5 Octobre 1988

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Bien avant la chute du mur de Berlin et les révolutions arabes

Bien avant les révolutions arabes, bien avant la chute du mur de Berlin, bien avant la fin de Ceausescu en Roumanie, et bien avant le démembrement de l’Urss, l’Algérie avait involontairement initié à travers les événements du 5 octobre 1988 les premiers mouvements de protestation appelant à la consécration de la démocratie et de la liberté d’expression.

Plus de 25 ans après, l’onde de choc de ces événements en Algérie, a été ressentie dans le Monde arabe qui réagit tardivement aux répliques de la jeunesse algérienne. Bien avant le coup de colère de Bouazizi à Sid Bouzid en Tunisie, bien avant la colère du mouvement Tamarud sur la place Tahrir en Egypte, bien avant la révolte des populations sunnites à Homs en Syrie, bien avant la révolte des tribus libyennes à Benghazi et bien avant la colère des Yéménites, Alger, capitale géopolitique située à deux heures de l’Europe, a fait trembler le Monde arabe. A l’époque, Al Jazeera n’existait pas pour faire la promotion de notre révolte et servir d’onde de choc dans les autres pays arabes. Seuls deux journaux arabes comme se Shark El Awssat et El Hayat édités à Londres et interdits déjà en Libye, en Syrie, en Egypte et même en Tunisie, avaient parlé de cette révolution unique dans le seul pays du Monde arabe, qui avait vu la fin de son parti unique, la naissance du multipartisme et surtout l’ouverture médiatique. Cette révolution avait été très mal vue à l’époque dans certains pays arabes «autocratiques», qui avaient un parti unique ancré dans le paysage politique arabe comme le parti Baas en Irak et en Syrie, le Néo-Destour en Tunisie ou encore le Parti national démocratique Al-Hizb al-Watani ad-Dimuqrati en Egypte sous Moubarak. A l’époque, l’Algérie qui avait changé de système politique avant même la chute du mur de Berlin et la fin du communisme dans l’Europe de l’Est, était même comparée à l’Iran qui avait basculé en République islamique en 1979. L’Algérie qui avait été avec le Vietnam, le seul pays du Monde arabe à avoir mené une lutte armée pour obtenir son indépendance contre un pays militairement et membre de l’Otan: la France. A l’époque, l’ancienne puissance coloniale a été le seul pays à médiatiser cette révolte des jeunes de Bab El Oued, qui s’est ensuite transformée en une révolte nationale à travers de nombreuses wilaya. Les révoltes d’octobre 1988 avaient fait les Unes des télévisions françaises sur La Cinq, France 2 et TF1, dénonçant à l’époque la main du FLN durant plus de 30 ans au pouvoir. Un FLN qui avait vaincu la France sur le terrain militaire et qui était présenté comme un parti «unique» et «autocrate» par ces mêmes médias français. Mais cette médiatisation «francophone» n’avait pas atteint les autres pays arabes qui voyaient d’un mauvais oeil le réveil de la jeunesse algérienne considérée comme la plus active et la plus importante en Afrique du Nord. Plus de 25 ans après, les mêmes médias français ressortent leur machine médiatique avec les mêmes mots et avec presque le même angle d’attaque pour dénoncer Ben Ali, El Gueddafi, Moubarak et Bachar El Assad.
La révolution populaire qu’avait vécue l’Algérie en octobre 1988, avait dessiné à l’avance le scénario des révolutions arabes qui se sont déroulées en Tunisie et en Egypte, avec la montée vertigineuses des islamistes au pouvoir. L’Algérie qui venait d’accomplir le premier test d’une démocratie avec son lot d’émeutes, de répressions et de changements de système, a connu le revers de la révolution: arrêt du process électoral, une décennie de terrorisme violent, 100.000 morts et un isolement politique, médiatique et économique durant plus de 20 ans. Depuis 2001 et les attentats du 11 septembre, l’Algérie, qui avait effectué sa deuxième grande révolution, est enfin écoutée et son action démocratique est enfin reconnue. Après d’âpres sacrifices et une solide détermination, le pays a su passer le cap de la tragédie à la paix, d’un pays isolé à une puissance régionale. Et quand aujourd’hui on pose la question à un responsable algérie, «pourquoi l’Algérie n’a pas adhéré à la révolution arabe», il avait souvent cette réplique qui le secoue: «Les Algériens n’ont pas attendu les Arabes pour faire leur révolution (…) notre révolution, nous l’avons faite en 1988.» Cette déclaration en 2011 a été faite par le Premier ministre Ahmed Ouyahia, lors de l’éclatement de la révolution en Tunisie et en Egypte et, qui démontre que plus de 25 ans après les événements d’octobre 1988, les Egyptiens et les Tunisiens se souviendront toujours que l’Algérie, terre de défis et de révoltes, avait déjà vécu sa révolution arabe et la montée des islamistes au pouvoir. L’Algérie est reconnu, enfin, comme le précurseur de la révolution arabe et même de toutes les révolutions pour l’indépendance et pour la liberté.*L’Expression-Samedi 05 Octobre 2013

5 octobre 88

**Le jour où le régime vacilla!

Près de 30 ans après ces manifestations qui ont provoqué la mort de centaines de jeunes algériens, la classe politique n’arrive toujours pas à nommer ce qui s’est passé à cette date.

Entre ceux qui pensent que c’était juste un « chahut de gamins » et ceux qui admettent, des années après, que c’était une vraie « révolution » démocratique, le fossé est toujours énorme. Et malgré le « repentir » de certains politiques –à l’image de Bouteflika- qui ont fini par admettre que les évènements étaient d’abord politiques avant que cela ne soit une émeute du « pain », la donne n’a pas changé. Beaucoup pensent que le soulèvement d’octobre était provoqué par la pénurie des produits alimentaires. Le chômage et la mal vie aidant, les jeunes se ont soulevés contre le pouvoir et tous ses symboles.

Une chose est désormais établie. Les tragiques évènements d’octobre 1988 ont conduit le pays vers une semblant de multipartisme. Et c’est dans le sillage de cette ouverture forcée que les islamistes ont trouvé une brèche pour s’imposer dans une société qui honnissait le parti unique. La confrontation qui a suivi a coûté la mort de dizaines de milliers d’Algériens, entre militaires, civiles et terroristes.

Vingt-sept ans après les évènements d’octobre, la démocratie, qui fut la principale revendication des manifestants, n’est pas vraiment encrée dans le pays. Les mêmes visages, les mêmes pratiques et surtout la rapine sont toujours le menu quotidien des Algériens. Le FLN, qui a été la cible des manifestants, est toujours « première force politique » du pays. Et le rôle de l’armée reste toujours trouble autant que les liens qui unissent les autorités civiles et militaires.

La seule chose qui a changé est le fait de la nature: la majorité des acteurs de cette période commencent à disparaître les uns après les autres. Il ne restera des évènements d’octobre que les cicatrices qui marqueront à jamais la vie de la nation.**Essaïd Wakli / algerie-focus./ lundi 05 octobre 2015

**Assassinat des centaines de manifestants:

Le Général Khaled Nezzar s’en lave les mains

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L’ancien ministre de la Défense nationale, le général à la retraite Khaled Nezzar, a réagi lundi aux accusations dont il a fait l’objet au sujet de l’assassinat des centaines de manifestants sortis dans les rues pour crier leur colère un certain 5 octobre 1988.

“Pour les tueries d’octobre 88, s’il y a bien quelqu’un qui devrait être jugé par un tribunal populaire, c’est bel et bien l’ex-soldat de l’armée française, le sinistre général Nezzar”, avait accusé sur les réseaux sociaux l’ancien divisionnaire à la police, engagé dans la lutte antiterroriste durant des années, Khaled Ziari. Face à cette grave accusation, le général Nezzar a rendu public une lettre publiée par Algérie-Patriotique, un média en ligne appartenant à son fils Lotfi, un entrepreneur qui active notamment dans le secteur des nouvelles technologies.

“M’accuser d’avoir ‘’massacré les manifestants’’ en octobre 1988, c’est insulter ces jeunes conscrits que vous prenez, sans le dire, pour des machines à tuer pour peu qu’ils en eussent reçu l’ordre”, a expliqué Khaled Nezzar dans sa lettre où il n’hésite pas à qualifier l’homme qui l’accuse d’avoir tué les manifestants du 5 octobre 1988 de “pleutre”, de « poule mouillée » et de “lâche avec un grand L”.

Khaled Nezzar révèle même qu’il avait contribué à la mise à l’écart d’un général influent lequel voulait  “faire tirer les hélicoptères sur les manifestants”. Khaled Nezzar ne précise pas l’identité de ce haut gradé. Ceci dit, il ne manque pas de préciser que “cet incident s’est déroulé dans la salle des opérations en présence de l’ensemble des officiers et des personnels qui en étaient témoins”, raconte-t-il. “J’ai affronté les magistrats de Paris et de Genève sur, justement, les événements de 1988 et 1992, et ils n’ont rien pu faire à ce jour”, conclut d’un ton défiant le général Khaled Nezzar.*Abdou Semmar/ algerie-focus./ lundi 05 octobre 2015

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25 ans plus tard, on retombe dans les travers des transitions avortées

La bouffée de colère expirée par la rue algérienne un certain 5 octobre 1988, n’a rien appris aux pays arabes qui, 25 ans plus tard, retombent dans les travers des transitions avortées. Comme en Algérie où le FIS dissous a raflé la mise lors des élections législatives du 26 décembre 1991, ce sont les islamistes d’Ennahda qui ont gagné les élections de l’Assemblée constituante en Tunisie du 27 octobre 2011. C’est la formation islamiste du Parti justice et développement (PJD) qui remporte les législatives du 25 novembre 2011 au Maroc. Et pour clôturer ce cycle de l’absurde, les Frères musulmans remportent pour la première fois dans l’histoire du Monde arabe la présidentielle, avec l’élection de Mohamed Morsi à la tête de l’Egypte en juin 2012. Dans les rues de Tunis, du Caire et de Rabat, quand les manifestant bravaient les forces de sécurité, point d’apparition pour les islamistes. Ni les slogans scandés, ni les mots d’ordre suivis ne rappellent la moindre présence islamiste. Loin d’être des acteurs de ces révoltes, les islamistes étaient plutôt à l’affût. L’histoire étant un éternel recommencement des choses, les islamistes ont reproduit le même scénario et adopté la même démarche que ce qu’ils ont fait en Algérie 25 ans plutôt: embusqués, ils ont structuré la société, préparé leurs réseaux avant de récolter le fruit des révoltes juvéniles. La suite des résultats est connue. L’Algérie a sombré dans une guerre civile pendant 15 ans. Désarmée, désavouée, isolée et bannie par les pays arabes et occidentaux, elle se débat, un pied à terre, seule face à l’hydre terroriste. La facture a été payée en sang des Algériens. L’Algérie a chèrement payé son refus d’accepter un régime théocratique imposé par le glaive des groupes islamistes: 200.000 morts, 20 milliards de dollars de pertes, plus de 30.000 bombes ont explosé et des dizaines de milliers d’attentats commis contre des civils, des intellectuels et les forces de sécurité. Sans programme économique clair, sans solution et sans réelle stratégie de gouvernance pour soulager la demande citoyenne, les islamistes fléchissent face à la colère de la rue. Les peuples arabes se rendent compte que leur «printemps», qu’ils ont défendu avec ardeur et enthousiasme a été absorbé par «l’aspirateur islamiste». Ayant échappé aux régimes dictatoriaux, ils se retrouvent déçus, nez à nez avec des régimes théocratiques. C’est ce qui s’appelle dans la mythologie grecque «tomber de Charybde en Scylla». Incapables d’adapter le dogme au pragmatisme quand ils ont été confrontés à l’exercice du pouvoir, les islamistes ont lamentablement échoué. Deux ans après ces révolutions, la Tunisie se débat toujours dans une crise, les islamistes viennent de perdre les élections (hier, Ndlr) au Maroc et la fable des Frères musulmans n’aura duré qu’une seule année en Egypte qui a failli sombrer dans l’irréparable. Pourtant, le précédent cas algérien était là pour rappeler les dangers des transitions. Au lieu de s’en inspirer, les pays arabes attendaient «le ralliement» de l’Algérie à cette dynamique dont elle a «bu» les travers jusqu’à la lie. L’Algérie a été en effet un véritable cas d’école qui aurait pu servir aux pays arabes. La venue de l’islamisme politique a fait sa première expérience en Algérie. Le fait aurait pu servir de leçon. Mais comme dit un proverbe chinois: «Quand on lui montre la lune, l’imbécile regarde le doigt.» Certains cercles demandent, sinon souhaitent toujours, voir l’Algérie rallier les révoltes arabes oubliant un principe sacré des peuples qui luttent: on ne réchauffe pas une révolution.*L’Expression-Samedi 05 Octobre 2013

**27 ans après, la démocratie reste à construire

27 longues années séparent le 5 Octobre 1988 du 5 octobre 2015. 27 ans se sont écoulés depuis ce mouvement qui se voulait porteur d’espoir d’une Algérie libre et démocratique. Les émeutes d’Octobre 1988, qui ont fait près de 500 victimes, avaient redonné un tant soit peu espoir aux Algériens, qui aspiraient à un cadre de vie meilleur. Le sacrifice des «enfants du 5 Octobre» a permis à l’Algérie d’entamer une nouvelle ère politique.

Le sacrifice des «enfants du 5 Octobre» a ouvert la voie au pluralisme politique, associatif, aux luttes syndicales et à la naissance de la presse indépendante… Mais cette brèche a été de courte durée. Cette ouverture a été vite refermée par un pouvoir qui ne se soucie que de sa pérennité au détriment des revendications du peuple. Nombre d’observateurs et de politologues estiment que l’ouverture a surtout servi l’opportunisme et l’islamisme.

L’Algérie a régressé au lieu d’avancer ; elle a vécu une décennie noire, sombré dans le chaos pendant dix longues années, replongé dans une nouvelle crise économique due à l’effondrement du prix du pétrole. Aujourd’hui, 27 ans après, quelle leçon peut-on tirer du soulèvement des jeunes du 5 Octobre ? Force est de constater que nous vivons actuellement le même climat et dans les mêmes conditions qui prévalaient dans les années 1980.

Les facteurs ayant poussé au déclenchement des émeutes d’Octobre 1988 sont de mise : l’Algérie, dont les revenus extérieurs proviennent à 99% de la vente d’hydrocarbures, est frappée de plein fouet par le contrechoc pétrolier. La chute des cours du pétrole a mis à nu les échecs successifs des politiques menées par le système, basées sur la fuite en avant et l’achat de la paix sociale au lieu d’une véritable stratégie politique, économique et sociale.

Le malaise est prévisible avec les émeutes du logement, du pain, du gaz, le chômage et la hogra, sans oublier la bureaucratie et les scandales de corruption. Certains acquis les plus élémentaires arrachés en Octobre 1988 sont remis en cause en 2015 par un pouvoir qui donne rarement, sinon jamais, la parole au peuple. Les manifestations et les attroupements publics sont interdits, les grévistes sont souvent malmenés, on remet en cause le droit syndical, on verrouille le champ d’activité des associations…

Les ingrédients d’une explosion sociale sont d’actualité, avec une crise politique et institutionnelle caractérisée par une démission de la gestion des affaires publiques et des institutions souffrant de manque de légitimité populaire et de crédibilité. Pour éviter un octobre-bis, des partis de l’opposition réclament l’ouverture d’un débat et le recours à une période de transition. Le pouvoir a répondu niet.

