Messali Hadj, en tant que leader populaire.

Ce courant est conduit par le mouvement englobant successivement l’ENA, puis après son interdiction par les tenants du colonialisme, le Parti du peuple algérien (PPA), fondé en 1937, et le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), créé en 1946, tous dirigés principalement par le même Messali.

Parallèlement à ce courant radical, d’autres mouvements, jugés par les historiens « plus modérés », entrent en scène, dont l’Association des oulémas musulmans algériens, créée en 1931 par les Oulémas, à leur tête Abdelhamid Ben Badis, qui réclament un réformisme religieux et culturel, ainsi que le mouvement communiste représenté par le Parti communiste algérien, né 1936, et l’Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) de Ferhat Abbas, fondée en 1947.

Situation interne intenable

Au sortir de la première guerre mondiale, la situation des Algériens, colonisés depuis déjà près d’un siècle, s’aggrave du fait de la crise économique née de ce conflit, marquée notamment, par une grande famine parmi la majorité de la population musulmane. Les indigènes musulmans avaient d’ailleurs le statut de « sujets français » dépourvus des droits et des libertés garantis aux citoyens par la Constitution française.

Ce statut inférieur est matérialisé juridiquement par le code de l’indigénat, le service militaire, l’obligation de verser des impôts et l’impossibilité pour les musulmans d’accéder aux emplois publics. Les indigènes sont également soumis à des restrictions des libertés publiques, comme les réunions, la presse, l’enseignement et la circulation.

Face au statu quo imposé par le colonialisme, le courant indépendantiste se radicalise dans les années 1930, poussant les tenants de l’ordre établi à réprimer sans relâche ses dirigeants et interdire les mouvements politiques et leurs journaux, qui versent dans la clandestinité. Cette situation fera prendre conscience aux dirigeants des différents mouvements de la nécessité d’une union des forces.

En 1943, en pleine Seconde guerre mondiale, le PPA approuve le « Manifeste du peuple algérien » rédigé par Ferhat Abbas et avançant le principe d’une Algérie indépendante, rejoignant ainsi les autres courants du mouvement national: Oulémas et autonomistes pour le mouvement des Amis du manifeste et de la liberté (AML) en 1944″, résument encore les historiens. Des membres du PPA estimaient alors qu’il était temps de passer à l’action et de profiter de « la faiblesse de la France », embourbée dans le conflit mondial.

Au lendemain de la Grande guerre et la défaite du Nazisme, et alors que naissaient et se développaient des mouvements indépendantistes partout dans le monde, les Algériens qui ont contribué à la libération de la France, leur colonisateur, suivent le mouvement. 

Or, les « promesses » faites par la France d’émanciper ses colonies, comme l’ont fait d’autres empires coloniaux, restent au stade des vœux pieux.

C’est alors que le 8 mai 1945, lors de la célébration de la victoire des alliés sur le Nazisme, des musulmans algériens lancent des manifestations en brandissant des slogans appelant à libérer Messali, emprisonné un an plus tôt à Brazzaville, et à une Algérie indépendante.

Ces manifestations donnent lieu aux tragiquement célèbres massacres du Nord Constantinois, faisant plusieurs dizaines de milliers de morts, et qui sont considérés comme le déclencheur de la guerre de libération avant l’heure.

Un an après cet épisode, Messali tente de participer aux législatives de 1946 et crée le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MLTD) comme parti légal, alors que le PPA clandestin crée l’Organisation spéciale (OS), en 1947, en vue de préparer la lutte armée.

Le nouveau parti remporte largement les élections municipales, ce qui ne manquera pas d’inquiéter au plus haut point les autorités coloniales, qui démantèlent l’OS en 1950, alors qu’une scission au sein du MTLD, en 1953, précipitent les événements en faveur des « activistes » partisans de la lutte armé pour l’indépendance nationale.