L’association Rassemblement action jeunesse (RAJ), née dans la foulée des émeutes d’Octobre 1988, pense qu’en promulguant un arsenal de lois en 2012 «pour étouffer et asphyxier la vie politique et associative, en violant les droits de la personne humaine, avec le chômage, la cherté et la précarité de la vie, sans oublier la bureaucratie, la corruption à grande échelle, le faussé entre le gouvernant et le gouverné s’élargit de plus en plus».

Le RAJ, qui rend aujourd’hui hommage aux victimes du mouvement d’Octobre 1988 en organisant un rassemblement pacifique, pense que «le contexte national et régional impose une véritable et sérieuse ouverture démocratique, avec l’implication de tous les Algériens et Algériennes, pour poser les premiers jalons d’un Etat de droit, de justice et de démocratie, où la souveraineté chèrement arrachée sera restituée au peuple algérien».

**Hommage aux victimes du 5 Octobre

Fidèle aux idéaux d’Octobre 1988 et aux luttes démocratiques menées depuis l’indépendance, pour la mémoire et contre l’oubli, pour le respect des libertés démocratiques et pour la justice sociale, le RAJ organise un rassemblement pacifique, aujourd’hui à partir du 12h30 sur la place devant le Théâtre national algérien (TNA). R. P.

*Nabila Amir/ el watan-lundi 05 octobre 2015

**le 5 Octobre 1988, une leçon à retenir

Le président de Jil Jadid, Soufiane Djilali, considère le 5 Octobre 1988 comme un événement qu’il faut commémorer et expliquer aux jeunes générations.

«Aujourd’hui, en ces moments difficiles que traverse encore une fois le pays, le 5 Octobre doit être considéré comme une leçon à retenir», a écrit ce chef de parti de l’opposition dans une déclaration rendue publique hier. La leçon, selon lui, doit être tirée par le pouvoir. «Non pas par le peuple pour le dissuader de demander ses droits, mais par le pouvoir pour qu’il comprenne, une fois pour toutes, que la spoliation de la souveraineté, l’oppression, l’injustice et la manipulation ne mènent nulle part sinon aux malheurs, au sous-développement, à la misère et au désastre final», a-t-il enchaîné.

Ces événements doivent être revisités et analysés, car le pays vit actuellement des «moments difficiles». «27 années après, les événements d’Octobre 1988 restent très présents dans la mémoire collective. C’est qu’ils ont constitué une rupture majeure dans l’histoire de notre pays depuis son indépendance», a-t-il affirmé, estimant qu’il est du devoir de tous de «se recueillir à la mémoire de celles et de ceux qui ont perdu la vie dans cette tragédie, et d’avoir une pensée reconnaissante pour toutes les autres victimes qui en ont souvent gardé de profondes séquelles».

Soufiane Djilali critique le président Bouteflika et «son clan» qui «semblent avoir réussi à s’assurer le pouvoir absolu». Le président de Jil Jadid considère qu’ils «sont malheureusement dans la position de ceux qui peuvent causer le désastre absolu pour le pays», affirmant que «leur responsabilité est immense et elle est engagée face à l’histoire, s’ils en ont conscience». Pour ce chef de parti, «il ne reste plus qu’une ultime chance pour l’Algérie : que le pouvoir accepte la mise en place d’un Etat de droit et l’organisation d’élections transparentes et sans tricherie».*R. P./  el watan-lundi 05 octobre 2015

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**Les événements du 5 octobre 1988 n’ont pas encore livré tous leurs secrets

Le 5 octobre 1988, une date qui demeure encore vivace dans la conscience de la société algérienne. Un tournant décisif dans l’histoire politique de l’Algérie, 25 ans après, qu’est-ce que cela veut dire pour la  génération Facebook? A-t-elle une idée de ce qui s’est passé durant cette journée horrible et les journées non moins horribles qui la suivirent où la génération Reebok bascula dans l’émeute et le désordre? Etait-ce le résultat d’intrigues de palais jetées dans la rue ou un «chahut de gamins» récupéré et manipulé par des comploteurs professionnels agissant pour le compte d’une mouvance intégriste prise en charge par l’aile conservatrice d’un FLN au bord de la dislocation? Pour pouvoir répondre à ces questions, il faut d’abord remonter jusqu’à l’automne de l’année 1986 et les émeutes juvéniles de Sétif et de Constantine.
Les capitales de l’Est et des Hauts-Plateaux furent secouées par des troubles sans précédent qui furent réprimés dans le sang.
L’histoire retiendra que sans l’attitude nationaliste du général Mostefa Belloucif, qui refusa catégoriquement d’envoyer les militaires dans la rue, l’Algérie aurait basculé dans un chaos généralisé.
Plus tard, feu Belloucif fera l’objet d’un complot qui l’envoya en prison. Lui en a-t-on voulu pour son refus d’impliquer l’armée dans des troubles créés par des civils? Pour de nombreux témoins directs, le 5 octobre constitue un remake du «coup» raté puisque les régions de Sétif et de Constantine évitèrent l’embrasement.
En un mot, les émeutes d’octobre 1988 ont été le théâtre sanglant d’une conspiration qui s’est jouée dans les coulisses et dont l’un des objectifs était de neutraliser l’aile progressiste du FLN avant d’envoyer carrément ce parti au musée de l’Histoire.
Le rappeler aujourd’hui ne signifie nullement que l’on a oublié le sacrifice des victimes innocentes tombées dans l’embuscade tendue par certains intrus infiltrés qui avaient réussi à semer la discorde dans les rangs de l’ancien parti unique en planifiant son implosion avec la complicité de certains opportunistes. Il s’agit d’une réalité vécue et rapportée par plusieurs militants dont le témoignage confirme la thèse du complot ourdi contre l’Algérie. Il n’y a que ceux dont la mémoire est courte qui ne se rappellent pas comment les conservateurs du FLN s’étaient alliés aux leaders intégristes, et comment les clandestins du Pags (Parti de l’avant-garde socialiste) du Parti des travailleurs cédèrent à la provocation.
Le 5 octobre n’est pas une date fétiche à célébrer chaque année, mais un événement qui n’a pas encore livré tous ses secrets.
Le retour sur ce «printemps arabe», exporté aujourd’hui dans la majeure partie du monde arabo-musulman, traduit néanmoins les grandes lignes qui ont fait basculer l’Algérie vers le côté obscur, aggravé par l’avènement des partis islamistes, notamment le FIS dissous ayant pris naissance sous des cieux occidentaux. Tout était programmé pour déstabiliser le pays. Manoeuvres et manipulations ficelaient le complot de ce parti dissous dont les visées étaient de provoquer une guerre civile.
Le but a été atteint, des milliers d’innocents furent assassinés, femmes, enfants, vieillards.
Des intellectuels, des hommes politiques, des militaires et policiers.
L’arme intégriste n’épargnait personne. On ne sait presque rien des manigances des coulisses, mais on sait en tout cas, que tous les partis islamistes créés au-delà des frontières se sont introduits pour accomplir une mission!
Certains islamistes, après plus de 15 ans de lutte antiterroriste, aspirent encore à prendre le pouvoir.*L’Expression-Samedi 05 Octobre 2013

**Abdelmadjid Merdaci. Historien :

«Les promesses d’Octobre sont celles que le régime s’était fait à lui-même»

-Les événements d’Octobre 1988 bouclent leur 25e anniversaire, aucune célébration officielle n’est prévue, comment expliquez-vous cela ?

On peut l’expliquer en retournant la question : qui en Algérie, en 2013, a politiquement en lui le besoin de re-convoquer Octobre 1988, que ce soit parmi les acteurs sociaux politiques ? Au sein des institutions, il y a un malaise par rapport à la mémoire du 5 Octobre ; c’est une mémoire d’abord liée à la violence des répressions, au nombre de morts, d’arrestations et de torture. Comment un régime qui a commis ceci peut-il se permettre publiquement de se souvenir du mal infligé à toutes les victimes ? Par ailleurs, cette question de célébration repose sur celle du rapport de la société elle-même à l’événement.

En principe, si le régime n’y a pas intérêt, les acteurs sociaux devraient, eux, être plus intéressés par le fait de re-convoquer la mémoire, parce que les enjeux que posait la répression, et ceux présumés de l’événement et ceux liés aux questions démocratiques, restent d’actualité. Pourquoi en gros il y a une sorte de consensus autour de l’oubli et de la scotomisation ? Qu’est-ce qui fait que les Algériens d’aujourd’hui, les acteurs et les institutions, ne voient pas un grand intérêt à re-convoquer Octobre 1988 ? Voilà ce qui pose problème en 2013.

-Pourtant, le pouvoir, à travers ses relais, jurait en 2011, que le printemps démocratique algérien a eu lieu en 1988…

C’est une très bonne observation qui permet de faire un rappel, parce qu’on est toujours rattrapé par ses positions et par ses prises de position publique. Le porte-parole du régime, en l’occurrence le président de la République, a eu l’occasion, il y a quelques années, de faire un déplacement en Suisse, à Genève, à l’occasion d’une rencontre officielle de l’Organisation internationale du travail. Il faut se souvenir que, lors de son intervention, le président de la République actuel a sorti une philippique de stigmatisation et de dénonciation sans nuance sur ce qui s’est passé en Octobre 1988 avec toutes les conséquences. Quand le régime dit que nous avons fait notre révolution en 1988, c’est de l’instrumentalisation.

Le 5 Octobre pose problème au régime parce qu’il le met face à ses responsabilités, face à la répression ; mais il pose des questions aussi aux segments les plus sains, je dirais les plus patriotes de l’Algérie, et qui sont toujours porteurs du désir de transformation pacifique et démocratique de notre société. Eux aussi  doivent faire leur bilan 25 ans après. Qu’a-t-on fait nous, qui avons nourri l’illusion de la transformation démocratique, autour et /ou à partir des événements d’Octobre ? Qu’avons-nous fait pour passer de l’illusion à la realpolitik, à l’organisation, à la mobilisation ? C’est l’échec de la générosité, l’échec du progrès, il ne peut pas ne pas nous interpeller.

-Au-delà du mythe, qu’est-ce qui reste alors des promesses d’Octobre  ?

Les promesses d’Octobre sont celles que le régime s’était faites à lui-même et qu’il a parfaitement tenues, c’est-à-dire rétablir les rapports de force à l’intérieur du régime en faveur des thèses du libéralisme, ouvrir de manière formelle les champs politique et médiatique en inventant des acteurs périphériques du débat politique et du débat médiatique, prendre la précaution de mettre tout ce processus sous la menace de l’islamisme qu’on pensait être sous contrôle. Voilà donc, les promesses du régime ont été tenues, elles ont même été tenues tragiquement durant la décennie 1990. Il faut toujours rappeler à la fois les avancées démocratiques de la Constitution de 1989 et en même temps rappeler avec quel cynisme, le régime a foulé aux pieds sa propre Constitution en autorisant les partis islamistes avec tout ce que cela a impliqué par la suite pour la sécurité du pays.s

-Dans quelle mesure, les forces républicaines et démocratiques avaient-elles manqué de maturité à cette époque ?

Quelles que soient les réserves qu’on puisse formuler sur leurs lignes politiques ou idéologiques, les segments qui se réclamaient d’une alternative démocratique étaient pour l’essentiel des gens qui activaient dans la clandestinité ou en exil, que ce soit le PAGS, les trotskystes ou le FFS. Et cela posait des problèmes de re-enracinement des luttes, des valeurs et de l’organisation dans les profondeurs de la société. De ce point de vue-là, le régime avait beaucoup d’avance sur l’opposition. Le FLN, qui reste un instrument du pouvoir, avait maillé la société dans ses dimensions urbaine et rurale.

Les islamistes ont calqué la démarche du FLN et se sont implantés ici et là, à la différence du courant dit démocratique. Du côté de ceux qui sont porteurs des valeurs démocratiques, il faut observer qu’ils n’ont pas été à même de dire qu’il y a un socle commun à partir duquel on peut diverger sur les approches, sur les objectifs, sur le long terme, mais il y a des objectifs communs : c’est-à-dire enraciner les valeurs démocratiques et aller vers la société, se battre pour une réelle libération des espaces publics. Je vais donner l’exemple de Mouloud Hamrouche qui est d’actualité : depuis qu’il a été mis à l’écart de la vie politique en juin 1991, on ne l’a plus entendu. Ali Benflis aussi, depuis qu’il a été mis à l’écart en 2004, on ne l’a plus entendu.

Ces gens-là ne vont pas vers la société et ne parlent pas aux Algériens. Ils restent dans la logique du sérail et attendent le coup de fil leur donnant le feu vert pour dire je suis candidat. Malheureusement, ça aussi c’est le résultat de la conception imposée par le régime depuis 1988.

-De votre point de vue de sociologue et connaissant la régression sur les plans politique, économique et social, est-ce que la société algérienne est toujours en mesure de produire un mouvement de changement ?

Oui. 25 ans après Octobre 1988 et toutes les tragédies qui l’ont accompagné, la question de l’alternative démocratique n’a jamais été aussi actuelle. Il reste, certes, un certain nombre d’indicateurs sur lesquels on peut se prononcer et un nombre d’inconnues qui ne sont pas maîtrisables, mais il y a un bouillonnement dans beaucoup de secteurs de la jeunesse algérienne. Que ce soit sur les nouvelles technologies, sur les réseaux sociaux ou dans les médias, ce bouillonnement n’a pas encore de relais dans les débats publics. Personnellement, je ne désespère pas de mon pays, ce sont les enseignements de l’histoire. 

Quand on prend l’histoire du mouvement national, de ses crises après la répression de Mai 1945, après la crise de l’OS, avec celle qui a démantelé le parti porteur du projet indépendantiste, franchement, qui pouvait raisonnablement parier sur une accélération de l’histoire de notre pays ? Il faut rappeler qu’il s’agissait d’une minorité qui était dans la marginalité politique, des clandestins ayant pris des initiatives qui ont redistribué radicalement les cartes politiques du mouvement national et de la question de l’indépendance. La société algérienne a des réserves qui vont au-delà du système de la corruption et de la prédation. Je refuse l’idée que tous les Algériens soient les acteurs de la prédation et de la corruption.

Je suis certain qu’il y a des gens qui sont porteurs de projets positifs, la question est quel sera le catalyseur qui fera que ces énergies qui sont partout dans les profondeurs de la société puissent se croiser et donner lieu à des projets politiques qui peuvent être porteurs d’alternative ? Je pense aussi qu’il serait urgent que cela se passe, parce que le pays est arrivé à un point de non-retour et le drame est que le régime lui-même n’a pas de réponse à sa propre survie.
  *Nouri Nesrouche-Samedi 05 Octobre 2013

**5 octobre 1988 – 2013, l’espoir doublement assassiné

un quart de siècle de désillusions

Que signifie encore le 5 Octobre, si ce n’est l’échec, la trahison et le rêve brisé. C’est du moins le sentiment de cette génération d’Algériens ayant accompagné ce tournant de l’histoire qui n’a profité, à ce jour, qu’aux partisans de l’ultralibéralisme prédateur au sein du pouvoir.

La plaie demeure ouverte et ce 25e anniversaire coïncide avec moment où le pouvoir, au péril de la nation, s’apprête à allonger sa durée de vie. Ce même pouvoir qui était aux commandes en 1988 et que les Algériens ont tenté de chasser. Sans succès.
Jamais l’Algérie n’a pu s’engager dans un processus démocratique depuis la révolte des jeunes. Une révolte à défaut d’une révolution, l’élite n’ayant pu transformer la colère populaire en revendications politiques de rupture et mener la révolution jusqu’au bout.

Dans une tribune publiée en 2011 sous le titre «Octobre 1988, ‘‘un printemps algérien’’», le journaliste Akram Belkaïd jugeait : «Il faut tout de même reconnaître qu’Octobre a un goût d’inachevé. […] Certes, il y a eu comme acquis le multipartisme et la liberté de la presse, mais peut-on parler de nouvelle donne quand le dictateur de la veille se transforme soudain en réformateur ? Mais la société algérienne n’a pas voulu aller plus loin dans la contestation. Les classes moyennes, apeurées par tant de violence, ont cru naïvement que le système, soudainement vertueux, allait leur accorder plus de libertés et de démocratie. […] Quelle erreur ! Le ‘‘printemps algérien’’ était condamné alors qu’il avait à peine commencé».

L’espoir assassiné

Il faut dire que le contexte interne et externe était diffèrent de celui qui a généré le Printemps arabe en 2011. Il faut dire aussi que les islamistes étaient déjà là, prêts à détourner le fleuve de la démocratie et hypothéquer l’avenir du pays.
A l’époque, le pouvoir mené par Chadli Bendjedid n’avait pas eu besoin de recourir à la contre-révolution pour avorter la marche des jeunes émeutiers. Il a fallu juste prononcer un discours, faire des promesses et élaborer une nouvelle Constitution pour déjouer la volonté populaire.
«Ces quelques journées vécues dans l’enthousiasme des jeunes, la colère et les espoirs de toutes les générations, ont ébranlé le régime autoritaire sur le moment et durant quelques mois. Mais la grande vague de fond n’a pu transformer la nature et les logiques hégémonistes du système. L’édifice oligarchique, bâti sur une combinaison de pratiques super étatistes et d’appétits libéraux de plus en plus sauvages, a été replâtré et repeint aux couleurs d’un pluralisme sans démocratie», écrivait, en 2008, l’ancien secrétaire général du PAGS, Sadek Hadjeres. 

Peu à peu, l’amertume remplace l’exaltation. La naïveté de la classe politique naissante et des médias fraîchement libérés arrangea les forces réactionnaires tapies dans l’ombre. L’assassinat de Boudiaf et l’explosion de la violence islamiste fermeront la parenthèse. Une parenthèse que les Algériens avaient cru se rouvrir en élisant Zeroual, mais de nouveau, l’élan est brisé avec la démission forcée de ce dernier. L’intronisation de Bouteflika, candidat du pouvoir et non du peuple, inaugure une ère nouvelle, celle de l’absolutisme, celle de la compromission avec l’islamisme et de la prévarication.

Génération désenchantée

25 ans après, en dépit des sacrifices et d’un lourd tribut payé par les enfants de l’Algérie, que peut-on inscrire au chapitre des réussites ? Rien, si ce n’est la victoire du peuple face aux hordes terroristes qui ont mis les moyens pour pacifier l’Algérie par le génocide.
Une victoire transformée par le président Abdelaziz Bouteflika en capitulation à travers les lois scélérates de la concorde civile et la réconciliation nationale. Le terrorisme est vaincu, mais pas sa matrice idéologique, l’islamisme. Comme si ce mal ne suffisait pas pour contraindre et humilier l’Algérien, on inventa la corruption à échelle industrielle. En 2012, l’indice de perception de corruption de l’ONG Transparency International classe l’Algérie 105e sur 176 pays. L’impunité devient un levier de gouvernance. Les valeureux fils du pays, ceux qui ont résisté au terrorisme, s’exilent. Le pays est vidé de sa sève.

Les prix du pétrole augmentent, les clans au pouvoir s’accrochent plus que jamais à la rente, adoubés par les puissances ultralibérales. La démocratie n’avance pas. Pire, les acquis d’Octobre sont remis en cause. Le multipartisme instauré par la Constitution de 1989 est resté un simple élément de décor, s’indigne Me Boudjemaâ Ghechir.

Hypocrisie

Sournoisement, le pouvoir revient à brider les libertés collectives et individuelles : la loi sur les partis est révisée en faveur du censeur comme celle sur les associations ; l’acte journalistique est puni par le code pénal. Les Assemblées élues, piliers du système démocratiques, sont vidées de leur sens par des partis-Etat (Le FLN et le RND et une opposition factice) qui biaisent la fonction d’antipouvoir avec des majorités obtenues grâce à des élections truquées. En Kabylie, le pouvoir assassine des centaines de jeunes qui n’ont que demander à s’émanciper dans leur identité. Fatigués, désenchantés, les Algériens acceptent la paix des braves et cèdent à l’esprit rentier. L’école de Benbouzid fera le reste.

En 2011, nos voisins tunisiens et égyptiens réussirent à renverser leurs dictateurs par des révolutions qui rivalisèrent de beauté. Les deux peuples débordaient de fierté sur toute la planète qui a suivi avec admiration ces moments de gloire des peuples. A Alger, le pouvoir inquiet d’une probable épidémie révolutionnaire, ouvre les vannes de la rente et envoie ses lieutenant discourir pour convaincre les Algériens que le Printemps est inutile ayant déjà eu lieu en 1988 et que l’Algérie est en avance sur le reste du monde arabe. Mensonge grossier de la part de ce même pouvoir qui considérait Octobre comme un non-événement, au mieux comme un «chahut de gamins». L’hypocrisie du pouvoir réhabilite pour un moment la mémoire d’Octobre et reconnaît l’événement comme fondateur de la démocratie chez nous.

Les relais de la propagande officielle tentent aussi, avec un succès relatif, de discréditer les révolutions tunisienne et égyptienne mises dans le même sac des tentatives avortées en Libye et en Syrie. Une fois passé le nuage, le pouvoir est revenu à sa préoccupation majeure : son maintien. Bouteflika boucle 14 ans de règne, un score brejnévien, et s’assure un mandat à vie, à contre-courant de l’histoire. Les martyrs d’Octobre n’en finissent pas de se retourner dans leurs tombes.

Cette époque connaît aussi la disparition d’une génération d’opposants : Hachemi Cherif est mort, Salah Boubnider aussi, Saïd Sadi et Rédha Malek se retirent, idem pour Aït Ahmed. Les forces démocratiques sont laminées et la relève n’est pas assurée, du moins aux yeux des Algériens, en rupture avec une classe politique en mal d’idées. Le pouvoir remporte la bataille contre ses détracteurs en déstabilisant les partis par le redressement, la manipulation et la corruption.

Pays riche, peuple pauvre

25 ans après, l’économie est toujours faible, totalement dépendante des hydrocarbures. Les élections ne sont ni libres ni indépendantes. L’école est débilitante, la santé est avilissante, les droits de l’homme sont broyés. L’inféodation de la société civile, l’absence de transparence dans la gouvernance, le non-respect de la Loi, la panne de l’appareil judiciaire, le manque d’efficience et la corruption caractérisent donc la gouvernance en Algérie, affirme la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADH) dans son rapport 2012 sur la gouvernance en Algérie.

Face au spectacle de la prévarication massive, la démobilisation est totale. Dépossédé de la capacité de rêver, abattu par un sentiment de castration, l’Algérien ne croit plus en rien. Le suicide devient une option largement partagée. La harga aussi. Tout ça pour ça ! «Pour certains le 5 Octobre a été une vague, mais une fois que la marée s’est retirée, il n’est resté que des pierres», écrivait Me Ali Yahia Abdennour. Avec son optimisme légendaire, le grand militant de la démocratie et des droits de l’homme rappelait aussi que «lorsque des jeunes manifestent pour retrouver le chemin de la dignité et de la liberté, luttent pour sortir le pays de l’arbitraire, de l’injustice et de la corruption, c’est que rien n’est perdu et que l’espoir est permis ; tout pouvoir a besoin d’être contesté ; il ne peut être que contesté de l’extérieur et non transformé de l’intérieur». (1) L’Algérien a-t-il encore les ressorts pour devenir maître de son destin ? L’histoire nous le dira.*Nouri Nesrouche-El Watan-Samedi 05 Octobre 2013

**5 octobre 1988 – 2013, l’espoir doublement assassiné

«Les acquis d’Octobre 1988 remis en cause»

Les militants associatifs n’y sont pas allés par quatre chemins pour attirer l’attention sur le risque encouru et les défaillances des forces politiques d’opposition à défendre les droits acquis, grâce à la mobilisation, il y a 25 ans.

Attention, danger de mort !» Les acquis de la révolte du 5 Octobre 1988 risquent d’être définitivement remis en cause. C’est le SOS lancé par les participants à la conférence-débat organisée, hier à Alger, par l’association RAJ et le CLA, à l’occasion du 25e anniversaire des événements d’Octobre 1988. Autorisée par les autorités – c’est une surprise même pour les organisateurs –, cette rencontre s’est tenue avec la participation de plusieurs acteurs et militants du mouvement associatif, dont l’ancien secrétaire général de RAJ, Hakim Addad, le journaliste et écrivain, Hocine Belalloufi, le secrétaire général du CLA, Idir Achour et le président de RAJ, Abdelouhab Fersaoui. Ces derniers n’y sont pas allés par quatre chemins pour attirer l’attention sur le risque encouru et les défaillances des forces politiques d’opposition à défendre les droits acquis, grâce à la mobilisation, il y a 25 ans.

Les intervenants se sont focalisés d’abord sur la nouvelle loi sur les associations qui s’est confirmée comme étant une épée de Damoclès au-dessus de la tête des militants associatifs. «Il ne s’agit plus de dire que les libertés sont menacées, mais de reconnaître que cette loi va tuer toutes les velléités revendicatrices à travers des associations légalement constituées. Aujourd’hui c’est le tour des associations, demain ce sera celui des syndicats autonomes, après- demain il sera même possible de passer aux partis politiques sans oublier la presse», expliquent-ils. Selon eux, les nouvelles lois «dont le but est purement et simplement de tuer les défenseurs des acquis démocratiques et les outils qui dans la société permettent cela, les associations, ramèneront le pays à la situation qui prévalait avant 1988».

Les participants appellent, dans ce sens, à la mobilisation pour l’abrogation de la loi sur les associations de 2012. «Le gel des associations à Oran nous interpelle tous. Nous sommes arrivés à mobiliser 20 personnalités universitaires et 18 associations à Oran pour appeler à l’abrogation de cette loi. Nous allons lancer une pétition nationale prochainement», a déclaré Fatma Boufenik, maître de conférences à l’université d’Oran. Hakim Addad abonde dans le même sens. «La mobilisation pour l’abrogation de ce texte est une urgence. C’est un texte qui écrasera la démocratie», déclare-t-il, relevant les défaillances de certains maillons de la chaîne, qui est la classe politique.

«L’alternative, le maillon manquant»

«Depuis 2012, les acquis d’Octobre commencent à être remis en cause. Toutes les associations sont menacées. Mais où sont les partis politiques qui ont aussi bénéficié des acquis d’Octobre 1988 ? La situation est dangereuse», enchaîne-t-il. Dans le même sens, Hocine Belalloufi revient sur ce qu’il appelle l’échec «des forces nationalistes et démocratiques à présenter une alternative». «Il y a une défaillance des forces politiques à faire la jonction entre les revendications sociales et politiques afin d’imposer le changement», dit-il. Selon lui, tous les projets politiques doivent prendre en considération les luttes sociales. Pour sa part, le syndicaliste Idir Achour explique que la mobilisation doit se faire, à la fois, dans le lieu de résidence et le milieu de travail. «Les perspectives peuvent être construites dans ces deux lieux. Car les problèmes sont les mêmes partout et la formation des militants se fait sur le terrain», insiste-t-il.

Les jeunes, ajoute Abdelouhab Fersaoui, doivent aussi s’imposer comme des meneurs dans la construction démocratique. «Les jeunes constituent la majorité de la population algérienne. La jeunesse a un grand rôle à jouer dans la construction démocratique. Elle doit être un acteur et une force de propositions», soutient-il, appelant les jeunes à prendre exemple «sur nos aînés qui ont  arraché l’indépendance du pays».*Madjid Makedhi-  El Watan-Samedi 05 Octobre 2013

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Un automne des plus fleuris

Les pays arabes continuent de chercher la bonne formule pour parachever leurs réformes politiques plus de deux décennies après l’Algérie.

L'Algérie a déjà vécu son printemps arabe

C’est hier que l’Algérie a célébré l’anniversaire des événements d’Octobre 1988 qui ont donné lieu à des réformes politiques. Avant même la chute du mur de Berlin, la revendication démocratique a été portée par les jeunes. C’est par ce même processus que doivent passer de nombreux pays arabes qui cherchent encore les moyens de sortir de plusieurs années du règne de la dictature. Le fait que l’Algérie ait déjà vécu son printemps arabe depuis toutes ces années a rendu vains les appels de nombreuses parties à l’intérieur et à l’extérieur de modifier l’ordre des choses.
Les citoyens ont su imposer la transformation démocratique sans être guidés par les chantres de l’interventionnisme ou du devoir de l’ingérence, formule chère à Bernard Kouchner avant que l’esprit ne soit repris par Bernard Henri-Lévy.
Dès 1989, le pays a modifié la Constitution pour permettre l’apparition du multipartisme.
Des élections législatives s’en sont suivies mais le processus a vite avorté sous la poussée des islamistes. Ces derniers ont alors fait le choix du maquis pour que commencent de longues années d’effusion de sang.
Une longue période de transition était nécessaire. Mais en 1997 puis en 1999, on revient au processus électoral. Les partis et les personnalités politiques ne sont pas toujours satisfaites de l’évolution du processus démocratique. Retrait des candidats aux présidentielles, boycott de l’APN et marches ont ponctué le paysage politique.
Tout cela a donné lieu à ce qui est qualifié d’approfondissement du processus démocratique suite à l’initiative de Bouteflika qui a chargé le président du Sénat, Abdelkader Bensalah, de conduire une série de réunions avec les partis politiques, les associations et les personnalités. C’est dans ce contexte qu’ont eu lieu les élections législatives de mai dernier. Auparavant, de nouveaux partis ont été créés. Et ils continuent toujours d’éclore à la faveur des autorisations accordées par le ministère de l’Intérieur.
La prochaine étape dans ces réformes sera la tenue des élections locales avant la fin de l’année. Elles seront suivies en 2013 par une autre étape qui est celle de la révision de la Constitution. Toute la pyramide sera parachevée en 2014 par des élections présidentielles.
Il faut des années entières pour que les pays arabes, limitrophes ou pas, puissent franchir de telles étapes dans la démocratisation de leurs institutions qui permettent aux citoyens d’élire leurs représentants. Mais même en Algérie, les réformes semblent loin d’être parfaites. Les partis dénoncent toujours la fraude électorale, les syndicats revendiquent plus de libertés alors que les associations ne cessent de dénoncer les violations des droits de l’homme. Il est intéressant de constater que le gouvernement admet des lacunes dans ces domaines et il promet régulièrement de les combler. Cela peut paraître tardif si l’on se réfère aux évènements de 1988 mais certains n’hésitent pas à rappeler que la période des années 1990 a freiné considérablement le train des réformes. Bien sûr que l’aventure n’a pas été sans accroc au regard des 200.000 citoyens qui ont péri lors de la décennie noire sous les coups meurtriers des terroristes.*Par Ahmed MESBAH – Samedi 06 Octobre 2012 *L’Expression

 

**L’appel des 18 personnalités

L’agrément des extrémistes islamistes du FIS par le pouvoir a été une véritable aventure.