Ces derniers ne tarderont pas à former le fameux « Groupe des 22″ puis le « Comité des neuf » à l’origine du déclenchement de la Révolution du 1er novembre 1954 sous la bannière d’un front, le Front de libération nationale (FLN), rejoint bientôt par la quasi totalité des composantes du mouvement national.*.letempsdz/25-10-2014

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Six_chefs_FLN_-_1954

*Du  nationalisme algérien à la guerre de libération nationale

**Par le Dr Abderrahmane MEBTOUL

En ces moments de recueillement d’un des grands fils de l’Algérie, Hocine Ait Ahmed, gloire à la mémoire de nos chouhadas, qui se sont sacrifiés pour une Algérie prospère et démocratique, tenant compte de notre authenticité. Bien que l’histoire ne se découpe pas en morceaux, celle de l’Algérie, devant remonter à la période des Numides, IVe siècle avant J.C, à la période romaine, de la période du Kharidjisme à la dynastie des Almohades, l’occupation espagnole et ottomane, depuis de longs siècles, une conscience nationale « algérienne » s’est forgée, malgré bon nombre de péripéties. Cette modeste contribution, certainement imparfaite, relate la période du nationalisme algérien à la guerre de libération nationale -1954-1962

1.- Le nationalisme algérien à la Révolution du 01 novembre 1954

Si l’Emir Abdelkader est considéré comme le précurseur de la fondation de l’Etat algérien, Messali Hadj est considéré comme un des fondateurs du nationalisme algérien. Ainsi Messali Hadj dès 1927 réclame l’indépendance de l’Algérie pour avoir été le fondateur du parti du peuple algérien (PPA), du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques et du Mouvement national algérien(MNA). Cependant, bien que la résistance ait toujours existé depuis toutes les invasions, ceux sont les guerres mondiales qui permirent une prise de conscience plus forte de l’injustice que frappait la majorité des Algériens souvent analphabètes et travaillant à des salaires de misère. Pour faire face aux pertes humaines de la Grande Guerre, la France mobilisa les habitants des départements français d’Algérie : musulmans, Juifs et Européens. 249.000 Algériens furent mobilisés (73.000 mobilisés dans la population française, et 176. 000 dans la population « indigène ») avec 38.000 à 48.000 des leurs sur les champs de bataille d’Orient et d’Occident durant la Première Guerre mondiale. Durant la seconde guerre mondiale, en Algérie, la conscription engagea 123. 000 musulmans Algériens et 93. 000 Européens d’Algérie (Pieds-Noirs) dans l’armée française; 2.600 des premiers, et 2.700 des seconds furent tués dans les combats de 1940. En 1942, (appel du général de Gaulle le 08 novembre 1942) et dans le cadre de l’opération Torch (débarquement des Anglo-Américains à Oran, Alger, Annaba) de nombreux Algériens furent engagés dans les forces alliées au sein de l’armé française de la Libération et engagés sur les fronts italiens et français. Entre 1942/1943, les effectifs mobilisés en Algérie s’élèvent sur la période à 304.000 Algériens (dont 134.000 « musulmans », et 170.000 « européens ») Ils sont engagés en Tunisie de novembre 1942 à mai 1943, en Italie de novembre 1943 à juillet 1944, et enfin en France et en Allemagne d’août 1944 à juin 1945. Nous trouvons Ahmed Ben Bella, Mohammed Boudiaf, Mostefa Ben Boulaid, Krim Belkacem. La guerre d’Indochine (1946-1954) absorbe les cadres militaires et fait combattre les volontaires et soldats de métiers, légionnaires et les troupes coloniales dont 35 000 maghrébins (Marocains & Algériens) qui comptent pour 1/4 de l’effectif du corps expéditionnaire. Le 08 mai 1945 alors que la seconde guerre mondiale prend fin en Europe, en Algérie, des manifestations nationalistes algériennes sont réprimées par l’armée française à Sétif et Guelma. On dénombre 103 Européens tués, selon la source officielle française 10. 000 algériens et selon la source algérienne 45.OOO. Suite au « Manifeste du peuple algérien » de Ferhat Abbas en 1943, les élections législatives de 1946 sont un succès pour l’Union démocratique du Manifeste algérien (UDMA). Son parti remporte onze des treize sièges réservés à l’Algérie à l’Assemblée nationale. La loi sur le statut de l’Algérie est promulguée en septembre 1947 : l’Algérie reste composée de trois départements et le pouvoir est représenté par un gouverneur général nommé par le gouvernement français. Une Assemblée algérienne est créée, composée de deux collèges de 60 représentants chacun. Le premier sera élu par les Européens et une élite algérienne (diplômés, fonctionnaires…) et le second par le reste de la population algérienne. Enfin l’article 2 précise « l’égalité effective est proclamée entre tous les citoyens français ».En octobre 1947, le MTLD de Messali Hadj obtient une large victoire lors des élections municipales entrainant la répression des autorités françaises. En 1948 trente-six des 59 candidats du MLTD sont arrêtés. Il est utile de préciser qu’au début du XX siècle plusieurs leaders algériens revendiquent le droit à l’égalité ou à l’indépendance. Plusieurs partis vont être créés et plusieurs pamphlets seront écrits pour défendre les droits des Algériens. Plusieurs penseurs algériens vont vilipender les plus importantes personnalités du régime colonial français. La plupart des figures du mouvement algérien vont être surveillées de près par les services policiers français, d’autres seront exilées vers d’autres pays comme l’a été l’émir Khaled El Hassani Ben El Hachemi en Egypte puis en Syrie. Nous avons des figures et sans être exhaustif, Messali Hadj, Malek Bennabi, Mohamed Hamouda Bensai, Ben Badis, Mohamed Bachir El Brahimi, Larbi Tebessi, Ferhat Abbas, Omar Ouezggane. La question algérienne est posée, encore qu’existe des divergences d’approche, avec la création d’organisations comme le Parti de la réforme ou mouvement pour l’égalité, l’Association des oulémas musulmans algériens, association de l’Etoile nord africaine, le Parti du peuple algérien, les amis du Manifeste des Libertés et le parti communiste algérien. À la suite de la mort d’Abdelhamid Ben Badis en 1940 et à l’emprisonnement de Messaali Hadj, en 1948, le parti Mouvement pour le triomphe des libertés revendique le statut de l’égalité ou de l’indépendance des Algériens. Les arrestations et les interdictions se multiplièrent. Le parti du Mouvement national algérien est fondé en juillet 1954 par les messalistes. Le Front de Libération Nationale FLN lui succède en octobre 1954 par la branche du CRUA (Comité révolutionnaire d’unité et d’action). Par la suite, existera une divergence entre la tendance de Messali Hadj et celle du FLN, suite à l’échec de la médiation de Ben Boulaid ce qui entrainera par la suite des luttes fratricides.

2.-De la Révolution du 01 novembre 1954

Le CRUA est fondé en mars 1954 et organise la lutte armée. Le déclenchement de la révolution algérienne a été décidé dans la Casbah d’Alger et à Batna sous la présidence de Mostefa Ben Boulaid dans la réunion des 22 cadres du Comité révolutionnaire d’unité et d’action CRUA), qui sont Badji Mokhtar- Belouizdad Athmane- Benboulaid Mustapha- Benabdelmalek Ramdane- Benaouada Amar- Ben M’idi Larbi- Bentobbal Lakhdar- Bitat Rabah- Bouadjadj Zoubir- Bouali Said- Bouchaib Ahmed- Boudiaf Mohamed- Boussouf Abdelhafid- Derriche Elias- Didouche Mourad- Habachi Abdesslam- Lamoudi Abdelkader- Mechati Mohamed- Mellah Rachid- Merzougui Mohamed- Souidani Boudjema- Zighoud Youcef. L’une des décisions stratégiques du groupe est la mise en place d’un découpage territorial du pays en cinq zones coiffées par Mostefa Benboulaïd pour la zone 1, Didouche Mourad pour la 2, Krim Belkacem pour la 3 – Rabah Bitat pour la 4 et Larbi Ben M’hidi pour la 5, Mohamed Boudiaf assurant la coordination et les relations avec l’extérieur.