Aujourd’hui, c’est le 25e anniversaire des événement sanglants du 5 octobre 1988.
Suite à ces évènements, les autorités de l’époque ont été contraintes de procéder à la révision de la Constitution, d’adopter le multipartisme et d’ouvrir le champ médiatique.
Le journal arabophone Echourouk a publié, dans son édition d’avant-hier, une lettre adressée par 18 personnalités au président Chadli Bendjedid dans laquelle elles dénonçaient la dégradation de la situation socio-économique et la torture pratiquée contre les manifestants.
Les signataires de la lettre, tous issus de la période de la colonisation française, ont demandé des réformes politiques pour mettre les jalons d’une vie démocratique qui permettrait au peuple de choisir ses représentants.
Ils ont demandé l’organisation d’une conférence nationale, le report de l’élection présidentielle et une période de transition durant laquelle toutes les libertés démocratiques, comme la liberté de réunion, d’expression et de création des associations, seraient respectées. Les signataires de la lettre sont, selon la liste publiée par Echourouk, Belaïd Abdeslam, Affane Djilali, Bentobal Lakhdar, Abdelaziz Bouteflika, Chaid Hamoud, Cherif Belkacem, Feddal Ahmed, Guennez Mahmoud, Haroun Mohamed Ali, Khene Lamine, Lacheref Mostefa, Rédha Malek, Mohammedi Saïd, Mostaghanemi Rachid, Moulay Brahim, Saâdi Salim, Soufi Lahcène et Zebiri Tahar.
Ces derniers ont appelé à tirer les leçons des événements du 5 octobre pour éviter au pays de nouveaux évènements tragiques. Mais le pays qui était à genoux sur le plan économique et social n’a pas su éviter la catastrophe sur le plan sécuritaire.
L’agrément des extrémistes islamistes du FIS par le pouvoir a été une véritable aventure qui a fait plonger le pays dans une décennie de feu et de sang. L’arrêt du processus électoral en 1991 a été la goutte qui a fait déborder le vase du caractère dangereux des islamistes qui ont proclamé la démocratie comme illicite bien avant qu’ils ne remportent définitivement les élections.
Les frais de cette aventure, on les paie encore aujourd’hui.*L’Expression-Samedi 05 Octobre 2013

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*La révolte demeure d’actualité

Vingt et un ans après la révolte populaire d’octobre 1988, peu a été dit sur ces évènements. L’État a été menacé, quelques années après ces événements, dans son existence par un terrorisme islamiste des plus meurtriers et les acquis sociaux ont été hypothéqués. I l y a 21 ans, plus exactement le 5 octobre 1988, l’Algérie était à feu et à sang. Des jeunes en désarroi ont déclenché des émeutes dans de grands centres urbains du pays. La pénurie de certaines denrées alimentaires et autres produits de première nécessité n’ont été en vérité que la goutte qui a fait déborder le vase. Tous les ingrédients étaient réunis et les signes avant-coureurs d’une émeute étaient perceptibles des mois à l’avance. La crise économique connue deux ans auparavant avait donné « ses fruits » en 88. La fermeture des entreprises publiques et le licenciement abusif des travailleurs ont accentué le chômage le marasme social. Le pourvoir d’achat des Algériens s’était drastiquement effondré. L’explosion spontanée de la jeunesse en avril 80 avait brisé le mur de la peur et cassé le mythe d’un système inamovible. Les acteurs du printemps berbère ont sauté le verrou et instauré une culture de revendication pacifique. Les manifestants ont défié, avec des mains nues, l’arsenal répressif du pouvoir de l’époque. 88 n’était que le débouché d’une vague de contestations populaires et de grèves ouvrières observées dans beaucoup d’usines. Celles des grévistes de Rouiba et Beni Mered en 82 ont été les plus édifiantes. Les mouvements de contestation estudiantins qu’ont connus certaines universités algériennes traduisaient le malaise qui couvait dans le pays. Le mouvement national de protestation populaire de 88 animé par une jeunesse désabusée avait contraint les responsables du parti unique à en finir avec la politique de la sourde oreille et accepter une ouverture politique. L’adoption par voie référendaire d’une nouvelle Constitution en 1989 a consacré définitivement le multipartisme. Une nouvelle ère s’était ouverte pour l’Algérie.Toutes les associations de divers statuts (politique, culturel, social…) qui activaient dans la clandestinité ont été reconnues au moment où d’autres ont vu le jour. Les Algériens ont découvert de nouveaux sigles de partis politiques outre que celui du Front de Libération Nationale (FLN). L’aspiration démocratique a été contrariée par l’islamisme et le terrorisme et les acquis démocratiques se sont vus menacés. La classe politique s’est mise en marge des aspirations du peuple. Des partis politiques ont disparu alors que d’autres sont absents et le fossé entre le citoyen et la classe politique ne cesse de se creuser. Une telle situation a beaucoup profité aux militants islamistes qui, avec leurs prêches enflammés dans quelques mosquées ont pris l’hégémonie sur la jeunesse révoltée puis sur une société meurtrie dont les aspirations sociales n’étaient pas satisfaites par les débuts d’ouverture politique. Cela fait aujourd’hui 21 ans que la révolte d’octobre de 1988 a éclaté, et peu a été dit sur ces évènements et beaucoup de zones d’ombres demeurent. Aujourd’hui, les libertés sont contrariées, dans un certain sens, par le maintien de l’état d’urgence, le terrorisme n’est plus en mesure de menacer l’État mais s’il est faible, on ne peut prétendre qu’il a complètement disparu comme on ne peut ne pas admettre que le banditisme lui succède et s’avère aussi redoutable pour les populations. Aujourd’hui, la révolte populaire de 88 demeure d’actualité et les conditions de vie des Algériens engendrent des tensions. Le fléau des harraga est l’exemple le plus éloquent d’un marasme social.  (Le Courrier d’Algérie-05.10.09.)

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*Que reste-t-il du 5 octobre ? …..Des miettes ! disait un confrère sûrement désabusé par tant de promesses non tenues. Pourtant rien ne prédestinait ce formidable mouvement populaire à avorter d’une vie politique bien fade 21 ans après. L’âge de la majorité en attendant celui très aléatoire de la maturité. Les jeunes d’aujourd’hui ne savent rien du courroux de la génération qui les a précédés. D’abord parce qu’il existe très peu d’images comme si on voulait oublier cette parenthèse tragique et pourtant porteuse de tant d’espérances. Ceux qui ont vécu ces années, qui ont succédé à la déchirure, se souviennent très bien de cette formidable embellie qui a fait de notre télévision unique une chaîne d’avantgarde où les adversaires politiques les plus farouches venaient croiser le verbe avec une liberté et une verve jamais atteints dans l’histoire du pays. «La récréation», terme idoine pour désigner cette heureuse parenthèse, ne dura donc que deux années durant lesquelles toutes les sensibilités du pays émergèrent et aussi durant lesquelles naquit une presse indépendante qui survit jusqu’à présent, contre vents et marées. Ainsi, octobre accouchera dans la douleur d’une mouvance qui détournera la colère et sèmera la mort pour des élections interrompues. La suite est visible à l’oeil nu avec cette opposition réduite à quelques chapelles qui resurgissent d’élection en élection et aussi avec ce parti tant décrié et qui occupe aujourd’hui les devants de la scène nationale, conforté moins par sa puissance que par la faiblesse des courants démocratiques empêtrés dans des luttes de leadership qui n’en finissent pas. Octobre n’est plus qu’un souvenir qui repose dans les tombes de ces centaines de victimeson en saura jamais leur nombre exactsouvenir effacé par d’autres victimes beaucoup plus nombreuses qui ont vite rempli les cimetières…Que restet- il d’octobre ? Des miettes, des parcelles de colère comme ces émeutes qui reviennent de façon récurrente dans le pays. C’est peut-être ça l’héritage d’octobre : l’occupation de la rue comme ultime recours. (Le Courrier d’Algérie-05.10.09.)

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5 octobre 1988 – 5 octobre 2009. 21 longues années se sont déjà écoulées sur les événements d’octobre 1988 que la mémoire collective algérienne retient comme étant un moment tragique, certes, mais un moment qui a contribué de manière décisive à la chute du système du parti unique. Il y a 21 ans, des centaines de milliers de jeunes ont occupé la rue dans de nombreuses grandes villes du pays pour dénoncer la dictature et les inégalités sociales. La réponse du pouvoir à leurs revendications fut d’une rare violence. Chargée de rétablir l’ordre, l’armée a – pour la première fois depuis l’indépendance – tiré sans hésitation sur la population.

Bilan de la répression : entre 500 et 600 personnes tuées et des milliers de blessées dont beaucoup sont aujourd’hui infirmes. Des centaines de jeunes ont été également torturés dans les commissariats, les casernes et les postes de gendarmerie. En dépit de ces graves dérives, aucun responsable civil de l’époque ni aucun chef des services de sécurité directement impliqués dans la « gestion » des événements du 5 Octobre n’a été jugé à ce jour. De nombreux témoignages de l’époque soutiennent que c’est le discours prononcé le 19 septembre 1988 au palais des Nations par le président Chadli Bendjedid qui a mis le feu aux poudres. Comment ? Des clans au pouvoir désignés à l’époque sous l’appellation des conservateurs – et présentés comme étant radicalement opposés aux réformes politiques et économiques annoncées par le président Chadli dans ce discours qui restera dans l’histoire – auraient décidé de précipiter le pays dans le chaos pour saborder, sinon d’essayer à tout le moins de contrarier ses projets. Cela à plus forte raison, dit-on, que Chadli Bendjedid avait annoncé sa ferme intention de procéder à ces réformes au lendemain du 6e congrès du parti unique, le Front de libération nationale, qui devait se tenir dans le courant de la même année.

Nombreux, les partisans de la théorie du complot parmi lesquels on compte d’ailleurs l’avocat et défenseur des droits de l’homme Mokrane Aït Larbi et l’historien Daho Djerbal, se disent en tout cas persuadés que les événements du 5 octobre 1988 sont le résultat d’un règlement de comptes entre des clans au pouvoir qui a coïncidé avec un ras-le-bol généralisé. Et précisément sur le terrain, les opposants à Chadli et à son équipe de réformateurs se sont employés avec toutes leurs forces à diriger contre la présidence de la République le désarroi et le mécontentement de la population qui avait atteint son paroxysme à cause de la bureaucratie, des passe-droits et des pénuries à répétition endurées à travers tout le pays. Mais qu’ils aient été provoqués ou qu’ils aient été spontanés, les événements sanglants du 5 octobre 1988 que de nombreux journalistes qualifient de révolution démocratique devaient surtout marquer la fin d’un système, le début de la démocratie et du respect des libertés. Concernant bien des aspects, Chadli Bendjedid n’a pas cédé au chantage des conservateurs. Aidé par la formidable pression de la rue, il a fait voter une nouvelle Constitution qui a ouvert la voie au pluralisme politique, autorisé la création de syndicats autonomes et libéralisé le champ médiatique.

Vingt et un ans après, que reste-t-il du rêve de libertés portés par le 5 Octobre ? Tout le monde s’accorde à dire que dans les faits, les Algériens ne se sont réellement sentis libres qu’entre 1988 et 1992, soit durant ce que l’on a appelé la parenthèse enchantée. Au-delà, il faut sans doute être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître que la démocratie tant espérée n’est pas au rendez-vous. A contrario, l’amendement de la Constitution opéré l’année dernière pour permettre au président de la République de briguer un troisième mandat constitue la preuve que le pays a régressé. Au regard aussi des difficultés rencontrées par les syndicats autonomes et les partis politiques de l’opposition pour mener leurs activités, le système renoue dangereusement avec ses réflexes du passé. Aujourd’hui, le 21e anniversaire du 5 octobre 1988 est là, justement, pour nous rappeler que la démocratie n’est pas irréversible. Malheureusement, à l’exception de quelques associations qui ont décidé de braver les interdits pour célébrer cette date symbole, personne n’a l’air de se souvenir du 5 Octobre et d’avoir réellement conscience du danger. (El Watan-05.10.09.)

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*éclairages médiatiques croisés…

«Ils considèrent tout avec mépris, s’autorisant abus et anarchie, croyant le sage inutile, s’imposant comme les seuls valables…» Hadj M’Hamed El Anqa. (Extrait traduit d’un refrain de sa qacida populaire «Sobhan Allah ya L’tif)

Si pour nombre d’observa-teurs, les prémisses de l’ex-plosion d’octobre 1988, ont commencé à se dessiner dès la fin 1987, pour d’autres les signes avant-coureurs de cette fracture sociale remontent, au contraire, à une autre période d’amorce de contradictions complexes de la société algérienne. En effet, ces contradictions exacerbantes, cumulant, entre autres les frustrations multiples des citoyens résultant de l’oppression et injustices sociales systématiques, se sont signalées déjà au début des années 1980, durant lesquelles les émeutes sporadiques et le ras le bol général, ont atteint le point culminant avec, notamment, les soulèvements populaires massifs qui ont investi la rue, à travers les grands pôles sensibles de l’Algérie: ainsi la revendication massive du printemps berbère de 1980 en Kabylie, les évènements d’Oran en 1982 en passant par les manifestations de Constantine en 1986, etc., qui ont précédé, donc, l’explosion politico-sociale d’octobre 88, dont l’onde de choc s’est étendue, par la suite, sur tout le territoire national, annonçant, ainsi, la fin du «consensus national officiel» hégémonique, maintenu jusque là. Soit une rupture, rompant avec le monopartisme consacré d’auparavant, par l’irruption d’une brusque et profonde fracture dans le tissu social, synonyme de réorientation idéologique du système, et auquel sera donné le feu vert opérationnel à partir de l’été 1988, principalement, qui vit se multiplier les signes de l’annulation du 6è congrès du FLN prévu pour décembre de la même année, bien avant que Chadli Bendjedid ne suspende officiellement ; au mois de juillet, les travaux de la commission de sa préparation présidée par Mohammed Chérif Messaâdia, secondé de Mouloud Hamrouche et Abdelhamid Brahimi. Ceci alors que dans la rue, une rumeur persistante répand partout la nouvelle d’une grève générale prévue pour le 5 octobre – ce que confirmera plus tard le propre chef de la Sécurité Militaire, Lakhal Ayat, qui se serait agité en vain pour la prévenir, selon ses déclarations (M. Lakhal AYAT, in Sid Ahmed SEMIANE (dir.), Octobre, ils parlent, op. cit., p. 129.).

Une intense effervescence avait gagné toute la capitale, suite au discours présidentiel enflammé du 19 septembre, qui a suscité la stupeur de tous les Algériens, surpris par le ton «nouveau» de Chadli Bendjedid accusant ouvertement, – brisant le sacro-saint principe du tabou conformiste du centralisme dirigiste FLN-Gouvernement,- «d’entraver sa démarche», fustigeant les «incapables», mettant à l’index les «spéculateurs accumulant des richesses colossales en des temps records» et dénonçant les «incompétents» et «irresponsables» des clans rivaux, avertissant notamment, «ceux qui ne peuvent plus assumer leurs responsabilités doivent se démettre…ou ils seront démis».( cf. Extraits du discours du président Chadli publié dans El Moudjahid du 23/09/1988). C’est à croire qu’il tenait là un discours d’un parfait opposant au système, comme pour se démarquer du bilan d’un FLN n’ayant plus que quelques semaines de prééminence devant lui, alors qu’il en était, assez longtemps partie prenante auparavant…

De telles audacieuses invectives de grosses têtes du système apparatchik, émanant du premier responsable du pays, ne pouvaient être perçus par la population que comme une incitation à la révolte Une insubordination populaire qui irait, pardi, dans le sens des vœux du chef de file des «réformateurs» opposé aux caciques inamovibles, ce qui expliquerait pourquoi les premières vagues de manifestants criant leur colère, ciblant notamment qasmas FLN et institutions symboliques du régime, se sont vus retirer, sur leur passage, au moment opportun, les dispositifs répressifs, suivant des consignes de conduite tendant à renforcer l’opposition, par tous les moyens possibles, l’aile apparatchik rivale du clan FLNiste adverse.

Cette montée de tension sera davantage accentuée avec la manœuvre décidée en haut lieu de suppression de la prime annuelle des salariés de l’industrie, entraînant l’effet escompté, spécialement dans la contrée industrielle de la banlieue d’Alger, de Rouïba et Reghaïa, d’une paralysie totale de la zone, observant un appel à la grève. A cela s’ajoute, en vue de maintenir la pression sociale, la mesure en date du 29 septembre, avisant les banques par télex de la suppression de l’allocation devise dite «touristique», en plus des autres nombreuses initiatives impopulaires, ver /nant alimenter les folles rumeurs des émeutes à l’affût, dans les dix derniers jours du mois de septembre. Et le 1er octobre, la rumeur est à son paroxysme, s’étant propagée dans le tout Alger, parmi la population, juvénile surtout, qui se préparait à sortir dans la rue pour crier son ras le bol d’un système tyrannique castrateur, répercutant, partout, que «le 5 cela va barder !»…

En prévision des évènements, rapportent les échos de presse locaux et extérieurs, un imposant dispositif anti-émeutes est mis en place le 2 octobre, pour empêcher les débordements des manifestants, les forces de police, parfaitement organisées, gérant les affrontements avec des canons à eau et des chiens, ne tirant pas un seul coup, tandis que les principaux dirigeants du FLN sont «réquisitionnés» et «protégés par des commandos parachutistes. Et le 4 octobre, veille du déclenchement des émeutes, des forces spéciales de l’armée bouclent le siège du parti unique, rapporte l’envoyé spécial de journal français Le Monde, indiquant que «des chars sont venus dans le courant de la journée prendre position au bas des escaliers conduisant à l’esplanade d’Afrique. De l’autre côté, des automitrailleuses légères interdisent l’entrée principale» ( Le Monde, 8 octobre 1988).

Le discours du 19 septembre de Chadli jugé provocateur !

Vraisemblablement, toutes les parties d’un sombre scénario semblent avoir été mises en place, par des éléments apparentés au système auxquels ont répliqué leurs partenaires adverses, la «populace» ayant servi de «chair à canon», utilisable à souhait pour parvenir à leurs fins politiciennes. Ce qui ressort des multiples contradictions discréditant sur le terrain, à commencer par celles observées aux tous débuts du cauchemar, mors de la grève des ouvriers de la zone industrielle de Rouiba qui avait éclaté bien avant le 5 octobre. Il y a le témoignage, entre autres, de M. Messaoudi, secrétaire général de l’Union locale UGTA de Rouiba, qui rapporte notamment que le discours de Chadli «encourageant les travailleurs à défendre leurs droits, comme l’exemple des ouvriers grévistes égyptiens contre la cherté de la viande qu’il cita, coïncidait justement avec la revendication des 18 000 travailleurs de la Société Nationale des Véhicules industriels ( SNVI ) exacerbés par l’érosion de leur pouvoir d’achat, et ce d’autant plus qu’ils contestaient à suppression de la «prime de jouet» de 200 DA que la direction a décidé, pour raisons économiques, de ne plus accorder aux travailleurs.

Ce qui a soulevé un tollé général et enclenché une vague de protestation au niveau de toutes les unités de la SNVI.

«Le discours provocateur de Chadli qui coïncidait avec la contestation des lycéens a pris tout le monde de vitesse»,témoigne M. Messaoudi, (…) le 29 septembre, des centaines de travailleurs se regroupent à l’intérieur du complexe SNVI. En plus de la prime du jouet, les grévistes exigent la valorisation des salaires et la baisse des prix des produits alimentaires. La contestation ne tarde pas à gagner les autres unités telles que l’Enel, l’Emal, Anabib, GTP, Batimetal, l’Enab et l’Enag. «Les conseils de Chadli et les pénuries de l’époque ( café, cigarettes, semoule, et huile) ont contribué au pourrissement du climat social», dit M. Messaoudi qui ajoute que «des assemblées générales ont été organisées même à 5 h mais, curieusement, à chaque fois qu’un accord est conclu, il est torpillé le lendemain. Les sections syndicales et les fameuses cellules d’entreprise du parti FLN sont dépassées, voire contestées par une frange des travailleurs sous l’impulsion d’islamistes visiblement déterminés. Ces derniers qui étaient en hibernation, ont pu développer en douceur leur offensive grâce aux «moussalas» (mosquées aménagées à l’intérieur) mises à leur disposition.

Ce sont ces noyaux qui donneront quelques naissance, quelques mois plus tard, au SIT (Syndicat Islamique des Travailleurs).

Pour sa part, M.Chebab Aomar, secrétaire général de l’union de wilaya de Boumerdès, affirmera que le samedi 1er octobre, après que les travailleurs soient sortis dans la rue «la manifestation se voulait pacifique et elle répondait à la volonté qui ne demandaient que leurs droits, mais d’autres personnes animées par d’autres considérations ont bloqué la route». La manifestation dégénère et la police a eu recours aux bombes lacrymogènes pour dégager la route. «Le lendemain des groupes d’individus étrangers sont venus à bord de véhicules banalisés pour inciter les travailleurs à sortir dans la rue», indique M.Chebab . Et c’est ainsi que le mardi 3 octobre, des manifestants survoltés s’attaquent à l’unité de l’Enatb et à la brasserie de Reghaia, et tentent de l’incendier. L’attaque est repoussée par des centaines de travailleurs armés de gourdins et de bâtons, Le 5 octobre 1988, d’autres casseurs gonflés à bloc se dirigent vers les zones industrielles de Rouiba et de Reghaia.         Ils seront chassés encore une fois par les ouvriers. «Non, la zone industrielle a subi le 5 octobre et ne l’a pas enfanté ! «affirme Messaoudi» (rapporté par Madjid T, in article «La zone industrielle de Rouiba n’a pas enfanté le 5 octobre…», Liberté du dimanche 5 octobre 2008).

Autre témoignage de Sadek Hadjerès, ex-premier secrétaire du PAGS (Parti d’Avant-Garde socialiste clandestin) qui rapporte que dans la nuit du 4 au 5 octobre, la répression s’est abattue sur le mouvement social et politique pourtant pacifique des travailleurs : «Cette diversion grossière a ciblé massivement les cadres et les structures d’organisation du PAGS et des syndicats actifs. Elle va fournir après coup la preuve flagrante que des sphères étaient informées par avance des mouvements destructeurs des commandos de casseurs qu’ils allaient tolérer le lendemain(…) Ils visaient à brouiller les pistes (…) Les dizaines de cadres syndicaux et politiques arrêtés et «disparus» dans les casernes et lieux de détention seront sauvagement torturés comme on l’apprendra seulement quinze jours plus tard à leur libration. Leur arrestation «préventive» n’était pas fondée sur des actes mais sur les fiches de police établies durant les années précédentes. Certaines comportaient des erreurs grossières et ont frappé des gens n’ayant plus d’activité militante.» ; quant à l’ébranlement des manifestations, «(…) Le point de départ a été le déchaînement simultané à la mi-journée de jeunes notamment adolescents dans les artères centrales de la capitale et d’autres villes du pays.       Leur déferlement n’avait rien d’un «chahut de gamins» spontané comme l’avait qualifié un responsable FLN de l’époque. Une grande partie de ces jeunes étaient peu ou pas du tout politisés ou membres d’organisations, ils avaient été attirés par les rumeurs lancées les derniers jours de septembre lorsque, avec le discours du président, le bras de fer des «chefs» avait débordé les coulisses du pouvoir.     

D’autres, par contre, avaient été recrutés et étroitement encadrés sur le terrain pour un travail de casse sélectif dans les villes. La synchronisation, certains mots d’ordre provocateurs proférés, les cibles des destructions, les actes de diversion étaient orchestrés directement par des chefs de file reconnaissables à divers indices. Le scénario était visiblement planifié en haut lieu. Les services de sécurité, «débordés» ou sur ordre, sont pratiquement restés à distance sans réprimer ces jeunes.» ( Cf. «Les journées d’octobre 1988 :vues d’hier et d’aujourd’hui», témoignages dans Le Soir d’Algérie du dimanche 5 octobre 2008).

Par la suite, dans la brèche ainsi créée, se sont engouffrés des milliers de jeunes manifestants, arborant s d’autres significations, et exprimant leur révolte sans être pourtant porteurs d’un projet politique social précis. D’une manière générale, l’immense majorité des manifestants, s’agitant de façon inorganisée, leurs sensibilités idéologiques variant, – unis, conjoncturellement, seulement par leur colère et leur soif de justice,- occupaient la rue selon des solidarités de proximité ( quartiers, associations, etc.).     Leurs heurts avec les forces de sûreté ont été férocement réprimés, des centaines d’entre eux ayant perdu la vie et des milliers blessés. «Ils ne sont pas à confondre avec une troisième vague de manifestants, entrés en lice dans les derniers jours à la suite de tractations du pouvoir impliquant une ou des mouvances islamistes»,qui, quoique «animés par le même sentiment de révolte, ils étaient minoritaires», néanmoins par rapport aux premières vagues d’insurgés,» mais relativement structurés et regroupés idéologiquement » de l’avis de Sadek Hadjerès (Cf ; Ibid ci-dessus).

De la manipulation dans l’air

Pour sa part, Me Mokrane Ait Larbi, avocat et militant des droits de l’homme estime que:» (…) Le 5 octobre était une «frappe préventive» contre la démocratie. Un clan du pouvoir a poussé des milliers de jeunes dans les rues d’Alger avec un seul objectif : s’attaquer aux institutions. Un autre clan a utilisé l’armée pour défendre ces mêmes institutions. «L’ouverture», qui a suivi ces évènements, a été prise au sérieux par les Algériens qui avaient commencé à s’organiser, à s’exprimer et à revendiquer un régime démocratique. Le pouvoir, pour ne pas perdre le pouvoir, a procédé à d’autres frappes préventives, toujours contre la démocratie en agréant le FIS (…)» ( in interview réalisée par Madjid Makedhi , Supplément spécial d’El Watan consacré à la commémoration du 20ème anniversaire d’octobre 1988, édition du dimanche 5 octobre 2008).

Manigances de coulisses que le général Lakhal Ayat, ancien directeur des services de renseignements dépendants de la Présidence, (la DGPS), confirme en révélant, quelques années plus tard, qu’ il y a bien eu «complot algéro-algérien» : l’ex patron de la très redoutable Sécurité Militaire (SM),après s’être dégagé de toute responsabilité gestion des évènements d’Octobre et qui a été limogé fin octobre, au même titre que le patron du FLN, Mohamed Chérif Messadia, tresse les contours de cette machination :«On a voulu faire croire au peuple que c’est la rue qui réclamait les changements». Je m’explique: si on proclame des réformes et que la rue bouge, cela veut dire que le pouvoir est désavoué. Mais si l’on fait bouger la rue et qu’on impose des réformes, cela veut dire que la rue réclame des changements» déclarait-il avant d’ajouter que les changements rapides et radicaux intervenus au lendemain d’Octobre ( le référendum du 3 novembre et la nouvelle Constitution de février 1989) n’étaient que «le dernier acte d’un scénario mal ficelé». ( cf. rapporté in article Octobre dans les livres…», de Mohand Aziri, Supplément spécial Octobre 1988 d’El Watan du 5 /10/2008).

Pour beaucoup d’observateurs de la période, politiciens, sociologues, journalistes, auteurs, etc., le virage d’«Octobre 1988», a été incontestablement la résultante d’une machination montée de toutes pièces, qui a commencé à se dessiner dès la fin 1987. Et surtout à partir de l’été 1988 qui vit se multiplier les signes avant – coureurs de l’annulation du 6 è congrès du FLN prévu pour décembre, Chadli Bendjedid suspendant dès le mois de juillet les travaux de la commission de sa préparation présidée par Mohammed Chérif Messaâdia, secondé de Mouloud Hamrouche et Abdelhamid Brahimi.

Il semblerait, à la lecture de ces divers écrits et témoignages, si l’on voudrait bien considérer les choses sous un autre angle divergent, que ce n’est pas à une «certaine autorité cherchant à faire d’une pierre deux coups» qui a tout a programmé, – «réprimant la veille et tolérant le lendemain des commandos de casseurs», – qu’on aurait affaire mais plutôt à deux factions d’autorités rivales s’affrontant sur le terrain, par groupes interposés, réagissant après le discours «détonateur» du président Chadli : d’une part les partisans des réformes qui auraient discrètement suscité la grève des travailleurs de la SNVI de Rouiba, en évitant les ouvriers structurés dans les sections UGTA ou cellules dépendantes du FLN comptant sur ceux de sensibilité différentes, et d’autre part les caciques, qui craignant de perdre leurs positions privilégiées avec la perspective menaçante des réformes annoncées auraient réagi en dépêchant sur le terrain des «commandos de casseurs» pour contrer les manifestants, comme cela s’est passé avec les travailleurs de Rouiba, et discréditer, ainsi, toute contestation citoyenne de la politique officielle du régime de la pensée unique.