3.- 01 novembre 1954 : de la guerre de libération nationale

La déclaration du 01 novembre 1954 est émise à partir de Tunis. Dans la nuit du 01 novembre 1954 la caserne de la ville de Batna est attaquée par les moudjahidines. Et c’est la guerre. 100 000 soldats français sont affectés dans les Aurès et plus tard ils seront plus de 400 000 en Algérie. Le massacre de Skikda (ex philippevillois) la mort d’une centaine de manifestants algériens, eut lieu du 20 au 26 du mois d’août 1955. La même année, à l’Assemblée générale de l’O.N.U, l’inscription de l’affaire algérienne est à l’ordre du jour. Le Congrès de la Soummam organisé par Abane Ramdane,Larbi Ben M’hidi, et Krim Belkacem le 26 aout 1956 au villages Ighbane et Ifri dans la commune d’Ouzellaquen ( Kabylie) a été déterminant et a été l’ acte fondateur de l’État Algérien moderne et pilier déterminant pour la réussite de la révolution Algérienne. « La primauté du politique sur le militaire » constitua l’un des fondements du Congrès. Après le congrès de la Soummam, l’Algérie a été divisée en six « wilayas » ou états-majors. Une wilaya est divisée en quatre zones. Chaque zone est divisée en quatre régions. La région est divisée en quatre secteurs. Le Conseil national de la révolution algérienne CNRA désigné par le congrès de la Soummam se composait de 34 membres : 17 titulaires et 17 suppléants Pour les titulaires nous avons Mostefa Ben Boulaïd- Youcef Zighoud – Belkacem Krim – Amar Ouamrane – Med Larbi Ben M’hidi- Rabah Bitat – Mohammed Boudiaf – Ramdane Abbane -Ahmed Ben Bella- Mohammed Khider – Hocine Aït Ahmed -Med Lamine Debba-ghine- Idir Aïssat – Ferhat Abbas – M’hamed Yazid -Benyoucef Ben Khedda – Taoufik El Madani. Après la condamnation de Larbi Ben M’hidi et après le déroulement du Congrès de la Soummam, le F.L.N intègre les dirigeants du mouvement national algérien (M.N.A). Plusieurs partis algériens adhèrent à la cause du F.L.N. Les Aurès, le Constantinois, l’Ouest de l’Algérie, la Kabylie, etc., seront les zones les plus sensibles du point de vue stratégique et logistique. Les deux pays(le Maroc et la Tunisie) sont sous protectorat français mais aideront le FLN. Ils hébergeront les deux armées de l’ALN aux frontières. Cependant l’histoire se précipite. La délégation des principaux dirigeants du FLN Mohamed Khider, Mostefa Lacheraf, Hocine Ait Ahmed, Mohamed Boudiaf, et Ahmed Ben Bella est arrêtée, à la suite du détournement, le 22 octobre 1956 par l’armée française, de leur avion civil marocain, entre Rabat. En 1959, Messali Hadj sort de prison, il est assigné à résidence. Durant cette période des sous officiers algériens de l’armée française désertent venant grossier les rangs de l’ALN dont certains seront connus au lendemain de l’indépendance politique comme Khaled Nezzar, Larbi Belkheir, Mohamed Touati, Mohamed Lamari , Abbas Gheziel , Abdelmalek Guenezia ect …Les étudiants algériens s’impliquent. Après la création de l’UGEMA en 1955 par Belaid Abdesselam, Mohamed Seddik Benyahia, Lamine Khène, et Ait Chalal, la section locale de Montpellier élit à sa tête Mohamed Khémisti (futur ministre des affaires étrangères qui fut assassiné durant la période Ben Bella). Des intellectuels français vont aider le FLN comme Maurice Audin qui fut torturé et tué par les services français. Franz Fanon s’engage auprès de la résistance algérienne. Albert Camus, natif d’Algérie, fut un défenseur des droits des algériens, dans les années 1940, avant de refuser de prendre position pour l’indépendance avec cette phrase célèbre prononcée à Stockholm en 1957 : « Si j’avais à choisir entre la justice et ma mère, je choisirais encore ma mère ». Dès 1956, Jena Paul Sartre, et la revue Les Temps modernes prennent parti contre l’idée d’une Algérie française et soutiennent le désir d’indépendance du peuple algérien.