Lorsque le mouvement de contestation s’amplifie, les «casseurs» infiltrent les manifestants, à commencer par la marche des lycéens, et se chargent de muer une manifestation – qui était destinée au départ à constituer un soutien aux réformistes qui l’ont, vraisemblablement, instiguée,- en une «contre- offensive» des recrues des pro – apparatchiks conservateurs noyant la contestation populaire escomptée dans la confusion générale des actes de violence discréditant ciblant les institutions d’Etat et principalement le chef de file des réformateurs par le slogan «Chadli assassin !». Ce qui fera dire à un tortionnaire maltraitant un citoyen embarqué, sur simple suspicion d’actes subversifs, selon un témoignage de presse in Algérie Actualité du 8 novembre 1988: «la balle était dans votre camp, nous l’avons récupérée à présent»). Propos, signifiant en d’autres termes, la lutte implacable de deux factions rivales, par gens interposées !

Quoi qu’il en soit, mal en prit aux apprentis sorciers et fomentateurs de troubles, de quelque bord qu’ils soient, qui dans leurs calculs et manigances éhontées, s’attendaient certainement à autre chose qu’à un cinglant retour de manivelle du à leurs grossières manipulations politiciennes, de totale déconsidération de l’Ethique et respect du aux droits et libertés humaines trop longtemps bafoués et réprimés: négligents et méprisants, ils étaient loin de se douter que le menu peuple, après des années de mal vie et d’incommensurables souffrances et endurances dus au système de l’autoritarisme, de la corruption, du népotisme et de la hogra ( oppression), avait la coupe pleine et n’attendait que la moindre étincelle pour s’embraser et donner libre cours à sa rage. Ainsi, certains meneurs des émeutiers d’octobre signalés ça et là, et oeuvrant vraisemblablement pour des parties occultes du système, tout comme ces voitures banalisées qui tiraient et sur la foule et sur les forces de l’ordre, s’ils ont réussi à mettre le feu aux poudres, ils ont néanmoins pas pu éviter de tout faire basculer en l’air. Car le ras de marée populaire qui s’embrasait, était tel, qu’il prit tout le monde de court, et en premier les comploteurs, jetant bas, toutes manœuvres politiciennes et sournois agissements manipulatoires des uns, ou recours précipités aux appels hypocrites à l’unité patriotique des autres.

Ce qui incita l’ensemble du staff étatique, tendance réformatrice et tendance opposée, à se serrer conjointement les coudes pour sauver le vaisseau gouvernemental de la dérive totale. Et le bouleversement était d’une telle ampleur, par la suite, avec les centaines de morts de jeunes Algériens criant leur ras le bol de la Hogra (l’oppression), l’injustice sociale, la corruption, le piston, la mal vie et la misère sociale, etc., que l’initiative latente des réformes, pomme de discorde fermentant en sourdine, s’imposait à présent désormais au grand jour et de façon éminemment urgente, «structurellement surtout, et non pas superficiellement», cela s’entendait: c’est-à-dire allant au-delà des modestes réaménagements initialement envisagés, dans le cadre uniformisant de la politique de bricolage du parti FLN cherchant, par le biais de son feu vert donné à quelques associations du mouvement citoyen, appuyées par ses classiques organisations de masse affiliées, à faire créditer l’idée d’un pluralisme… de façade, sans grande portée politique et efficience concrète…

Les jours suivant le fatidique 5 octobre…

Tout au long des fatidiques journées d’octobre, le chef de cabinet du président Chadli, le général Larbi Belkheir affirme que c’est par le courrier que lui adresse la population que le président a appris les faits ; il en aurait été «outré». «Il était impensable pour lui que des Algériens torturent des Algériens», poursuit-il, avant de diluer les torts et les complicités en les multipliant : «Deux problèmes s’étaient posés à la présidence: celui de la torture et celui des voitures banalisé.

Ces réformes, poursuit Chadli comme pour couper l’herbe sous les pieds de ses détracteurs, «doivent s’opérer nécessairement dans un climat de calme et de sérénité…». Et comme prévu par les stratèges du staff de la Présidence, le message du discours présidentiel fait mouche, étant visiblement bien reçu par les masses populaires, dont une partie aurait même approuvé l’intervention de l’armée jugée indispensable, en pareilles spéciales circonstances, pour mettre un terme au désordre dévastateur. C’est ainsi que des foules de manifestants sortirent scander à tue-tête, tout de suite après le discours du président Chadli, les mots d’ordre placés dans certaines bouches : « Djeich, Chaab, maak ya Chadli !» (Armée et peuple avec toi Chadli ! ). Autrement dit, exit définitif des rangs de la prise de décision politique de tous les éléments FLNistes et partisans du monopartisme socialiste… alors que ces derniers s’attendaient, vraisemblablement, à récupérer la mise, après le fameux historique discours de Chadli Bendjeddid du 10 octobre 1988 qui les prit tous de court avec son contenu – programme extensible et ses prolongements d’effets extérieurs dans la rue tout à fait inattendus… Il ne restait plus, alors aux désapprobateurs de l’initiative présidentielle, en l’occurrence les rivaux de l’aile FLN conservatrice, qu’à ranger leurs affaires et à jeter un dernier regard, plein de nostalgie, sur les enclos privilégiés de la grande famille du sérail apparatchik avec laquelle ils divorçaient, désormais. Deux heures à peine après le discours présidentiel, (rapporte le journal Libération), les journalistes étrangers, jusque-là tenus à l’écart, sont sollicités à leurs lieux de résidence: «Descendez dans le hall, un minibus va vous emmener suivre les manifestations de soutien au président Chadli.», leur indique le guide officiel qui leur fait traverser des barrages, fait faire au bus le tour de la ville dans tous les sens… à la recherche des premiers éléments de ces manifestants annoncés !? Mais, rien, pas âme qui vive, dans des rues désertes…«Où sont les manifestants ?», Interrogent les journalistes. «Je ne sais pas, on les attend, ils sont en retard», répond le guide. Puis, «tout à coup, un début de manifestation de soutien: trois Golf Volkswagen portant des plaques d’immatriculation militaires klaxonnent à qui mieux en tournant autour de nous», raconte Gilles Millet (dans Libération du 12 octobre 1988). Spectacle de commencement, en quelque sorte, en attendant la suite du cortège de manifestations de soutien à Chadli mobilisées par les clans alliés, et ce d’autant plus que les citoyens allaient voir apparaître, curieusement, sur les étals des produits de consommation absents depuis longtemps, et les robinets d’eau couler à flots, sans interruption ! Fait rarissime, l’institution étatique, d’habitude si indifférente aux doléances des citoyens, accédait à certains de leurs vœux, de même qu’ «à l’aube du mercredi 12, à Belcourt, au Champ de manœuvrés et dans bien d’autres quartiers, militaires, gendarmes et blindés ont disparu comme par enchantement» (Jeune Afrique, n° 1452, 2 novembre 1988 ), ce qui était de bonne augure pour la nouvelle ère Chadlienne se dessinant à l’horizon, dans l’esprit de l’humble citoyen «invité» à soutenir le président et son équipe…contre les caciques ! El-Moudjahid, sans se départir de sa tradition de langue de bois, se met de la partie, quoique ses journalistes ont été injustement maintenus à l’écart des événements, contrairement à certains titres sollicités de la presse étrangère, affirmant que le discours de Chadli a suscité un «soutien massif [et un] élan spontané d’adhésion au contenu du message du chef de l’État «(El-Moudjahid du 12 octobre 1988). Manipulation ou pas, ce soutien de la population manifestant dans les rues est effectif, scandant «les mots d’ordre : Djich, Chaab, maak ya Chadli !» qui va conforter le président et son staff dans ses positions et perspectives de reformes hors contraintes des visions conformistes des conservateurs, (depuis qu’il rêvait à ça, suite aux voeux qu’il s’était promis après les voyages, notamment en 1986, en France et aux Etats- Unis, comme pour signifier, alors, sa volonté de changer de cap idéologique depuis…).
Ces manifestations pacifistes contribuent dans une grande mesure à ramener le calme, et Larbi Belkheir, Mouloud Hamrouche, et leurs alliés du staff de la Présidence, s’empressent, alors, de parachever leur dessein en procédant à l’élimination systématique de leurs principaux adversaires au sommet du pouvoir. Ainsi, le mois d’octobre, arrive à peine à son terme que la presse annonce deux limogeages spectaculaires : celui du prestigieux secrétaire général du FLN, Mohammed Chérif Messaâdia, remplacé par Abdelhamid Mehri; et celui du chef de la branche principale de l’ex-Sécurité militaire (devenue «DGPS»), en l’occurrence le général M.Lakhal Ayat qui sera remplacé par Mohamed Betchine Novembre 1988 : «un remaniement de la hiérarchie militaire consacre la mise à la retraite forcée de presque tous les officiers récalcitrants de l’aile «orientaliste» : la purge frappe une dizaine de généraux, qui n’ont d’autre choix que d’accepter les réformes «dans le calme». Puis, en décembre 88, Chadli confirmé dans ses pouvoirs par le 6è congrès du FLN, promeut le général Khaled Nezzar, qui n’était pas en bons termes avec son chef hiérarchique, le général Belhouchet durant la répression des émeutes, «comme chef d’état-major de l’ANP, avec comme adjoint L. Zeroual(…)«( Cf. «Le Géant aux yeux bleus ; Novembre ou est ta victoire ?», Abdel’Alim Medjaoui, Casbah Editions, p.394, A1ger2007). Et la boucle est bouclée avec la sollicitation de personnalités politiques algériennes de diverses sensibilités pour soutenir le gouvernement réformiste et répondre aux aspirations de la volonté des «citoyens sincères» chers au président – lequel, pour reprendre l’expression de Noureddine Aït-Hamouda, «doit être soutenu par tous les Algériens qui aspirent à la démocratie» ( Le Monde, 15 octobre 1988)., alors que, de son coté Abdelhamid Mehri, le nouveau secrétaire général du FLN, s’active à donner une conférence de presse ou il affirmera «l’attachement à l’unité d’action patriotique la plus large (…) le pluralisme politique comme première étape du processus démocratique engagé» (Cf.Abdel’Alim Medjaoui, «Le Géant aux yeux bleus», Ibid ). La presse s’y mettant, l’enthousiasme aidant, tout semble aller pour le mieux pour la perspective des réformes, audacieusement envisagées, à présent, notamment dans leur volet politique pluraliste, le système du parti unique étant unanimement tenu pour responsable de toutes les déboires de l’Algérie, il sera aboli.

Mouloud Hamrouche: «Octobre 1988 a mis fin à la légitimité historique et révolutionnaire du nationalisme algérien»

C’est désormais l’ère nouvelle de l’instauration du multipartisme, avec la consécration d’une presse «indépendante», la liberté d’expression, liberté d’association, liberté d’entreprendre, l’observation des droits humains et citoyens, droits de la femme et de l’enfance, la perspective d’une justice indépendante, etc., bref, l ‘avenir semblait présenter, un tournant tellement rénovateur et fondamentalement mutationnel que Mouloud Hamrouche, l’un des principaux chefs de file de ces réformes politico-économiques, n’hésitera pas à dire lors d’une interview sur cette question, 12 ans plus tard et avec du recul, que «les évènements d’Octobre 1988 avaient mis fin à la légitimité historique et révolutionnaire du courant nationaliste algérien», estimant que «(…) depuis l’indépendance jusqu’à maintenant, nous vivons sous le même système qui n’a pas changé, ses instrumentations et préoccupations non plus. Les régimes des présidents Ahmed Ben Bella, Boumedienne, Bendjedid, Mohamed Boudiaf, Ali Kafi, Liamine Zeroual, ou celui de monsieur Bouteflika aujourd’hui, représentent, chacun, le prolongement de ce qui précède, recourant à la même logique, les mêmes instruments et justifications. Et tout ce que l’on peut relever comme élément distinctif, a trait à certaines circonstances internes et internationales, et quelques différences d’ordre économique dues essentiellement aux revenus des hydrocarbures, et pas autre chose!», soulignant conséquemment,» l’unique tentative de changement fut l’initiative enclenchée à la suite des événements d’Octobre 1988 ayant trait aux réformes économiques, constitutionnelles, politiques. Mais le refus des réformes envisagées et la tentative de revenir sur les acquis libertés fondamentales, politiques entre autres, économiques et culturelles que les réformes ont consacrées, a vite fait de précipiter les dangereuses déviations et d’alimenter la violence et la répression.(…)», ajoutant, «(…) On n’a jamais déterminé d’où doit procéder le pouvoir malgré l’intense débat idéologique à toutes les étapes évolutives du pays: le programme de Tripoli en 1962, la Charte d’Alger en 1964, le Charte Nationale en 1976, et durant ces étapes la souveraineté de la société ne fut point reconnue, les libertés non légiférées, les droits non considérés, les modalités d’accès au pouvoir non définies, et toute proposition de contrôle de politique politicienne et principe de libre élection furent catégoriquement rejetés…» (Cf.in interview réalisée par Abd el ‘Alli Rezaki, Hebdomadaire arabophone Kawalis du 04 au 10 décembre 2000,traduit par Mohamed Ghriss ). Ce qui laisse croire que la tentative avortée de «de la parenthèse réformiste de 1988», et comme en faut cas l’avis de certains observateurs et politologues, fut, vraisemblablement, un véritable coup de force tenté contre l’inertie d’un système sclérosé, soit plus exactement «un putsh constitutionnel», ( ce n’est ni le premier, ni le dernier dans l’histoire mouvementée de l’Algérie post-indépendance), réussissant, en partie à briser le monopartisme ambiant jusque-là du système algérien, qui, en dépit de l’abolition du règne du parti unique reprit rapidement le dessus sur les appétences de changement, comme pour dire « les centres décisionnels apparatchiks subsistent ailleurs !». L’ex chef de «gouvernement réformiste» tirera plus tard ses conclusions:«Il a été démontré, preuves à l’appui, qu’il ne faut s’ attendre à aucun bénéfice qui puisse résulter de la perpétuation stérile de ces sempiternelles voies procédurales de gestion caduque . Il est grand temps d’introduire un changement radical dans le domaine économique afin de préserver les chances d’avenir du pays». (Cf. in interview réalisée par Abd el ‘Alli Rezaki, Hebdomadaire arabophone Kawalis du 04 au 10 décembre 2000, traduit par Mohamed Ghriss).
Cette volonté affichée du changement socioéconomique structurel coûte que coûte de l’ancien premier ministre «réformateur», explique pourquoi ce dernier (et ses alliés), n’avait pas hésité, lors des événements d’octobre, à recourir à tous les moyens pour parvenir à ses fins, en s’attelant, notamment, «à s’appuyer sur le contrepoids de la rue qu’ils opposera, autant que nécessaire, à ses adversaires», en veillant à ce que l’apport de ce renfort public ne puisse pas déborder, pour permettre à cette force, comme le souligne Mohammed Maarfia, «de s’exprimer avec une violence gérable, afin que des élections apparaissent aux militaires comme le moyen le plus approprié pour maintenir l’ordre et leur résultat final admis par eux»(Cf. article «Mouloud Hamrouche ou la stratégie du pire», Hebdo libéré numéro 72 du 12 au 18 août 1992).
Cette stratégie politique du pouvoir de cette époque, le général Larbi Belkheir, excella, de son coté dans l’exposition de sa démonstration vis-à-vis de la mouvance islamique, entre autres, comme le rapporta l’ouvrage «Octobre, ils parlent», en ces termes: «Il faut savoir que certains responsables développaient l’analyse selon laquelle les islamistes étant incapables d’endoctriner la société, il fallait les laisser activer jusqu’à ce que cette dernière les rejette. D’autres courants d’influence sont apparus plus tard qui soutenaient que la légalisation des islamistes était le meilleur moyen de les maîtriser et de mieux connaître leur organisation. Selon un autre courant, le légalisation des islamistes pourrait s’avérer dangereuse» ( Cf. Octobre, ils parlent, Sid Ahmed Semiane, éditions Le Matin, Alger). Et effectivement il y a lieu à craindre, en pareilles circonstances le retour de manivelle, qui fut d’ailleurs assez démonstratif, par la suite : Chadli, sans l’avis de ses conseillers, a amorcé les trois cas de figure. Il a légalisé les islamistes ; la société ne les a pas rejetés. Il a pénétré à travers les interstices de l’organisation islamiste. Il a joué et usé de «l’espionnite» lorsque les islamistes devinrent menaçants…et il risquait, sans qu’il puisse le soupçonner un seul instant, de faire les frais, un jour, de ce flirt aventureux avec les intégristes (comme en témoigne l’exemple de feu le président égyptien Annouar Es-Sadet, qui s’est cru être en rapports pacifistes avec les islamistes mais qui l’ont assassiné sauvagement, n’en croyant lui-même pas à ce geste de folie meurtrière dans ses dernières paroles: «Mouch ma’aqoul ?» (Ce n’est pas possible ?)…Mais c’est bien vrai que jouer avec le feu, a été de tout temps un sport particulièrement dangereux.