4.-Du plan de Constantine à l’indépendance politique

La découverte de pétrole dans le sud algérien favorise les convoitises et ainsi est annoncé le plan de développement économique et social dit Plan de Constantine visant à la valorisation de l’ensemble des ressources de l’Algérie, mettant en relief les relations financières entre l’Algérie et la métropole (juin 1955) et les perspectives décennales du développement économique de l’Algérie (mars 1958). Ce plan était surtout destiné à l’affaiblissement politique du Feront de Libération National. Les principaux objectifs fixés par ce plan sont la construction de 200.000 logements, permettant d’héberger un (1) million de personnes ; la redistribution de 250.000 hectares de terres agricoles ;le développement de l’irrigation ; la création de 400.000 emplois industriels ; la scolarisation de tous les enfants en âge d’être scolarisés à l’horizon de 1966 ; l’emploi d’une proportion accrue de Français musulmans d’Algérie dans la fonction publique (10%) ; l’alignement des salaires et revenus sur la métropole ainsi qu’une d’industrialisation s’appuyant à la fois sur des aides directes et indirectes aux entreprises privées investissant en Algérie et la mise en valeur des ressources en hydrocarbures (pétrole et gaz naturel) découvertes dans le Sahara, susceptibles de fournir des ressources d’exportation et une énergie bon marché. Malgré cela l’indépendance devient irréversible et en 1960 la semaine des barricades à Alger fait 22 morts algériens et des centaines de prisonniers. Lors du discours du 04 juin 1958 à Alger, le général De Gaulle sentait l’indépendance proche par cette fameuse phrase « je vous ai compris ». Par la suite il annonce la tenue du référendum pour l’indépendance de l’Algérie. Suite à cela, nait l’’Organisation armée secrète (OAS), également appelée Organisation de l’armée secrète qui était une organisation française politico-militaire clandestine partisane créée le 11 février 1961 après une rencontre à Madrid entre Jean Jacques Susini et Pierre Lagaillarde où à Alger le 16 mars 1961 avec le slogan « L’Algérie est française et le restera ». Des attentats violents éclatent qui toucheront également la métropole. C’est ainsi que l’on assistera à la tentative du putsch des généraux contre le général De Gaulle. En 1960, l’ONU annonce le droit à l’autodétermination du peuple algérien. Le côté français organise des pourparlers avec le gouvernement provisoire algérien Plusieurs réunions à l’extérieur du pays vont aboutir aux accords d’Evian. Le 17 octobre 1961, la nuit noire débute à Paris, appelée aussi la bataille de Paris avec le massacre du 17 octobre 1961. Plusieurs Algériens sont tués en métropole lors d’une manifestation du FLN. Il y aura aussi des milliers d’arrestations au sein des Algériens. Le tournant ont été les accords d’Evian qui sont le résultat de négociations entre les représentants de la France et du Front de Libération Nationale, accords signés le 18 mars 1962 à Evian -les Bains (Haute Savoir France) et se traduisent immédiatement par un cessez le feu applicable sur tout le territoire algérien. Du coté algérien nous avons la délégation du FLN, Krim Belkacem, Saad Dahlab, , Benmostefa Benaouda dit Siamar, Lakhder Bentoubal, Taïeb Boulahrouf, Mohamed Seddik Ben Yahia, Seghir Mostefaï, Redha Malek, M’Hamed Yazid, Ahmed Boumendjel et Ahmed Francis. Du coté français nous avons Louis Joxe, Bernard Tricot, Roland Cadet, Yves Roland-Billecart, Claude Chayet, Bruno de Leusse, Vincent Labouret le général Jean Simon, le lieutenant colonel Hubert de Seguins Pazzis , Robert Buron et Jean de Broglie. Dans la foulée le CNRA se réunit à Tripoli (Libye) du 27 mai au 05 juin 1962 pour, en principe, entériner les termes des accords d’Evian. L’ordre du jour est rapidement débordé et la conférence adopte, après amendements, un programme de gouvernement préalablement élaboré à Hammamet (Tunisie). Ce document que l’histoire retient sous le nom de programme ou parfois charte de Tripoli caractérisé par bon nombre de dissensions internes au sein de la direction, certains acteurs affirmant qu’il n’a jamais été adopté, établit pourtant le régime socialiste comme modèle de développement et impose le parti unique comme système politique. Lors du référendum d’autodétermination de l’Algérie où les électeurs ont eu à se prononcer par « Oui» ou par « Non » sur la question suivante :« Voulez vous que l’Algérie devienne un État indépendant coopérant avec la France dans les conditions définies par les déclarations du 19 mars 1962 ,le Oui l’emporte par 99,72 % (5 994 000 sur 6 034 000 votants et 530 000 abstentions).La France reconnait l’indépendance de l’Algérie le 03 juillet et celle ci est proclamée le 05 juillet 1962. Rappelons que de septembre 1958 à janvier 1960 Ferhat Abbas a été président du GPRA, Benyoucef Benkhedda d’aout 1961 à juillet 1962, Abderrahmane Farès de juillet 1962 à septembre 1962 président de l’exécutif provisoire algérien et à nouveau Ferhat Abbas du 20 septembre au 25 septembre 1962 président de l’Assemblé nationale constituante.