**L’avènement du multipartisme et de la presse privée

Succédant aux bouleversantes premières semaines d’octobre 1988, un climat nouveau parut s’installer dans le pays, avec notamment ce souffle naissant d’une fragile démocratie balbutiante. : «De la mi-1989 à la mi-1991, l’Algérie a connu l’expérience démocratique la plus tumultueuse et la plus franche du monde arabe, écrira Abed Charef. Des manifestations regroupant des centaines de milliers de personnes se sont déroulées, sans donner lieu à des incidents significatifs (Abed Charef Algérie, le grand dérapage, p. 17). «Durant le seul premier semestre 1990, écrira-t-il par ailleurs, 1 482 conflits sociaux sont signalés. 200 000 travailleurs se sont mis en grève pendant cette période» (Le Monde, 15 février 1989).Le 23 février 1989 verra l’adoption par référendum populaire, la nouvelle Constitution sanctionnant la fin du régime socialiste à parti unique et autorisant désormais la création d’«associations à caractère politique». Opportunité que saisiront aussitôt des leaders et personnalités politiques pour fonder partis et mouvements associatifs-culturalistes, etc. A l’image de Said Saadi qui crée le RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie) ; , Abassi Madani le FIS, ( Font Islamique du Salut), Louisa Hanoun l’OST (l’Organisation Socialiste des Travailleurs (qui deviendra le PT : Parti des Travailleurs); etc., avant que ne suive une étape d’avalanche des partis qui voit naître, par exemple, l’Union des forces démocratique (UFD)., d’Ahmed Mahsas, militant du mouvement national et ancien ministre de l’Agriculture; le Parti de l’unité populaire (PUP), le Mouvement des universitaires démocrates (MUD) ; le Mouvement des écologistes algériens (MEA); le Parti national algérien (PNA, parti libéral); Le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA) de Ben Bella;. le Parti d’Avant- Garde Socialiste (PAGS) de Sadek Hadjérès et d’Abdelhamid Benzine, le Parti Social Démocrate (PSD); le Parti National pour la Solidarité et le Développement (PNSD), l’Union des Forces Populaires (UFP), le Parti du Peuple Algérien (PPA) de Mohammed Memchaoui, neveu de Messali Hadj, le Parti pour le Renouveau Algérien (PRA) de Nour Eddine Boukrouh, continuateur de la pensée de Malek Bennabi, etc., etc. Autant de sigles de formations politiques, dont certaines sont à l’initiative de familiers des cercles du pouvoir… Et parallèlement à cette scène des nouveaux partis et associations libres consacrant le multipartisme, le tableau est progressivement complété par les premiers titres de presse libre, qui s’enquiert d’assainir au plus vite le secteur pollué de la communication écrite surtout, ( la radio et la télévision n’étant pas touchés par le décret de privatisation, l’Algérie demeurant, ainsi, à ce jour l’un des rares pays au monde à ne disposer d’aucune station radio ou télévision privée). Ces nouveaux titres indépendants francophones (tels que El Watan, Le Quotidien d’Oran, Liberté, La République, Le Soir, Le Jeune Indépendant, etc.), ou arabophones ( tels que El Khabar, Ec-Chourouq El-Arabi, El Yaoumi, Es-Safir, etc), s’imposèrent alors, comme tache immédiate le droit d’informer, le plus objectivement possible, le public des lecteurs Et ce d’autant plus qu’il fallait restituer une information crédible à propos des violentes manifestations algéroises des jeunes qui ont gagné, en quelques jours, presque tout du territoire algérien, événements que les journaux et la télévision sous contrôle de l’Etat et du parti FLN, soudainement frappés de stupeur, censuraient et défiguraient totalement : certains écrits et propos «diffusés dans une langue de bois chère aux thuriféraires du système, jetaient l’anathème sur les jeunes manifestants accusés d’être la proie facile de manipulations étrangères : Révolution Africaine, dans son édition du 14 octobre 1988, parlait de «vandalisme», El Moudjahid, Ech-Chaab, Horizons, El Massa, traitaient les événements avec la même pénétrante intelligence qui avait fait dire le 7 octobre sur Radio Beur à Ali Ammar, président de l’Amicale des Algériens en Europe et pur produit du système: «Pour moi, c’est un chahut de gamins qui a dérapé -un point c’est tout». «A elle seule, cette phrase était – la parfaite illustration de la courte vision d’un grand nombre d’hommes politiques élevés dans le sérail d’un pouvoir de clans (…) totalement coupés des réalités du pays (…)»,( Lazhari Labter, Journalistes Algériens 1988- 1998, éd.Chihab 2007 ?).
D’autres journalistes, profitant de la lame de fond qui secoue néanmoins le pays, tentent de leur côté de s’organiser hors des structures du parti. Six mois avant les émeutes, le 9 mai 1988, certains d’entre eux avaient déjà tenté de briser les liens de sujétion qui les liaient au pouvoir en créant le Mouvement des journalistes algériens (MJA). «La dévalorisation de notre métier constitue une grave atteinte à la crédibilité de l’information nationale, avec en prime un journalisme qui s’oriente dangereusement vers un fonctionnariat débilitant et une catégorie de rédacteurs porte-plume sans impact sur le citoyen» écrivaient-ils (Ghania Mouffok, Être journaliste en Algérie, Reporters sans frontières, Paris, 1996, p. 24.). Dans un manifeste remis au ministre de l’Information Bachir Rouis, ils tiraient la sonnette d’alarme sur leur profession, qu’ils décrivaient dans des termes peu équivoques: «Articles sans vie, vides de sens, plats et insipides», «inquisition intellectuelle». La réponse à leurs doléances fut une revalorisation des salaires de 50 %… quelques jours à peine avant les émeutes. Le 10 octobre 1988, jour du massacre de Bab-el-Oued, quelque soixante-dix journalistes remettent à l’AFP un communiqué qui va avoir un retentissement mondial : ils «condamnent l’utilisation violente et meurtrière de la force armée et l’inconséquence avec laquelle l’ordre a tenté d’être rétabli», dénoncent le fait que leur travail se fait «au mépris de toute éthique professionnelle et du droit élémentaire du citoyen à l’information» et regrettent d’être «interdits d’informer objectivement» (Ghania Mouffok, Ibid., p. 16)…
Alors que les manifestations juvéniles faisaient rage dans les rues d’Alger, les journalistes n’avaient aucune possibilité d’exercer leur profession, n’ayant le droit ni d’être informés, ni d’informer, ce qui suscita l’agitation et la grogne qui gagna peu à peu les salles de rédaction. La nécessité imposait la tenue d’urgence d’assemblées des journalistes, et loin des regards indiscrets : l’heure était grave. Et c’est dans les bureaux de l’Union des Journalistes Algériens, place de la Grande Poste, que dans la matinée du 10 octobre 1988 pas moins de 72 journalistes s’entassèrent dans le couloir et la pièce principale du siège poussiéreux de l’UJA, engageant dans le plus grand désordre une vive discussion sur les tragiques évènements que traversait le pays. « S’y mêlaient des informations sujettes à caution, des analyses politiques personnelles, des développements vaseux, seuls ceux qui avaient une activité clandestine ailleurs savaient quoi tirer de cette réunion à laquelle la présence compacte du PAGS et celle, minime mais pointue des trotskistes, n’avaient pas encore livré toutes les idées», rapporte dans un témoignage Maachou Blidi, ajoutant que les journalistes réunis étaient toutefois parvenus au stade d’un accord insistant sur la nécessité et le devoir de dénoncer les graves dépassements et atteintes aux droits humains, et entre autres la revendication légitime de l’exercice normal et correct du métier d’informer et de témoigner comme il se doit, sans empêchements et entraves dans la fonction. Ainsi dans une atmosphère enfumée par les cigarettes s’était élaborée une déclaration que «Dahbia Yacef et Aziouz Mokhtari allèrent la porter à l’AFP, à deux cent mètres de là, ou Abed Charef exerçait comme stringer. Par précaution, Abderahmane Mahmoudi recommanda que personne d’autre que ces deux-là ne quitte les lieux avant qu’ils aient le temps d’arriver au bureau de l’agence (…) Pendant ce détail de sécurité, des fenêtres donnant sur le port, on pouvait voir passer les marcheurs, par centaines, qui se dirigeaient vers Bab El Oued. Et dont on n’entendait que le bruit des sandales sur la chaussée. Nul ne pouvait savoir qu’au bout de cette procession surprenante, éclaterait la fusillade qui ferait une quarantaine de morts à proximité du siège de la DGSN. Et que, parmi eux, il y aurait notre confrère Sid Ali Menniche, de l’APS, qui était là pour son métier.» ( Maachou Blidi, in article «Octobre 88 et la presse : une journée particulière», Le Quotidien d’Oran du jeudi 05 octobre 2000). Pour une journée particulière s’en fut vraiment une qui fera date pour avoir vu l’accouchement dans la douleur d’un communiqué contestataire qui sera audacieusement divulgué, en la journée mémorable du lundi 10 octobre 1988. Le communiqué des journalistes de la wilaya d’Alger, dénonçant clairement les tentatives de bâillonnement, énonçait en substance :

** «Nous journalistes Algériens réunis à Alger le Lundi 10 Octobre 1988 à 10H»
I- Informons l’opinion publique nationale et internationale que nous avons été et sommes toujours interdits d’informer objectivement des faits et événements qu’a connu le pays notamment depuis l’explosion populaire du 05 Octobre, Dénonçons l’utilisation tendancieuse faite en ces circonstances graves avec des médias nationaux et ce au mépris de toute éthique professionnelle et du droit élémentaire du citoyen à l’information.
II- rappellent avoir déclaré dans les différents documents adoptés par notre mouvement (9 mai, P.V, etc…) que les atteintes de plus en plus graves aux conditions de vie et aux droits sociaux des acquis des couches les plus larges du peuple algérien, concourraient à créer les conditions d’une telle explosion populaire. Et cela en l’absence de toute possibilité d’expression démocratique (…)
(…)VI- Demandons l’établissement des libertés démocratiques dans leur totalité seules garantes d’un large débat national dans lequel l’ensemble des masses populaires pourra s’exprimer autour de leur avenir. (Extrait du communiqué des journalistes de la wilaya d’Alger, dont nous avons acquis une copie originale durant nos débuts de collaboration avec el moudjahid). Face, donc, à la désinformation pratiquée par certains médias étatiques, les journalistes algériens ont été nombreux à réagir, entreprenant des initiatives, à l’instar du Comité National contre la torture, d’universitaires et autres, qui attestent que la société, censée être laminée, est tout de même bien vivante et prête à reprendre son destin en main. Mais le pouvoir ne l’entendant pas de cette oreille, voyait d’un mauvais…il de telles manifestations de la liberté et leur perspective d’extension qui risqueraient de saper les fondements du système.
Aussi il intensifie ses manœuvres dilatoires de manipulations, d’intimidations, interdictions, arrestations, censures etc., qui se perpétuent, au-delà même des débuts officiels de la soi-disant nouvelle ère démocratique après l’approbation de la nouvelle constitution «pluraliste» au suffrage universel. Et pour mieux voiler ses agissements portant une atteinte flagrante aux libertés et droits civiques, le pouvoir ne s’embarrasse pas d’entreprendre parallèlement certaines initiatives «poudre aux yeux» faussement dissimulatrices : ainsi, par exemple, le 6 mai 1989, le Parlement ratifiera la Convention Internationale contre la torture qui fera sortir le Comité National Contre la Torture de ses gonds, arguant du fait que «le comble de l’ironie est atteint quand les parlementaires votent la ratification de textes internationaux contre la torture sans jamais mettre en question celle qui a ravagé l’Algérie en octobre 1988», s’indigne-t-il dans un long communiqué, ajoutant qu’il est étonnant que les députés «n’aient pas cru nécessaire jusqu’à présent de prendre position, au moins par une simple condamnation verbale, sur l’atteinte à l’intégrité physique et morale qu’une partie de la nation algérienne a subie en octobre» (Le Monde du 29 juin 1989). Cependant, ces sournoises initiatives destinées à détourner l’attention de l’opinion internationale par le sempiternel «ça se passe ailleurs, pas chez nous !», loin de leurrer les esprits de quiconque, par de pareilles ratifications d’un semblant de cheminement dans le bon sens, elles ne trompent absolument personne sur la technique habituelle du double langage du pouvoir, l’un fait de bonnes intentions pour l’étranger, et l’autre de mensonges à usage interne.. 