Conclusion

Pour clore cette brève analyse historique certainement imparfaite, comment ne pas souligner avec force, l’importance du devoir de mémoire notamment entre l’Algérie et la France afin de dépasser les faux préjugés, d’établir la vérité afin d’éviter surtout que certains des deux cotés de la méditerranée n’instrumentalisent l’histoire à des fins politiques ce qui permettra d’entrevoir l’avenir, pour un devenir solidaire. Le président de la république française François Hollande a reconnu en octobre 2012 la responsabilité de la France, pour les massacres du 17 octobre 1961, un premier pas afin de dépassionner nos relations et se tourner vers l’avenir afin d d‘entreprendre ensemble grâce au dialogue des cultures. L’écriture objective de cette fraction historique est nécessaire tant par les historiens que les acteurs ayant vécu cette période. Dans ce cadre, comment ne pas mettre en relief la tentation depuis l’indépendance politique de la dénaturation de l’histoire de l’Algérie, certains voulant la ramener à leur propre personne. Evitons les polémiques stériles. La jeunesse a besoin de connaitre son histoire, très riche qui ne saurait de limiter à la période contemporaine de 1963 à 2012. Gloire à tous nos martyrs à travers notre longue histoire, qui se sont sacrifiés pour une Algérie prospère, où serait banni l’injustice, une Algérie fondée sur l’Etat de doit, la démocratie tout en tenant compte de son anthropologie culturelle. Les dirigeants entre 1962 et 2015 ont –ils respectés ces principes fondamentaux, devant éviter après plus de 50 années d’indépendance politique d’instrumentaliser l’histoire pour des intérêts matériels étroits. Notre seul objectif doit être de rassembler toutes les algériennes et algériens ( voir notre interview à Beur TV 25/12/2015) devant tenir compte de leurs différentes sensibilités au moment où avec la chute du cours des hydrocarbures d’importantes turbulences s’annoncent entre 2016/2020.*Contribution paru dansalgerie1.com  | 27/12/2015 | 

Professeur des Universités, expert international en management stratégique Dr Abderrahmane MEBTOUL

ademmebtoul@gmail.com

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78 réponses à “Messali Hadj, le père du nationalisme algérien”

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