  **Plus jamais ça !

Dix ans après octobre 1988, c’est -dire en 1998, les principaux acteurs de la répression d’octobre reviendront sur la question de la torture dans un livre d’entretiens, «Octobre, ils parlent» (Sid Ahmed Semiane dit SAS .) Sur la question ignominieuse de la torture, Nezzar affirme qu’à sa connaissance, il n’y a eu qu’un seul centre de torture. Ce qui l’inquiétait, confiait – t-il, «c’étaient les témoignages selon lesquels les responsables des sévices revêtaient des uniformes de parachutistes dans un centre à Alger [qui] était rattaché à la présidence», tout comme l’étaient les «auteurs des sévices et des brutalités». Quant à la tragédie d’octobre qui a causé de nombreux morts, des blessés et des handicapés à vie, il la déplore bien sûr, mais elle était selon lui inscrite dans la fatalité des événements. Cependant, nombre de détails lancinants dans cette interview sont éludés, contredisant les nombreux témoignages recueillis par le Comité national contre la torture, question usage des balles réelles contre les manifestants civils déchaînés, le comandant des forces répressives arguera du manque d’expérience des jeunes recrues du service national totalement inaccoutumés à ce genre d’épreuves les prenant au dépourvu, minimisant néanmoins, grotesquement, leurs dépassements en affirmant : «Beaucoup de victimes des événements d’octobre ont d’ailleurs été fauchées par des balles perdues. On a aussi tiré par terre pour disperser la foule. Les noyaux et les enveloppes de balles, en ricochant, ont mortellement atteint des personnes. Nous n’avons pas tiré pour tuer et les instructions n’ont jamais été données dans ce sens» (Khaled NEZZAR, in Sid Ahmed SEMIANE (dir.), ibid., pp. 65-93).
Apostrophé à propos de la question de la torture, le général Medjdoub Lakhal Ayat, à la tête de la principale branche de la SM ( DGPS) jusqu’au moment où il est limogé en octobre 1988, affirme, lui aussi contre toute évidence, que «la DGPS n’a rien à voir avec la torture, ni avec le centre de Sidi-Fredj». Quant à son successeur, le général Mohamed Betchine, directeur de la DCSA (Direction centrale de la sécurité de l’armée), l’autre branche de la SM, également sévèrement mis en cause, il sera le seul, douze ans après les faits, à reconnaître du bout des lèvres la responsabilité de l’un des clans du pouvoir dans la préparation des émeutes et dans la répression : «Les manifestations d’octobre 1988 et les séances de torture qui ont suivi ont été programmées à l’intérieur d’appareils.» Il déclarera qu’outre Sidi-Fredj, existait un autre centre de torture, «l’école Tamentfoust [où] 1 267 personnes ont été emprisonnées» (Le Matin du 5 octobre 2000).
Alors que certains officiels parmi les hauts cadres apparatchiks,civils et militaires, – à l’exception des non concernés ( «Hacha li ma yest’halch») – partagent notoirement la responsabilité de la répression d’octobre 1988, ces messieurs, refusant d’assumer leurs responsabilités, ils se renvoient les uns aux autres, à demi-mots, celle des dépassements inadmissibles…
Finalement ce que l’on pourrait retenir de tout ce qui précède, c’est que, vraisemblablement, le FLN n’était pas le véritable pourvoyeur des grandes manoeuvres de coulisses ayant enfanté les évènements d’octobre, situation complexe que pourrait résumer le témoignage récent de Sid Ahmed Ghozali, ex Premier ministre et ex haut responsable de la société algérienne des hydrocarbures Sonatrach : «Aboutissement prévisible des développements politiques et sociaux passés, l’explosion, l’explosion du 5 octobre a suivi de deux semaines à peine le discours du 19 septembre, ce qui introduit l’inévitable question sur les motivations de ceux ou celui qui ont rédigé le discours.
Ont-ils voulu allumer la mèche pour mieux maîtriser, en l’anticipant, une explosion annoncée et pourquoi? Selon le communiqué officiel du Secrétariat général de la présidence ce sont les trabendistes qui ont exploité la pénurie de semoule et de lait pour servir leurs intérêts. Cette explication n’a pas trouvé crédit, ni à l’intérieur, ni à l’extérieur.
On la verra par la suite revenir à tout bout de champ, comme un alibi à usage multiple ; n’est-on pas allé jusqu’à jeter l’opprobre sur un homme comme Rabah BITAT, leader historique de la lutte de libération nationale, président de l’Assemblée nationale, parce que celui-ci avait exprimé sa préoccupation sur la montée des prix ? Et n’a -t-on pas provoqué ainsi son remplacement sur le champ à la présidence de l’APN ?Tout s’est passé comme si on a voulu créer l’évènement avant le congrès, livrer en bouc émissaire le FLN à la vindicte populaire en voir d’explosion – ce n’est pas par hasard si les cibles principales des émeutes furent les Qasmas -, anticiper l’explosion en la contrôlant, juste pour effrayer la population et lui dire «voilà ce qui risque de vous arriver si nous partons», pour finir par rebondir le régime sous une autre forme et le pérenniser»( Sid Ahmed Ghozai, Question d’Etat, Entretien avec Mohamed Chafik Mesbah, pp. 193-194, Casbah Editions, Alger 2009).
Il faut dire que les observateurs se sont fait à l’idée depuis longtemps, concernant l’explosion d’Octobre 88, que le FLN n’était pas le véritable chef d’orchestre des initiatives entreprises, ni qu’il était d’ailleurs le maître à bord d’un système politique autarcique qui perdure depuis 1962, ne représentant jusque-là que la façade apparente d’un pouvoir qui est en vérité -qui ne le sait ?- aux mains de l’armée, ou est plus exactement sous commandement de la DGPS (ex Sécurité Militaire) et services rattachés à la Présidence, un pouvoir bicéphale comme on le désigne, qui fait et défait les régimes successifs en Algérie, comme il l’entend, par jeux d’alliances stratégiques et cooptations négociées d’hommes «idéaux de circonstances». Avec cette marge, toutefois, que ces derniers, s’ils sont assez audacieux et entreprenants, qui pourraient néanmoins tenter de se libérer de la tutelle imposée, arguant des recommandations officielles de la récente Constitution qui définit les prérogatives de chaque institution, et circonscrivant notamment l’armée et ses corps sécuritaires affiliés, dans leur cadre professionnel moderne. Et ce d’autant plus qu’ après la publication du texte de la nouvelle constitution, «l’ANP décide de ne plus siéger au CC-FLN pour marquer «sa totale adhésion au processus démocratique en cours» ; l’ANP approuve les conventions internationales relatives à la protection des droits de l’homme, et la nouvelle loi sur « les associations à caractère politique» ( Cf. «Le Géant aux yeux bleus ; Novembre ou est ta victoire ?», (Abdel’Alim Medjaoui, Casbah Editions, p.394, A1ger2007).
Ce qui, en principe, promet de tenir à distance le spectre du diktat des hommes de casquette d’il n’y a pas longtemps, ou l’on voit ; comme le mentionne le général Yahia Rahal dans «Histoires de pouvoir», «comment un lobby de l’ANP a arraché par un coup de force au CC la décision de faire désigner par Chadli, Secrétaire général, au congrès extraordinaire de fin 83, les membres du BP, que le 5 è congrès avait élus. «L’Armée, dira-t-il, demande au CC de recommander au Congrès extraordinaire de revoir les statuts du parti de manière à ce que les membres du BP soient désignés par le SG !( Et c’est ainsi que ce congrès) a accordé les pleins pouvoirs à Chadli B. et donné le signal de la décennie noire…»( Cf .Yahia Rahal, «Histoires de pouvoir, un général témoigne», p.72, Casbah Editions, Alger ?)..
Cette décennie noire, qui de l’avis des politologues avisés pouvait parfaitement être évitée ou au pire minimisée, mais la bêtise humaine des calculs politiciens et ambitions démesurées d’hommes assoiffés de pouvoirs et dépourvus de stratégies de managements et de communication, ont faut que l’Algérie sombre dans le cauchemar terroriste, lui causant, encore, des milliers de victimes de l’infamie, perdant aux tous débuts de la tragédie nationale, le regretté Mohamed BOUDIAF, «Tayeb El Wattani»,un des prestigieux leaders historiques de la Révolution Algérienne, lâchement assassiné alors qu’investi de la responsabilité de la magistrature suprême, il se promettait d’éradiquer terrorisme et groupes maffieux politico-financiers…
Quoi qu’il en soit, les temps changent et l’histoire évolue, et, de nos jours, en cette aube vagissante du 3 è millénaire ou les richesses ne se mesurent pas en matières de rentes et prédations – comme si l’on ne parvenait jamais à sortir de l’ère absolutiste des règnes féodaux du diktat, oppression et mépris des droits et libertés humains inaliénables, – il apparaît plus qu’urgent d’œuvrer d’arrache- pied, plus que jamais par le passé et résolument à tous les niveaux, pour amener à terme le processus de démocratisation pluraliste structurelle aux fins d’aboutir à l’avènement d’un Etat de droit souverain : soit un gouvernement civil, chapeautant une société de participation citoyenne, à la confiance enfin renouée avec l’institution d’Etat garantissant pleinement les libertés citoyennes, plurilinguisme, diversités culturelles, tolérances religieuses, etc., tributaires, il va sans dire, d’un milieu qui se devrait de s’ouvrir sur la modernité universelle, l’éthique et la paix sociale, etc., sur lesquelles veille une justice indépendante, à même de prévenir tous fâcheux ingrédients susceptibles de plonger, à l’avenir le pays dans d’autres dangereuses dérives dont les responsables et fomentateurs de troubles, – à quelque niveau qu’ils soient à l’intérieur des sphères du pouvoir ou en dehors d’elles – devront bien un jour, rendre compte de leurs forfaits, ou faire acte de repentance, devant l’Histoire, ou le tribunal de la conscience humaine, ou la justice immanente de l’Omnipotent qu’invoquent le peuple supplicié ou les familles traumatisées des victimes d’injustices barbares, condamnées, haut et fort par la mise en garde massive: «Plus jamais ça !». Et il faudrait bien, que dorénavant, tous nos grands Messieurs des sphères dirigistes, – excepté les honorables responsables respectueux d’Ethique et des droits citoyens-commencent à considérer avec un peu plus d’importance la vie de leurs compatriotes administrés, comme le suggère la citation mise en exergue du maestro national El Hadj M’Hamed El Anqa, et ce, en cessant, notamment, de réprimer systématiquement les libertés fondamentales et droits citoyens garantis par la Constitution, par leur jeu continu et insensé d’ambitions démesurées qui risquent d’attiser, à leur insu, les feux rageurs de la «fitna», recommencée, à chaque fois, cycliquement, par les bricoleurs rentiers, ennemis viscéraux déclarés de la démocratie, des droits de l’homme, et partant de la paix sociale.

par Mohamed Ghriss * (Quotidien d’Oran-24.10.09.) 

 * Auteur indépendant de textes journalistiques, dramatiques et littéraires
( éditeur de l’ex-magazine culturel bilingue indépendant «Tassili Star» (1999 – 2001).
N.B: Références directement incluses dans le texte.

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*5 octobre 1988 – 5 octobre 2012.

Le défi algérien

Avant même la chute du mur de Berlin, un quart de siècle avant ce qu’on présente comme «Révolution arabe», le peuple algérien est allé à la conquête de la démocratie et de la liberté.

L’approche de la date du 5 octobre, symbolisant les évènements de l’automne  1988, n’a pas manqué d’ «inspirer» les apprentis révolutionnaires. C’est encore une fois, le sioniste français Bernard-Henri Levy qui s’y met en appelant à nouveau la jeunesse algérienne à la révolte. C’était lors d’une émission télévisée sur une chaîne de Dubaï. Le théoricien de l’Otan caresse le rêve de rééditer son coup lorsqu’il a poussé l’ex-président français Nicolas Sarkozy à lancer une offensive militaire en Libye conduisant à l’assassinat de son leader Mouamar El Gueddafi.
Il n’hésite pas à utiliser un vocabulaire guerrier vis-à-vis de l’Algérie en enrobant le tout dans ce qu’il qualifie de «devoir d’ingérence humanitaire». C’est-à-dire le même langage utilisé par un autre Bernard (Kouchner), ancien ministre français des Affaires étrangères. Les deux donneurs de leçons oublient certainement que la révolution se conjugue en Algérie à toutes les saisons et pas seulement au printemps. Le pays a déjà fait sa révolution il y a cinquante ans et son printemps depuis 1988. C’est-à-dire un an avant la chute du mur de Berlin et des décennies avant «les révolutions arabes». En 1954, l’Algérie a fait face à une armée française soutenue par l’Otan. Cette même organisation sur laquelle les «révolutionnaires» arabes se sont appuyés pour se propulser au pouvoir. Ce sont toutes ces leçons que doit retenir Bernard-Henry Lévy au lieu d’en adresser au pays des révolutionnaires. Au lieu de suivre ce chemin de modération, il a encore perdu une occasion de se taire. Pourtant, madame Zohra Drif-Bitat a déjà asséné une réponse cinglante au philosophe lorsqu’un colloque à Marseille a dévié de son objet d’analyse de la Révolution algérienne. Madame Bitat a alors dit que la France a déjà commis un génocide en Algérie et qu’elle peut très bien faire l’économie d’un autre acte de la même sorte. Elle a mis en garde contre les nouvelles formes de colonisation. Les supporters des révolutions doivent ranger définitivement leurs rêves car la greffe n’a aucune chance de prendre en Algérie. Elle a déjà payé le prix fort avec 200.000 morts. C’est assez pour que les Algériens ne soient plus tentés par des expériences conduisant droit à un règne des islamistes. Le multipartisme est ancré en Algérie depuis des décennies alors que d’autres pays de la région ont continué à évoluer sous une chape de plomb. C’est d’ailleurs ces mêmes pays arabes qui avaient observé le silence radio, au moment où des dizaines d’Algériens tombaient sous les balles assassines du terrorisme. La prochaine révision constitutionnelle est également censée renforcer le dispositif de protection des droits de l’homme. Les appels répétés de faire descendre la population dans la rue restent vains. Une tentative similaire a eu lieu en septembre de l’année dernière. Cela devait être l’équivalent d’un septembre noir comme vécu par d’autres pays dans de tristes circonstances. Mais les Algériens n’ont pas marché. Au sens propre et au figuré. Ils continuent de croire qu’ils n’ont pas à être guidés par des mains étrangères ni à devenir les supplétifs de l’Otan et de ses docteurs. Ce rejet des manipulations ne conduit pas à un sentiment de satisfaction béate. Les Algériens sont toujours demandeurs de réformes. Ils ont les yeux rivés sur les institutions desquelles ils attendent une concrétisation des promesses de réformes promises par le président de la République. L’une des revendications des printemps arabes est celle liée à une alternance au pouvoir qui ne sera pas limitée au pouvoir local ni au Parlement puisqu’une élection présidentielle sera organisée dès 2014. En Algérie, le 5 Octobre 1988 fut le prélude véritable de ce que la pensée occidentale redécouvre en 2011 sous le vocable de printemps arabe. C’était déjà une révolte contre le népotisme, les passe-droits, le manque de liberté, l’absence d’alternance au pouvoir, le chômage. Sans qu’on y voit une manipulation des services étrangers. Le pays a vu un printemps de la liberté que beaucoup de pays arabes enviaient à l’époque.
Sur l’origine des événements d’octobre 1988, les thèses les plus contradictoires s’affrontent encore, ils offrent avant tout la preuve que le peuple a pu imposer des réformes avant une quelconque autre nation de la région. Ces événements vont modifier la vie politique. Après vingt-six ans de règne sans partage du FLN, l’autorisation du multipartisme, l’apparition d’une presse privée indépendante et l’explosion du mouvement associatif marquent un long printemps. Mais au début des années 1990, l’ex-FIS a tout remis en cause, ce qui a donné lieu à l’interruption du processus électoral et l’annulation du deuxième tour des législatives. Depuis quelques années, le pays commence à se remettre de ce traumatisme.*L’Expression-03.10.2012.

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Quelques images du 5 octobre 1988 en Algérie

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  5. 17 10 2011
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